Les langues en Suisse

Multilinguisme suisse: comment vit-on avec 4 langues nationales?

Publié le 1 mai 2014 | Bienvenue en Suisse, Langues & Francophonie

La réponse est: « Très bien, merci » ;)

 

« Le suisse-allemand, qu’est-ce que c’est au juste pour une langue? Et pourquoi les Suisses parlent entre eux en anglais? Sont-ils tous bilingues? »

J’ai eu l’idée de vous en révéler un peu plus sur les mystères linguistiques de mon pays. Pour cela, je lance une série de billets sur le thème « Le multilinguisme suisse expliqué aux Français ».

Le puzzle linguistique de mon pays vous avait été résumé en deux mots dans cet autre billet, ironiquement intitulé:   Je suis Suisse-française… mais je me rends compte que c’est amplement insuffisant. Ci-dessous, j’espère donc réussir à expliquer proprement à nos voisins français comment les différentes langues nationales cohabitent en Suisse. Ce billet m’est inspiré par une série de quiproquos et de questions de connaissances, qui prouvent bien que les mystères linguistiques de la Suisse sont impénétrables…

Non, le français n’est pas la langue la plus parlée dans le pays.

Faux, au jardin d’enfants personne ne m’a obligé à parler allemand.

Sans blague, non, chaque Suisse ne parle pas les 4 langues nationales!

Je suis sûre toutefois que les Savoyards et les Francs-comtois sont déjà plus au courant.

En Suisse, 4 langues officielles cohabitent

Reprenons les bases, si vous le voulez bien. La Suisse a officiellement quatre langues nationales. Par ordre d’importance: l’allemand, le français, l’italien et le romanche. Ça, c’est sur le papier.

Dans les rues de Suisse, la majorité de la population communique en fait en trois langues: le suisse-allemand (qui est un dialecte de l’allemand, on en reparlera dans un prochain billet), le français et l’italien. Le romanche est une langue régionale (comme l’occitan ou le breton en France), descendante du latin, qui compte peu de locuteurs, localisés dans les Grisons.

Tous les Suisses ne parlent pas les trois langues principales. Chacune sert à communiquer dans une région linguistique distincte du pays, comme le montre cette splendide carte.

Carte-linguistique-CH

Vous observerez que la Suisse alémanique, où on parle le suisse-allemand, recouvre la majeure partie du territoire. La Suisse romande (francophone) et la Suisse italienne (…italophone) recouvrent des zones plus modestes. Les hachures + les morceaux violets montrent où survit le romanche, dans la région des Grisons. Centenaires exceptés, les locuteurs du romanche parlent généralement une autre langue nationale, le suisse-allemand souvent.

Voilà, on y voit déjà plus clair non?

Des cantons bilingues et le Röstigraben

Chut!-on-parle-des-langues-en-Suisse_mini

La frontière entre la zone francophone et alémanique n’est pas une barrière imperméable. Pourtant, culturellement elle porte un nom, le röstigraben,  soit la barrière des röstis, comme le délicieux plat typiquement alémanique à base de pommes-de-terre. (À prononcer reu-chti siouplaît.) Cette barrière de patates symbolise les différences de mentalité et culturelles des deux régions.

Entre les deux zones linguistiques, il existe des villes bilingues, comme Bienne ou Fribourg. La frontière des langues en Suisse ne correspond pas toujours aux limites administratives des cantons. (Je vous rappelle que la Suisse est divisée en 26 de ces entités) Certains d’entre eux sont donc bilingues, comme le Valais, Berne ou Fribourg par exemple. Le français et l’allemand y coexistent donc étroitement.

Et à l’école? Les élèves détestent l’allemand

Dernièrement, on m’a demandé si on m’avait forcé à parler allemand à l’école en Suisse. Hein? Non! Dans les cantons romands, tout se passe en français, de l’administration aux écoles. Tout comme chez vous.

livre allemandLa différence, c’est que la première langue étrangère que j’ai apprise sur les bancs du primaire, c’est l’allemand (dès l’âge de 8 ans), alors que l’anglais est arrivé beaucoup plus tard dans mon cursus (~13 ans). Comment cela se fait-il donc que je parle couramment anglais mais l’allemand avec difficulté? Ça, c’est une question a) d’intérêt personnel b) de culture romande à la con. Parce que les Suisses romands (=francophones) ont tendance à cordialement détester apprendre l’allemand. Ils prétendent que c’est à cause de sa complexité, mais je crois personnellement que c’est autre chose… Une sorte d’opposition liée à l’identité romande peut-être? En cours de latin, avec bien plus de cas à apprendre, l’hostilité n’était pas aussi virulente, et cela pour mémoriser la grammaire d’une langue morte – et inutile dans le reste du pays, que dis-je, du monde!

Triste réalité pour la Suisse, la plupart des jeunes Romands (car je connais des exceptions) préfèreront apprendre la langue de Shakespeare que l’allemand. Un Zurichois que j’ai rencontré dernièrement m’a dit que le phénomène était similaire en Suisse alémanique: les étudiants veulent apprendre l’anglais, mais pas le français! Dommage non? On finit par préférer communiquer en anglais entre Helvètes, parce que c’est plus simple. Cela nous met aussi sur un pied d’égalité…

Notez que certains cantons ont par le passé créé quelques scandales en faisant passer cette langue mondiale avant les idiomes nationaux à l’école (plus d’infos ici).

Je dois vous parler d’un autre détail déroutant sur les langues en Suisse – et là, je crois que je vais d’ailleurs vous faire perdre votre latin:

Les Suisses-allemands aussi ont tendance à détester cordialement l’allemand.

Pourquoi? Parce que ce n’est pas tout à fait leur langue maternelle. Leur langue est le suisse-allemand, un dialecte qui varie d’un canton à l’autre. Or manque de bol, c’est une langue orale, qui ne s’écrit pas. Ses variantes ne possèdent pas de graphie commune. Sur le papier (documents, journaux, etc), c’est donc en allemand que ça se passe. (Question approfondie ici!). Ou vous pouvez dès à présent approfondir la question en lisant ce billet chez le blogueur romand Martouf.

 

Multilinguisme suisse: les conséquences

Je pourrais encore déblatérer longuement sur la situation linguistique de la Suisse, mais je vais clore ce billet avec un dernier point plus amusant. Quelles sont les conséquences concrètes du multilinguisme? Quelques exemples.

Les passeports en 5 langues

Les papiers officiels émanant de la Confédération, comme les cartes d’identités, les passeports, ou les billets de banque, sont écrits dans les 4 langues nationales (oui, cela prend de la place!)

Mon passeport suisse bientôt hors d'usage, avec ses petites croix en relief. Cette version du document a été mise en circulation en 2003.
Avec l’anglais en prime sur le passeport, vous avez vu?

Langues en Suisse: ne pas tomber dans le panneau

Pour circuler sur la route, il vaut mieux avoir des bases des autres langues nationales. Et réviser le nom des villes en allemand. Sinon cela donne des quiproquos idiots, comme ces touristes français qui cherchaient sans succès la ville de Sierre en Valais alors qu’ils étaient à Siders (c’est le même lieu).
Autres exemples: Bienne devient Biel, Bâle devient Basel et Zurich Zürich. (Easyyyy) Mais je vous ai déjà parlé de cette affaire  ici (visez l’avant-dernier paragraphe)
Panneaux sur l'autoroute suisse

Supermarchés suisses: des étiquettes en trois langues

Dans les supermarchés, les produits sont étiquetés dans les trois langues principales, le français, l’allemand et l’italien. Si on s’ennuie dans son bain, on peut apprendre à dire shampoing ou bain moussantdans les autres idiomes nationaux.
Les trois langues nationales suissesCela donne:
SCHAUMBAD
BAIN MOUSSANT
BAGNOSCHIUMA
Mais bon, vous connaissez ça en France. J’ai observé des étiquettes bilingues ici aussi… en français-flamand et même parfois français-espagnol!
Le mot de la fin

Quand je vois autour de moi la France, cette grande nation uniforme et entièrement francophone, je me dis que c’est une chance et une richesse d’avoir grandi dans un univers plus contrasté, où il faut faire un effort de langue si on visite l’autre bout du pays, comme si on était à l’étranger. Parfois, par paresse, je vous envierai presque mais… non!

En tant que Suisses, je pense que nous sommes sensibilisés aux langues étrangères et à l’importance d’en apprendre, simplement sur nos shampoings par notre environnement.  Nous avons tous des amis dont le foyer est bilingue, et nous savons que si on veut prévoir un city break à Zurich, il faudra être prêts à parler une langue « étrangère ». Le multilinguisme de mon pays a sans doute contribué à mon amour pour les langues!

J’espère qu’après cette petite lecture, vous imaginez mieux comment cohabitent nos 4 langues en Suisse.

Si vous avez d’autres questions, des remarques ou des réclamations, les commentaires vous sont comme toujours grands ouverts!

Et si des Suisses-italiens veulent nous renseigner sur la cohabitation italien – suisse-allemand, cela serait très intéressant! Ayant grandi à l’autre bout du pays, je n’ai que peu d’échos sur la situation de ces deux langues.

Pour le prochain rendez-vous sur le Multilinguisme suisse, j’ai demandé à une ambassadrice du suisse-allemand de vous dire quelques mots dans son joli dialecte bernois.

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32 Responses to Multilinguisme suisse: comment vit-on avec 4 langues nationales?

  1. Gabrielle says:

    Super billet de blog, j’aime beaucoup votre écriture ! :-)

  2. Georgetta says:

    Française en Suisse Alémanique, ce que je trouve aussi fou par rapport à la France, c’est le nombre de chaines de télé et de radio, chaque région linguistique ayant ses propres chaînes publiques. C’était marrant de suivre les JO sur les chaînes suisses romandes, de passer sur les chaînes suisses alémaniques, mêmes images, mais autre langue, et surtout autre style :-) J’ai aussi vécu en Suisse Romande, je confirme que j’étais surprise de voir que les Suisses ne pouvaient pas communiquer entre eux autrement qu’en anglais. J’ai souvent l’impression que la Suisse Alémanique ne s’intéresse pas tellement à la Romandie d’ailleurs, et c’est assez réciproque…Concernant l’aversion des Romands envers l’allemand, je dirais que c’est à peu près la même chose des Français envers l’allemand, ce n’est pas non plus que les Romands ont l’air de maîtriser tellement mieux d’autres langues comme l’italien, l’espagnol…en tout cas je n’ai pas fait cette expérience. L’anglais n’est pas non plus parler trés couramment. Là aussi c’est plutôt comme en France :-)

  3. Hehe super billet! Depuis que nous sommes en voyage nos origines et surtout nos langues ont attirés bien des questions! On a meme rencontré pas mal de francais qui ne savaient pas qu’en suisse on parlait aussi français (et contrairement aux squetsch de ce très cher TEX on ne paaarle paaaas tousssss côôôômme ça!) ;)
    Les anglophone ont tendance à trouver ça « Awesome » de parler autant de langue, et généralement on se fait repérer car notre accent anglais est moins terrible que ceux de nos voisins français (désolés hein…) ;)
    Moi j’avoue être un peu un petit caméléon, une suisse allemande qui a grandi en suisse romande avec les 2 langues comme langue maternelles, mais c’est vrai que le « bon allemand » on n’aime pas ça!
    Pour les suisses italiens je crois que la majorité choisi quand même le français surtout au niveau des études. N’ayant pas d’unis aux tessin ils sont forcés d’aller soit en Italie soit d’apprendre le français ou l’allemand car les Bachelors sont souvent enseignés dans la langue de la région. Pas évident d’ailleurs! Mais au final c’est peut-être eux les plus plurilingues du pays!

  4. Claire says:

    Bravo! Voilà de quoi instruire mes chers compatriotes de manière ludique.

    J’ai fait mes études à Genève et vécu trois ans à Berne: combien de fois ne m’a-t-on pas demandé si la capitale de la Suisse était bien Genève? Ah non? Zurich alors? Berne?! Mais c’est où?
    Ahlàlà…

    A Berne, j’ai constaté que les Suisses alémaniques adoraient parler français et avaient plutôt un bon niveau. S’ils doivent choisir entre l’allemand et le français, ils préfèrent parler français!
    Quand on séloigne du Röstigraben, le français se fait effectivement plus rare.

    • Kantu says:

      Bonjour Claire, merci pour votre mot! C’est intéressant vos observations sur l’envie de parler français qui s’éloigne à partir du Röstigraben. Et pour la capitale suisse inconnue, c’est une catastrophe en effet!

    • Olivier says:

      Étant donné que je vis à Fribourg, je constate effectivement que les  » Bourbine » parlent généralement beaucoup mieux français que les »Velsch » parlent allemand, même si les conversations consistentre très souvent à tenter de me convaincre que le Suisse allemand est la plus belle langue du monde, en vain bien sûr

  5. Gezar says:

    En Belgique, on vit la même chose avec nos langues, mais en français-néerlandais… d’où certaines étiquettes dans ces langues en France.

    Par contre pour les noms de ville on fait plus original et plus difficile pour les étrangers : Mons Bergen, Liège Luik, Tournai Doornik, et même Lille qui est pourtant française à droit à son nom en néerlandais à coucher dehors : Rijsel !

    Chez nous aussi, les jeunes préfèrent apprendre l’anglais que le néerlandais. Par contre à part à Bruxelles, personne n’est obligé de prendre des cours de l’autre langue nationale !

    Pour la complétude, on a aussi une partie du territoire qui parle allemand, mais ils sont une très faible minorité.

    Je me demandais s’il y a des rivalités politiques entre les différentes communautés en Suisse ? Chez nous c’est la guerre ouverte en tout cas !

    • Kantu says:

      Merci pour cet éclairage belge super intéressant! C’est vrai que les changements de noms des villes peuvent facilement conduire à des quiproquos: ils ne se ressemblent pas du tout!
      Chez nous, la culture du consensus évite de grosses tensions politiques. Il y a toujours des discussions à cause de l’importance de l’allemand (le français est une minorité), qu’il faut absolument parler pour faire carrière en politique sous la coupole. Alors que sur le papier les langues nationales devraient être égales. D’autres frictions proviennent des différences sensibilités politiques qui ressortent lors des votations… La Romandie vote de façon plus ouverte que la campagne suisse-allemande – et cela énerve les romands, cf la dernière votation sur l’initiative de l’UDC « contre l’immigration de masse » qui fait couler beaucoup d’encre.

      • Olivier says:

        A noter que les campagnes suisse allemande sont très majoritairement de droite, contrairement aux villes et au région suisse romande, mais cela vient à mon avis d’un simple problème de répartition des étrangers sur le territoire. Un amis qui habite un village suisse allemand m’a dit que chez lui il n’y avait pas d’étranger et qu’il en connaissait pratiquement pas. Pour reprendre ces mots, » Chez nous on connaît pas les étrangers, c’est normal d’avoir peur de ce qu’on connaît pas. » Il lui a suffit de moins d’un année linguistique dans un CO ( collège pour les français ) suisse romand avec plus de la moitié des élèves immigrés pour changer radicalement d’avis à leur sujet.

    • Teo says:

      Oui il y a de différences de vision mais il n y a pas une vraie rivalité car les régions linguisiques sont divisés dans plusieurs cantons, et il y a aussi des cantons bilingues ou, comme les grisons, trilingues. Il n’y a pas un parlement de la Romandie, un de la Suisse Allémanique et un de la Suisse Italienne.

  6. Mais c’est exactement ça !!! Comment mieux le décrire ? Impossible tu es la meilleure :-)
    Ne pas parler allemand pose parfois un problème dans les entreprises très suisses dont le siège est… en suisse alémanique. Mais autrement tout se fait en anglais, et d’ailleurs oui je travaillais uniquement dans cette langue et non je n’ai jamais songé à apprendre l’allemand.
    Et c’est très drôle car dès que j’allais à Zurich pour le boulot j’avais l’impression d’être à l’étranger dès ma descente du train. J’adore ce multilinguisme, c’est une vraie richesse. Hop Suisse !!!

  7. Teo says:

    Bonjour,
    je suis tessinois, donc je peux répondre à l’appel fait par KANTU à la fin de son article.
    Au Tessin on parle l’itqlien comme langue officielle, mais beaucoup de gens entre eux parlent le dialet tessinois, mais c’est très différent de la Suisse Allemande où aussi les étrangers l’apprennent, chez nous c’est plus une chose identitqire (aussi pour se sentir tessinois et pas italiens) mais moins repandu et, lentement, en voie de disparition.
    La première langue « étrangère » que nous apprenons à l’école c’est le français, à l’âge de 8 ans. Je crois que le fait que le français est la première langue à être apprise au Tessin c’est un patrimoine du passé, où le français était langue intérnationale au lieu de l’anglais. Par exemple je me souviens que mon grand-père me disait que à son époque, à l’école, on apprenait seulement le français.
    Nous commençons apprendre l’allemand à 12 ans et l’anglais à 13. Je crois que nous sommmes les suisses que plus s’engagent pour la choésion nationale, car nous apprenons obligatoirement 2 langues nationales, les alémaniques et les romands seulement une.
    Notre rapport avec les romands et les alemaniques n’est pas toujours idyllique. Beaucoup de tessinois se sentenet en peut des suisses de série B, pas considerés par le grand pouvoir alémanique de Zurich et Berne. Selon mois ça n’est pas vrai, où c’est vrai mais la situation n’est pas si grave comme on pourrait penser, mais ça c’est l’opinion de beaucoup de tessinois.
    Nous nous sentons suisses, bien sûre, mais c’est toujours difficile, quand on est fâce à un bernois, de penser: « il est un compatriote ».
    Beaucoup de suisses alémaniques viennent au Tessin pour passer leurs vacances, car ils sont totalment fous pour notre soleil, notre chaud et nos lacs. Beaucoup de suisses alémaniques en retraite viennent au Tessin à vivre, sûrtout à Locarno et région À Locarno et Ascvona, le porcentace de parlants l’allemand comme lmangue maternelle et presque le 20%, lorsque dans le reste du canton est du 6%. Parfois dans les restaurants de Locarno les garçons te parlent en allemand, car sont les allemands qui vont dans le srestqurant, car ceux qui viennent ici ont beaucoup d’argent, où dans tous cas ils ne sont pas pauvres. Ca énerve vraiment beaucoup les tessinois.
    Les rapports avec les romand sont bons, mais on les recontres pas beaucoup, par rapport aux alémaniques qui sont partout. Donc on n’a pas de raisons de être fachés les uns avec les autres.
    Je dis dire que les tessinois apprennent biens les langues, sûrtout ceux qui vont travailler à Zurich ou dans le reste de lq Suisse alémanique ou Romande, et donc je n’ai jamais entendu des tessinois qui ont dû communiquer avec des autres suisses en angleis Je le trouverais désagréable. Et il serait vraiement dommage.
    Même si maintenaint au Tessin il y a beaucoup d’italiens, pas seulement frontarliers mais aussi domiciliés, les tessinois ont une haine inné pour l’Italie. Même si parfois on a l’impr(ession de ne pas être écoutés, le Tessin ne ferait jamais une sécession pour aller avec l’Italie. Nous sommes trop « dégoutés » par l’Italie et trop amoureux de la Suisse et des privilèges que être suisses.
    Vive la Suisse, viuve notre quadrilinguisme et vive le Tessin!!!

    P.S. Excusez moi pour mes fautes. Ca c’est le français que j’ai appris jusq’à maintenaint. Mais ce n’est pa si mal, non? ;)

  8. Patrice says:

    Ma réaction avec retard ! La Suisse a ses 4 langues nationales et tout le monde (ou presque) le sait ! La France elle, vue de l’étranger, c’est la France de Monsieur Dupont-Lajoie, béret et baguette de pain et terminé ! Pas de place pour les langues « nationales » et très peu pour les langues régionales ! Mais la réalité est toute autre sur le terrain et en particulier sur la route dans certaines régions… Je pense notamment à la zone frontière entre la Suisse et la France dans le canton romand du Jura. Tout le monde vous raconte l’anecdote du touriste étranger souvent britannique parfois expagnol our italien, qui se perd en pays étrange. Il roule en Suisse et se dirige vers la France parce que le panneau FRANCE est indiqué en toutes lettres.
    Il quitte donc les localités suisses de Saint Ursanne, Bourrignon ou Porrentruy et roule vers la frontière française en direction de Lucelle donc, jusque là pas de problème… jusqu’aux prochains panneaux indicateurs arrivé en France, qui le renseignent qu’il se dirige vers Oberlarg, Ligsdorf, Winkel et Liebsdorf et là, pas toujouts mais parfois, il fait demi-tour pour demander son chemin en arguant qu’il se dirigeait pourtant bien vers la France et non pas vers un quelconque canton suisse de Bale-Campagne ou de Soleure, il se serait donc trompé ?..ne sachant pas qu’il se trouvait bien en France mais en Alsace et que, dans cette région, la germanophonie serait plutot représentée pas la France plutot que par la Suisse bien romande dans ce canton !

    • Kantu says:

      Pas mal comme anecdote!
      En plus, c’est vrai que la France compte plus de langues que la Suisse, et ça peu de personnes le savent! J’ai bien l’intention d’en reparler.

  9. Goudé says:

    Superbes interventions! Je découvre enfin ce qu’est le plurilinguisme en suisse. Dans les faits il existe peu, et l’anglais risque d’être la fin de celui-ci, comme en Suède où l’on parle anglais, avant suédois…dommage. Le pb de la France est beaucoup plus simple, une langue est officielle et parlée par tous, depuis des siècles. Seuls quelques initiés sont capables de parler nos « langues » régionnales(breton, corse, catalan, basque, etc…) et ils ne la parlent qu’entre initiés, et ces soit-disantes langues n’en sont pas, ce sont plus des pâtois régionnaux.
    Pour exemple, le breton: Celui de Brest n’était pas le même que celui de Vannes, et à Saint Malo c’est le Gallo qui se parlait, et tout cela variait d’un canton à l’autre. Heureusement que nous avons fait l’union de notre langue, ce qui me permet de pouvoir me déplacer sur tout mon territoire et pouvoir échanger en profondeur avec les personnes rencontrées!
    Je me demande comment la Suisse arrive à garder cette unité étatique, je ne pourrais pas accepter de ne pas comprendre un compatriote, ou de devoir utiliser une autre langue(comme l’anglais!), toujours approximative, pour me faire comprendre en profondeur.
    Il faudrait que je maîtrise cette langue au maximum pour pouvoir y exprimer mes sentiments, ou toutes les nuances de l’orthographe, du ton, du choix des mots etc…
    Finalement, les échanges inters-régionnaux restent très succints!
    Alors, d’où vient votre unité?

    • Kantu says:

      Bonjour Goudé! Je vous remercie pour votre commentaire sur le blog – mais oups! Vous avez mal compris quelques points. Peut-être n’ai-je pas été assez claire… Nous communiquons très bien entre les différentes parties de la Suisse! Par exemple si je vais à Berne, je tombe souvent sur des Suisses-allemands qui parlent super bien français. Pas de problème pour communiquer. Avec les jeunes qui le parlent parfois moins, l’anglais est une alternative et on peut très bien se comprendre. En cas de force majeure, je peux même parler en allemand – mais la conversation sera laborieuse car j’ai pas l’habitude de le pratiquer, bien que je le comprenne. Notre cohésion et communication nationale n’est en aucun cas en danger! Je précise que les politiciens au niveau national parlent tous plusieurs langues.
      Mais je comprends que pour un grand pays monolingue comme la France, le multilinguisme suisse reste difficile à comprendre…
      Quant aux langues régionales, et au breton, sa situation ressemble donc au suisse-allemand avec différents dialectes parlés. Ce sont des variétés d’une même langue!

  10. Peg says:

    Merci pour ce post fort instructif pour la française que je suis.

  11. Charlie says:

    Merci beaucoup pour ce résumé, c’est vrai qu’en arrivant en Suisse, le coté étiquettes en plusieurs langues m’a un peu fait peur. Puis on s’y habitue. Par contre quelle chance de grandir dans un pays multilingues. Je suis toujours jalouse et surtout complexée par ma mauvaise capacité à apprendre de nouvelles langues ( je suis française ).
    Les Suisses arrivent pour beaucoup à switcher entre une langue et une autre. Les plus spectaculaires sont mes collègues du Tessin qui parlent italien, suisse allemand, français et anglais hop hop fastoche (et une dernière apprise « parce que je suis parti deux mois en Espagne comme ca ».
    Hum Hum, les Frenchies nul à coté, et d’ailleurs on a cette réputation.

    • Kantu says:

      C’est vrai que les Tessinois sont étonnants. Tous ceux que j’ai rencontrés (« expatriés » en Suisse romande du coup) parlent couramment les trois langues nationales, plus l’anglais. Je les admire!!! C’est vrai qu’on est sensibilisés aux langues en grandissant en Suisse, alors que la plupart des Français se satisfont de connaître juste leur langue maternelle, et un peu d’anglais vite fait… Mais ne te décourage pas: ce n’est pas parce que tu es Française que tu seras « mauvaise pour apprendre de nouvelles langues », je suis sûre que c’est un blocage à surmonter ;) Je connais quelques Français qui se sont mis au suisse-allemand d’ailleurs, alors que les Romands y rechignent en général… Chapeau!

  12. Dorsaz says:

    En Haut Valais ils parlent très bien le Français et vont jusqu’à ce revendiquer ….Romands
    D’un coté le Walser est composé d’Allemand d’Italien et d’Arpitan (ancienne langue de romandie avant l’imposition du Français).

  13. Romain says:

    Bonjour, et merci pour ce sympathique billet. Je viens du sud de la France, et la langue locale y est l’occitan (qui est une langue romane, comme l’espagnol, l’italien, le francais, mais qui n’est pas un dialecte du francais). Plus au nord de chez moi, c’est l’arpitan (ou francoprovencal) qui est la langue du pays. En France, la politique des langues régionales étouffe la diversité linguistique et c’est pour cela que lorsque vous avez visité la France, vous y avez vu un pays « uniforme et monolingue ». Alors ma question est la suivante: pourquoi en Suisse, qui n’avait pas de raison de copier la politique linguistique francaise, l’arpitan n’a pas non plus persisté? De la meme maniere, « l’italien » est un concept nouveau car les langues ou dialectes italiens sont fort nombreux et variés, et pourtant en Suisse c’est l’italien officiel (celui imposé dans toute l’Italie) qui est parlé. Enfin, du coté germanophone, vous le dites vous meme, les gens parlent le suisse alémanique mais l’administration est en Hochdeutsch. Pour moi il est tout a fait singulier d’observer un pays indépendant qui a hérité des politiques linguistiques autoritaires de ses voisins, et ou l’on observe la disparition des langues d’origine. Savez-vous pourquoi?
    Merci

    • Kantu says:

      Bonjour Romain,
      Merci pour votre message. Historiquement, je ne sais pas pourquoi la Suisse francophone a été si influencée par la politique française pour éliminer ses « patois ». Une question à creuser, intéressante!
      Par contre, les langues régionales du côté germanique sont les vraies langues parlées dans la vie de tous les jours. Je parlais du cas du suisse-allemand et de ses dialectes dans ce billet, si cela vous intéresse.
      Contrairement à ce que vous pensez, l’arpitan survit encore dans certains coins du pays, en Valais! Mais elle n’a pas de statut officiel, contrairement à une autre langue régionale suisse, le romanche.
      Merci de votre message, si je trouve plus d’infos sur le sujet je vous le dirai!

      • Romane says:

        Pour répondre à votre question sur le franco-provençal et le suisse-allemand, ce sont juste des langues orales ; elles ne s’écrivent pas en théorie. C’est pourquoi le français et l’allemand sont des langues officielles de la Suisse, car ces deux langues sont des langues écrites.

        Le franco-provençal n’est pas resté aussi pour plusieurs raisons : la religion a joué un rôle dedans car c’est dans les cantons protestants que l’arpitan a commencé à disparaître. En fait, je pense que l’on considérait que le patois arpitan n’était pas suffisamment noble. On a interdit aux gens de transmettre leur langue à leurs enfants et ils étaient réprimandés s’ils le faisaient. Elle a été carrément effacé en l’espace d’une génération. Chez moi, mon arrière-grand-père était la dernière personne qui avait l’arpitan comme langue maternelle. Mon grand-papa ne la parle pas à cause de cette interdiction. Elle est restée plus tenace dans les cantons catholiques (car le culte était en latin, contre en français pour les protestants)

        J’espère que mes explications vous ont aidé :)

    • Pier says:

      Bonjour Romain,
      Vous vous trompez sur l’italien parlé en Suisse italienne. Au Tessin et au Grisons on n’a jamais pratiqué une politique de répression des langues locales. En effet les dialectes lombards y sont encore très parlés; au Tessin au moins la moitié de la population est dialectophone, la diglossie dialecte-italien étant la règle. La grande différence avec la Suisse alémanique est qu’en Suisse italienne on tend a ne pas parler le dialecte avec des gens qui viennent d’ailleurs et on ne parle pas dialecte à la télévision, à la radio (sauf dans certaines émissions) ou dans les discours officiels. En ne demande pas non plus d’apprendre nos dialectes aux immigrés. En ceci il n’y a pas de différence avec l’Italie. Je dirais même que les dialectes lombards sont plus parlés en Suisse italienne que dans la plupart de la Lombardie.
      Que l’italien soit un concept nouveau est faux car cette langue existe depuis le moyen-âge, même si jusqu’au 20è siècle elle n’était utilisée que par une minorité « instruite ».

  14. Cristina says:

    Bonjour Pier, et à tous les autres qui on laissé un commentaire.

    Je suis une italienne qui vit à Mulhouse depuis neuf ans et qui traverse la suisse au moins un fois par an.

    Je commence avec une petite correction sur la langue italienne : l’Italie est le pays des dialectes, vous ne faites même pas cinq km et vous tombez sur un patois différent. En 1819, à un époque où la nation italienne était un rêve d’un élite de proto-révolutionnaires un écrivant à écrit un roman qui est la base du dictionnaire de la lingue italienne. Ce roman s’appelle « I Promesi Sposi », (un histoire d’amour contrasté dans la Lombardie du XVIIème siècle, en sauce catho avec en plus l’épidémie de peste). Qui, en passant, est le cauchemar de tout étudiant italien.
    A l’époque il y avait débat sur quel dialecte choisir pour langue national, beaucoup proposaient la langue de Dante : le dialecte florentin médiévale. Manzoni (l’écrivan) a écrit son roman en dialecte florentin du XIXème siècle. Donc, la langue italienne est du dialecte florentin d’il y a presque 200 ans.
    Si, dans le sud d’Italie, le dialecte reste la langue maternelle. Dans le nord, l’italien est en train d’effacer les dialectes.
    Mais, contrairement aux apparences l’italien n’est pas la seule lingue en Italie : il y a aussi le « ladino » et l’allemand, dans le nord est d’Italie.

    Je ferme cette grosse parenthèse italienne et je vais vous parler de mes impressions sur la Suisse.
    J’avoue j’y met les pieds le moins possible, du même que en Allemagne à cause de la langue allemande/suisse que je ne parle pas.
    Je trouve la Suisse un pays très beau, mais avec une coupure culturelle nette entre cantons. Un exemple très cons.
    Les cafétérias des aires de repos des deux côté du San Gottard : du côté du Ticino café expresso et croissants + italien; de l’autre café long/thé et tranches des gâteaux + allemand.
    La culture ce n’est pas seulement un question de langue, mais aussi de langage gestuelle et aussi de… café… (surtout pour un italienne).

    J’ai l’impression que il y a un clivage plus net entre les cultures suisses, que entre leurs homologues linguistiques français, allemands et italien. Je pense que l’histoire allemande et italienne permet de mieux cerner l’élément fédérateur que peut être l’identité national pour cémenter des peuples.

    Cavour, politicien italien du XIXème siècle a dit : on a fait l’Italie, on doit faire les italien. Dommage, il est mort peu après.
    Moi, je dirais qu’on est ce qu’on est, mais on l’est aussi par rapport au regard que les autres portent sur nous : qu’on soit italien, suisse, français ou allemand…

    • Kantutita says:

      Bonjour Cristina,
      Bienvenue sur le blog et merci beaucoup pour toutes ces précisions sur l’Italie et ses langues! J’avoue que je n’y connais rien du tout alors vos explications sont super intéressantes.
      Ah oui, j’imagine qu’avec le café vous avez dû faire face à plusieurs chocs culturels en vivant entre différents pays ainsi! Bonnes salutations à Mulhouse, et n’hésitez pas à revenir partager vos expériences ;)

  15. Andy says:

    Bonjour, je suis tombé sur votre article un peu par hasard car je me posait la question des langues parlées en Suisse (par curiosité) …
    Merci pour toutes ces informations qui ont assouvi ma curiosité et vous êtes bien plus agréable à lire que Wikipedia !
    Cdt

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