Le cas de la cantine scolaire

Publié le 30 janvier 2014 | Par kantutita | Différences culturelles, Expat en France

Nouvelle différence culturelle: le cas de la cantine scolaire entre la Suisse et la France!

« Je préfère manger à la cantine, avec les copains et les copines » chantait Carlos. Eh bien s’il avait été Suisse, il aurait pas pu! Car dans mon pays, la restauration collective est considérée comme un service parascolaire, qui n’est pas mis en place par les écoles et n’existe généralement pas.

[Photo en tête du billet: Un repas équilibré dans une cantine du Val de Marne – Crédit: CG94 photos (CCommons)]

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Voilà encore une différence que j’ai découverte en parlant avec mes amis français. Alors que nous évoquions nos enfances respectives, ils ont été surpris de savoir que je n’ai jamais fréquenté de cantine scolaire en Suisse. Pour la bonne raison qu’aucune de mes écoles ne proposait ce service!

« Mais comment que tu faisais pour manger? » se sont-ils inquiétés. Pas de panique, je vous l’explique plus bas.

Précisons d’abord pour les Suisses qu’en France, les écoles comprennent une cantine, du primaire au lycée. Un réfectoire dans l’enceinte de l’établissement est dédié à la restauration collective. Les enfants et les jeunes ont la possibilité d’y dîner (ou déjeuner en français de l’Hexagone) quotidiennement – ce qui est tout de même vachement pratique quand les parents travaillent. Attention, les enfants ne sont pas obligés d’y aller, il s’agit d’une possibilité pour ceux qui ne peuvent rentrer chez eux.

De nombreuses règles de loi s’appliquent à la restauration en cantine, du tarif des tickets-repas à la composition des menus, en passant par qui doit gérer le dispositif ou faire la vaisselle.

Si j’ai bien compris, les communes ont le droit de déléguer la gestion de la cantine du primaire à une société de restauration. Dans les lycées et les collèges (écoles secondaires) cela peut arriver, mais les repas sont généralement gérés directement par les établissement.

À lire aussi: Comprendre les degrés de l’école française (et les équivalences en Suisse)

Dans l’assiette des écoliers à la cantine

À la cantine! Crédit photo: CG94 photos

À la cantine! Crédit : CG94 photos (CCommons)

La composition des menus est régie par des règles strictes! Et s’apparente à un casse-tête, pensé nécessaire pour assurer l’équilibre alimentaire de la jeunesse. La loi stipule par exemple que sur 20 repas, au moins 10 doivent proposer des crudités, 8 des fruits crus en dessert, 4  une préparation contenant au moins 70 % de poisson… Et la liste est loin d’être terminée (voir ici)! Verdict: mieux vaut avoir fait des études de math pour réussir à coordonner les menus d’une cantine française.

Et il ne faut pas être frustré ensuite en constatant qu’après avoir concocté des plats équilibrés au prix d’un énorme mal de tête, on retrouve un tiers du contenu des assiettes – surtout ce qui est vert –  dans les poubelles. Bien sûr en sortant de table ces sales mioches se plaignent d’avoir encore faim et que la bouffe était dégueu – bande d’ingrats!

… Trêve de plaisanterie: eh bien contrairement à ce que je croyais, avec exception des choux de Bruxelles et des épinards, mes amis français ne sont pas traumatisés par leur expérience de la cantine. Certes, ces trentenaires disent avoir regoûté à certains légumes par la suite, et avoir découvert avec surprise que… finalement c’était bon. Mais ils ont les yeux qui pétillent en se rappelant de ces midis entre amis à inventer des conneries.

Dans les témoignages d’internautes que j’ai pu lire, ce qui revient c’est le dégoût pour les quenelles ou… la langue de boeuf! Quel drôle de plat à servir à des enfants, non?

Sans cantine scolaire en Suisse, comment font les familles?

Pendant ce temps, en Suisse, je goûtais la cuisine de ma chère grand-mère comme mon école n’avait pas prévu de case pour les enfants dont les parents travaillent. Ni au primaire, ni au secondaire!

En Suisse, en effet, les écoles ont pour mission de fournir de quoi nourrir l’Esprit, mais pas l’Estomac. J’imagine aujourd’hui que certains établissements proposent des solutions alimentaires à leurs élèves, mais à l’époque où j’allais à l’école, dans les années 90, cela n’existait pas – en tout cas dans mon village neuchâtelois . J’imagine qu’en pleine ville de Genève, le scénario peut différer. (À vous de me le dire dans les commentaires!)

Doncques, les écoliers de mon village de Marin avaient plusieurs solutions pour se nourrir, malgré l’absence de service de restauration au sein de l’école. Certains avaient une maman femme au foyer et n’avaient pas de problème. (Moi j’avais une grand-mère au foyer pour soutenir mes 2 parents au travail- c’est pareil quoi). Ces cuisinières préparaient le repas de toute la famille: ainsi lorsque les pères rentraient à toute vitesse du boulot pour manger à la maison, le dîner était prêt, et avec un peu de chance les gamins étaient aussi revenus assez vite de leur dernier cours, sans traîner sur le chemin de l’école.

Certains enfants allaient manger chez leurs grands-parents, qui vivaient aussi à Marin ou pas trop loin.

Les autres, dont les parents ne pouvaient rentrer, étaient placés dans un accueil du midi, tenu par une femme du village. Cet accueil n’avait aucun lien avec l’établissement scolaire. Mais elle rendait un fier service à bien des familles!

Voilà comment cela se passait.

Après, au lycée, il y avait bien une petite cafétéria dans mon collège… Mais elle ne servait que des salades, des pizzas, et des croque-monsieurs – et il n’y avait pas de places assises pour tout le monde! Du coup, on rentrait à la maison quand on avait une longue pause de midi, ou on pique-niquait au bord du lac si la météo était clémente. Mais bon, à part les frais de ces pique-niques, pas de problème à signaler, on était assez grands pour se débrouiller!

À lire aussi, d’autres articles sur l’école:

Ambiance de cantine: ce qu’on a manqué, nous les ptits Suisses

Mes amis français se rappellent avec nostalgie leurs pauses de midi dans le réfectoire. Le grand Jeff se souvient des petits numéros sous les verres à eau, des ustensiles culte des cantines. À sa table, celui qui avait le plus petit chiffre était de corvée pour aller chercher la carafe d’eau pour tout le monde.

Carlos chantait que même si la viande est dure comme du caoutchouc, au moins il est sûr de rigoler un bon coup…à la cantineuh… (vous avez écouté la chanson en haut de page, n’est-ce pas? Elle dit:)

A la maison on ne peut pas manger avec les doigts
C’est défendu de jouer aux billes avec les petits pois
Ce n’est pas marrant d’être à table !
A la cantine on se bagarre avec la confiture
On s’en met plein les mains, plein les habits, plein la figure
Et quand y en a un qui rouspète, on lui fait manger son assiette

Bref, les petits Suisses devraient-ils être tristes d’avoir manqué tout cela? Bah, pour nous consoler, on avait des repas fait maison super bons toute l’année, et on avait tout de même droit à un aperçu de l’ambiance de cantine lors des camps de ski annuels (dont je vous parlais l’an dernier ici).

J’imagine que les expats français venant s’installer en Suisse doivent galérer en recherchant sur internet les tarifs de la cantine de l’école… Hahaha. Les pauvres, quand ils sauront que c’est sûrement parce qu’elle n’existe pas!

Et vous, avez-vous des déboires de cantine à partager? Des souvenirs de lancer de petits pois?

Et en Suisse, vos enfants profitent-ils des services d’une cantine? Où ça?

La cantine, c’est tout de même un service pratique qui fait défaut en Suisse (surtout à l’heure où les mamans ont un job), alors qu’elles sont la norme en France. J’accorde un point  mérité à l’Hexagone pour cette fois, de manière tout à fait objective!

Si vous voulez vous cultiver davantage sur les cantines françaises , filez sur ce site.

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22 Responses to Le cas de la cantine scolaire

  1. Lamart says:

    A Genève à ma connaissance, il y a toujours eu la possibilité de faire manger ses enfants à l’école ( on s’entend je veux dire par là que cela existait quand j’étais gamin, c’est à dire une trentaine d’années) , alors oui ce n’était pas l’école en tant que telle qui organisait les repas, et que en tout à mon époque, ce n’était pas la majorité des enfants qui y allait, mais cela existait bel et bien.
    Après, j’en garde pas spécialement de mauvais souvenirs, si ce n’est que j’ai jamais voulu manger des lentilles et que le vendredi on avait toujours du poisson (dégueulasse et plein d’arêtes) et des pommes de terre cuite à l’eau.

    • Kantu says:

      Merci Lamart pour ce témoignage! Je me doutais que dans les grandes villes suisses, plus de solutions devaient exister :) J’ai hâte de lire les commentaires d’autres lecteurs. Et berk pour le poisson plein d’arêtes!

  2. Cynthia says:

    Au Québec, c’est un peu entre les deux, les enfants ont une salle pour manger mais habituellement ils y apportent leurs repas chauds ou froids. Au primaire, collège, lycée et université, il y a toujours eu une restauration disponible mais je n’ai jamais voulu y manger. Je suis trop fine bouche, la nourriture de cantine ce n’est pas très bon! J’ai testé les repas en à l’université en France et j’avais beaucoup de difficulté à tout manger mon plateau: steak semelle de botte et ingrédients non identifiables, non merci!

  3. Crearine says:

    Et sinon pour l’équilibrage des menus en France, c’est le job de la diététicienne à priori et oui je te confirme c’est un vrai casse tête!!!
    Mais bon on va pas non plus leur servir des frites tous les jours :D

    En France, j’ai des très mauvais souvenirs de cantine (notamment vers 7-8ans) où c’était juste dégueu, et des plutot bons (16-17ans) où on avait un vrai cuisinier derrière les fourneaux et c’est tout de suite mieux!
    Et oui, l’âge sous les verres c’est du grand classique de cantine :) Et c’est marrant comme, meme adulte, on ne peut pas s’empecher de tourner le verre type cantine, pour voir l’age :D

    A+
    Karine

  4. Koalisa says:

    C’est vrai que j’ai du mal à imaginer que l’école ne propose pas de cantine! En France, même l’école maternelle a sa cantine…Mes aînés n’ont pas de très bons souvenirs de cantine, le jour le plus populaire c’est celui où il y a des frites au menu !

    • Kantu says:

      Ah, les frites… :) Oui, pour moi c’était plutôt normal qu’il n’y ait pas de cantine, mais finalement le système français est vachement pratique!!

  5. So' says:

    J’ai fait l’école primaire à Genève (et tout le reste aussi en fait)
    et dans mon école, on avait pas de cantine, du coup on partait avec les gardiennes scolaires manger dans d’autres écoles qui eux (les petits veinards) avaient une cantine. :)

    • Kantu says:

      Eh ben, la chance! Comme quoi certaines écoles sont quand même équipées en Suisse! Suis curieuse de savoir si d’autres lecteurs suisses vont nous en parler :)

  6. Rysou says:

    La cantine en Suisse c’est effectivement rare mais pas inexistant. Dans le canton de Vaud il y en au collège actuellement mais par exemple au Jura il y a 20 ans, il n’y en avait pas. Juste avant ce blog jr stupéfaits sur un autre blog favoris et il parlait de la quenelle, rigolos de voir qu’effectivement il parle qu’à la cantine, va laissé des mauvais souvenirshttp://long.blog.lemonde.fr/2014/01/08/realiser-une-quenelle/

  7. Monique says:

    Dans les années 60 à Bienne, pas de cantine du tout, on mangeait à la maison, on faisait le trajet école-maison ou vice-versa 4 fois par jour! Ici en Belgique, les cantines existent depuis toujours. Les enfants peuvent y manger des repas chauds ou y apporter leurs « tartines », et ce depuis la maternelle. Et presque tous les enfants le font, c’est presque une tradition. Mais je ne sais pas si les règles alimentaires y sont aussi sévères qu’en France.

    • Kantu says:

      Merci Monique pour ces infos sur la vie belge :) Alors, toi aussi tu faisais les petits trajets maison-école sans avoir de cantine! Pas trop de différences avec ce que j’ai connu dans les années 90 ;)

  8. Sandra says:

    Hello !

    De nos jours les cantines sont nombreuses en Suisse et pas seulement dans les grandes villes ! Mes enfants y vont 4 jours par semaine vu que le mercredi après-midi il n’y a pas école il n’y a pas de cantine non plus.

    Dans notre commune il y a de nombreux menus à choix dont celui recommandé qui porte le label « Fourchette verte » c’est le plus équilibré avec légumes, viande ou poisson et un féculent. Il y a toujours une salade et un dessert et le tout pour 7.-, même pas 6.- euros !!! On commande au début du mois et en cas d’imprévu on peut annuler le jour même avant 9 heures.

    Mes enfants trouvent très bon et sont très contents d’aller à la cantine même si nous habitons près de l’école. Comme je travaille il mange puis passe à la maison faire leurs devoirs qui sont presque terminés pour profiter de la fin de l’après-midi et de la soirée pour faire du sport ou autre.

    Voilà pour le canton de Vaud en Suisse !!! Bisous.

    • Kantu says:

      Aha! Merci Sandra pour ces infos :) alors il y a plein de cantines dans le canton de Vaud à un bon tarif, voilà qui est pratique.

    • Tom Tom says:

      Ben t’as beaucoup de chance, d’une part parce qu’il y a encore dans le canton de Vaud beaucoup d’école même primaire qui n’ont pas de solution pour midi ou alors trop peu de places, et d’autre part de ne payer que 7frs. A Lausanne je paye 28 frs le repas de midi avec la garde (et oui c’est la structure publique qui tient lieu de cantine pas un domestique qui va chercher le petit en Rolls).

      Mais c’est vrai que ca s’améliore très vite. Il y a 15 ans aucun des villages du canton de Vaud n’avait de cantine ou de garde après l’école (qui finit à 15h40). Bonjour la galère.

  9. Cyrielle says:

    Sur Neuch’, au Mail y’avait cantine, ils étaient bien obligés, vu qu’ils accueillaient pas mal des élèves du Val-de-Ruz et du Val-de-Travers qui ne pouvaient pas rentrer le midi chez eux. Moi, j’habitais à côté donc j’y allais pas spécialement, sauf quand j’ai justement commencé à me faire des potes qui fréquentaient la cantine. Du coup, j’y allais pour passer de chouettes moments ensemble et ce sont effectivement de super souvenirs! La bouffe était au demeurant très bonne! En fait, vu que le pourcentage d’élèves y allant était relativement faible, on avait plus l’impression d’être au restaurant qu’autre chose, on avait le temps, pépères, de bouloter en paix. Là, je bosse dans un collège toulousain, et c’est montre en main que les gosses doivent bouffer parce qu’ils sont 650 pour un réfectoire à la capacité d’accueil pour 120…
    Sinon Kantu, tu serais pas allée au Lycée Jean Piaget par hasard? =)

    • Kantu says:

      Excellent! Au Mail vous en aviez une!!! C’est fou.
      Tiens, je pensais que les cantines étaient génialement organisées en France, mais 120 places seulement… cela doit être un peu stress en effet!

      Tu as cru reconnaître la cafét du Jean Piaget dans ma description? Perdu! ;) Hihi, elles doivent toutes se ressembler, mais j’étais au Lycée Denis-de-Rougement à manger des tranches de pizzas dans un sous-sol :)

  10. Marie-Laure says:

    C’est peut-être un peu tard pour un commentaire, mais je le fais quand même. ;-)

    Mon fils bénéficie d’une cantine dans son école privée et cela me semble tout à fait normal, moi qui ai été à la « cantoche » durant toute ma jeunesse… exception faite de mes années dans une école franco-allemande dont les horaires, allemands — cours de 8h00 à 13h30 — , me faisaient rentrer à la maison à 14 heures, affamée et seule à déjeuner à cette heure bizarre.

    La cantine, je suis pour! J’en ai de tellement bons souvenirs… même les mauvais se sont transformés en bons au fil des années, nostalgie oblige. Orgies de frites une fois par semaine, couscous une fois par quinzaine (miam miam), mais au rayon des mauvais souvenirs, le riz au lait infâme rendu encore plus immangeable grâce à l’ajout de plusieurs cuillerées à soupe de cannelle dessus, le tout servi avec des tranches de jambon épaisses comme mon genou… beurk. Et aussi batailles de têtes de nègre (ça s’appelait encore comme ça à l’époque) avec atterrissage de certaines sur les revers des surveillants pourtant non visés, rigolades étouffées et heures de colle qui s’en suivaient… ah oui, on s’amusait bien à la cantine et moi j’adorais y aller, tout comme la plupart de mes camarades de classe.

  11. Upsilon says:

    Voilà, alors pour ma part j’ai connu les joies de la cantine durant mes 5 années de lycée en Valais (ça dure 5 ans là-bas), dans les années 90. Il y avait même les verres Duralex avec le numéro :-)

  12. Emenya says:

    Je suis une Française vivant en Suisse, dans 2 ans mon fils ira à l’école, suivie de prêt par sa sœur… et à la lecture de cette article, j’ai des sueurs froides… Je suis déjà au foyer, mais j’avais prévu de retravailler à temps plein une fois les deux monstres à l’école, ce qui ne sera donc pas le cas, car apparemment, les services proposé pour nourrir les enfants hors écoles sont couteux. (La cantine dans les écoles Française est aussi payante, mais rien d’astronomique vue le service)

    Je trouve ça dommage, car comme préciser dans l’article, malgré la nourriture pas toujours très bonne, je garde un souvenir génial de la cantine. Je trouve que ça sociabilise et apprend un autre aspect de la vie que dans la cellule familial, sans compter la perte de temps des aller/retour à l’école… J’avais essayé un trimestre de manger à la maison quand j’étais au collège, je suis vite retourné à la cantine, beaucoup plus pratique et marrante.

    Bon bah, j’ai encore 2 ans pour trouver une solution.
    Merci pour cet article :)

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