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L’occitan, la langue du Sud de la France

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Per la lenga occitana!

Saviez-vous que le Sud de la France compte une langue régionale, l’occitan? Si on ne l’entend pas dans les rues de Montpellier, elle survit grâce à des passionnés de tous âges et est enseignée dans des écoles. Je vous emmène à sa découverte à travers un petit reportage sonore…

Cet homme raconte que son père, qui lui a appris l’occitan, ne comprenait presque pas le français!
Ces sorcières font leur numéro en brandissant une pétition humoristique en occitan…

Toulouse, 31 mars. Des occitanistes venus de Bordeaux à Nice convergent vers la Ville Rose pour manifester leur soutien aux langues régionales françaises. Une flotte de drapeaux occitans rouges et or sont brandis pour demander à l’État français, plutôt frileux, de donner une meilleure visibilité à ces patrimoines menacés. Un grand nombre de manifestants portent le béret – voir la galerie photo en pied de billet!

Au milieu du joyeux brouhaha, causé par des chorales improvisées, les tambours, les cornemuses, je me faufile dans le cortège de 30’000 personnes avec mon micro pour rencontrer des occitanophones.

Ce petit reportage à la découverte de la langue d’oc commence dans la voiture qui m’a menée là, en compagnie de trois professeurs d’occitan de l’université de Montpellier, dont Marie-Jeanne Verny…

Écoutez plutôt!

Manifestation à Toulouse pour la reconnaissance de l’occitan

Le 31 mars 2012, la manifestation pour soutenir les langues régionales s’est en fait déclinée dans plusieurs villes de l’Hexagone, pour défendre le breton, le basque, le corse, le catalan, mais aussi l’alsacien, le francique, le francoprovençal, etc…

Quelques clefs

Provençal, languedocien, gascon: des langues d’oc

Le terme occitan regroupe plusieurs variantes d’une même langue, comme le provençal, le languedocien, le gascon, le limousin…  Ces idiomes sont présents sur un tiers du territoire français, dans le Sud et le Sud-ouest de la France. Aussi appelées langues d’oc, ils s’opposent à deux autres familles de langues romanes présentes en France, les langues d’oïl (dont fait partie le français) et le francoprovençal (parlé aussi à  Évolène, dans le canton du Valais). Les noms ÒC et OÏL viennent de la manière de dire oui dans ces descendantes du latin.

Une langue régionale en voie de disparition…

Actuellement, la langue d’oc est en difficulté car le nombre de locuteurs décroît… Pourquoi? Comme le dit une occitanophone dans le reportage: « Le français a pris le pouvoir! » Au début du 20e siècle, la réussite sociale passe en effet par le reniement de l’occitan, au profit de la langue dominante, le français. Jusque-là, l’occitan était la principale langue de communication.

Pour affaiblir les « patois » et assurer ainsi l’unité linguistique du pays, des punitions sont infligées aux élèves qui parlent l’occitan à l’école. Cette politique cause beaucoup de tort aux dialectes d’oc: ils sont alors méprisés, même par ceux dont c’est la langue maternelle! La professeure d’université Marie-Jeanne Verny l’illustre par son expérience familiale: « Mes parents du Cantal étaient bilingues, mais n’ont pas voulu apprendre l’occitan à leurs enfants, pour qu’ils réussissent dans la vie. Ils sont morts avec l’incompréhension que leur fille soit devenue prof d’occitan! »

Ce phénomène de « honte » envers sa propre langue, assimilé à un véritable linguicide, est appelé en occitan La Vergonha. Ce rejet  mène à la situation actuelle: n’ayant pas été transmise d’une génération à l’autre, les dialectes d’oc ont fortement décliné. Cependant, ils n’ont pas encore disparu! Des jeunes tentent de se réapproprier la culture de leurs grands-parents, en étudiant la langue au lycée et à l’université, des troupes de théâtre proposent des pièces en occitan et des chanteurs, écrivains et autres acteurs culturels lui font honneur…

Pour ma part, accompagner des occitanistes à cette journée de manifestation a été une merveilleuse occasion d’entendre cette jolie langue timide! J’ai même rencontré la voix du métro de Toulouse! À la fin de la journée, j’en avais pris plein les oreilles (et le micro), et parvenais plus facilement à comprendre des bribes de conversation… Je compte bien revenir dans d’autres billets sur ce pan méconnu mais passionnant de la culture du Sud de la France!

Quelques images de la manifestation du 31 mars à Toulouse

« Pour la reconnaissance des langues régionales de France »

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7 commentaires

Hubert le Vert 11 avril 2012 - 13 h 38 min

Bravo Kantutita pour avoir publié ce reportage pour que les patois soient reconsidérés dans nos sociétés où l’uniformisation tue les racines des particularités régionales. Que chaque citoyen se rapproprie son héritage et le défende et avec lui, son folklore, ses costumes, ses fêtes régionales, sa musique, ses danses, bref, tout ce qui fait sa spécificité régionale. Vive l’occitan! Nous, en pays de Neuchâtel, nous avons tout perdu de ce patrimoine grâce à Napoléon, et cette richesse perdue nous condamne à être con…formes, sans forme! soit, cons!

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Sylvie 13 avril 2012 - 11 h 52 min

Merci pour cet article. Voici mon expérience familiale (qui ressemble à beaucoup d’autres dans le sud-ouest de la France):
Mon père (83 ans)qui habitait le département du Lot, a appris le français à l’école (avec comme tu l’as dit, l’interdiction de parler son patois à l’école). Chez lui, la langue maternelle était un patois occitan. Ma mère (78 ans) lotoise aussi, n’a jamais parlé cette langue régionale mais la comprend. Ils ont ensuite vécu à Paris. Et moi, je ne comprend, ni ne parle l’occitan(ou à peine).
Quant à mes enfants, ils ont eu des cours d’occitan à l’école primaire et en 6ème. Il était possible de continuer (pas dans tous les collèges) mais il fallait faire un choix entre l’occitan et le latin… Ils ont fait le choix du latin…
Conclusion : dans ma famille, l’occitan n’est plus parlé. C’est dommage !

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Kantu 24 avril 2012 - 13 h 27 min

Merci pour ces témoignages!
Sylvie, l’histoire de ta famille est intéressante. J’ai entendu des expériences similaires! Dommage que ton père ne te l’ait pas appris et que tes enfants n’aient pas continué… En attendant, au moins vous le comprenez/parlez un peu! C’est déjà mieux que rien… Enfin, j’imagine que pour vous les occasions d’entendre de l’occitan ne sont pas très nombreuses? (à part bien sûr les annonces du métro)

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Magali 4 février 2018 - 12 h 08 min

Toulousaine d’origine, et habitant en Valais depuis 6 ans, je viens de tomber sur votre article. Écouter ces gens et cette ambiance du Sud Ouest m’a fait chaud au cœur, je suis toute émotionnée ! Je ne parle malheureusement pas occitan, mais je l’ai quelquefois entendu plus jeune, chez les anciens de la famille.

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Kantutita: blogueuse voyage & journaliste suisse
kantutita 4 février 2018 - 14 h 25 min

Bonjour Magali! Merci pour votre petit mot.
Oh, vous êtes en Valais!! C’est vrai que cela change – et aussi au niveau de l’accent ;)
J’aime beaucoup les sonorités de l’occitan en tout cas, et c’est vrai que durant cette manifestation il y a avait une très bonne ambiance!
Je suis contente que le son vous ait transportée quelques minutes dans le Sud Ouest!
Très bon dimanche à vous!

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Pascal 25 août 2025 - 10 h 29 min

Bonjour, je suis tombé par hasard sur votre site et je suis touché par votre article sur l’occitan, qui pour une fois est écrit avec respect et sans condescendance. Je me retrouve dans l’histoire de chaque témoignage. Mon arrière-grand-mère maternelle que j’ai connu jusqu’à l’âge de 5 ans (et j’ai moins de 50 ans…) avait pour la langue maternelle le provençal, tellement qu’elle avait du mal à prononcer les mots qui commençaient par Sp- par exemple, elle rajoutait un e devant ces mots. Ma grand-mère parlait parfaitement provençal mais ce n’était pas sa langue maternelle, et ma mère le comprenait un peu. Ma soeur et moi avons dû l’apprendre à l’école dans les années 90 (j’ai eu la chance d’avoir Marie-Jeanne Verny comme professeur au lycée et à l’université qui m’a permis de prendre conscience de mon héritage). Du côté de mon père, même phénomène, mais il parlait un mélange d’occitan et de français (que les linguistes appellent « francitan »), au point que pour un non sudiste il pouvait parfois être difficile de nous comprendre en famille (comme une espèce de pidgin à base d’occitan et de français). Ayant les bases, avec le vocabulaire apporté par mes parents et l’accent, il fut facile d’apprendre l’occitan, et je suis devenu rapidement un locuteur. J’avais l’impression d’être un analphabète occitan. Maintenant je peux parler occitan et français, sans mélanger les deux. Tellement que mon accent change selon la langue.

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Kantutita: blogueuse voyage & journaliste suisse
kantutita 18 septembre 2025 - 8 h 31 min

Bonjour Pascal,
Merci beaucoup pour ce beau témoignage sur votre héritage familial.
On connaît mal cette histoire depuis la Suisse, et je trouve très touchant de voir ce qui a été transmis – ou ne l’a pas été.

J’espère aussi que mon article permet de s’intéresser aux langues régionales, sans préjugés, car elles font partie de notre patrimoine immatériel.

C’est fantastique que vous vous soyez réapproprié cette langue. Cela doit être une telle satisfaction pour vous d’être devenu bilingue!

Quelle chance aussi d’avoir pu étudier avec Marie-Jeanne Verny, je l’ai rencontrée pour ce reportage, et c’est un vrai personnage.

Je découvre avec votre commentaire le francitan, je ne connaissais pas ce phénomène linguistique. C’est étonnant.

J’étais ravie de vous lire, merci beaucoup d’avoir pris le temps de partager avec nous votre histoire linguistique!

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