Soldes, shopping et subtilités

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Des expatriés français désespérés cherchent les dates secrètes des mystérieux soldes suisses… Un fiasco évidemment, comme aucun calendrier officiel n’existe de l’autre côté de la frontière! En France, par contre, les soldes ont lieu à date fixe. Je suis donc partie en quête de bonnes affaires, et j’ai remarqué avec frayeur que je n’entrais plus dans des pantalons étiquetés en 36…

Du 27 juin au 31 juillet, les Français se précipitent dans les magasins. On frôle l’hystérie. Pourquoi ? Ce sont LES SOLDES ! Eh oui, chez nos voisins, cette période est ritualisée et réglementée, avec des dates bien précises que les enseignes doivent respecter.

Soldes d’hiver, soldes d’été, ces événements saisonniers font l’objet de sujets bateau à la télévision tous les six mois. Et rien ne sert de se lever tôt pour y prendre part : les portes n’ouvrent à Montpellier qu’à 10 heures (voir billet sur les horaires et la ponctualité).

Pendant que leurs voisins se disputent dans les rayons 2X cinq semaines par an, les Suisses profitent de soldes flottants, par-ci, par-là. De quoi surprendre et décevoir les expatriés français, si j’en crois ces messages paniqués trouvés sur différents forums:

« Bonjour je cherche comme une folle la date du début des soldes en suisse sur le net et je ne trouve rien du tout, si quelqu’un peut me renseigner ce serait extremement gentil…..merci! »

« Bonjour, je n’arrive pas à trouver les dates des soldes d’hiver à Genève sur Internet, alors si un suisse ou un frontalier passe par là… et peut me donner une source sure. »

Les pauvres! Comment leur dire qu’aucune date officielle n’existe? Pour les consoler, il y a généralement quelques semaines de soldes après Noël et après les vacances d’été. Sinon, les Suisses se contentent de garder l’œil ouvert en marchant dans la rue: lorsque des affiches rouges décorées des lettres SALE sont placardées dans les vitrines, le temps des bonnes affaires est venu… Pas besoin d’agenda!

Cependant, j’ai découvert qu’en France, les commerçants avaient tout de même le droit à deux semaines de soldes flottants en plus, « à des dates choisies librement », à condition de ne pas concurrencer les soldes fixes (proposer ses bonnes affaires le mois avant ceux-ci: c’est pas permis!) Le commerçant doit avant cela en aviser la Préfecture. [Plus d’infos sur la loi…]

Et si on se joignait à la frénésie des Français pour faire de bonnes affaires ? Les serial shoppingistas* suisses se heurteront comme moi à quelques difficultés. (*oui, peut-être que je lis trop de magazines féminins sur la plage, mais c’est la saison! J’espère que l’eau du lac est bonne par chez vous !)

L’an dernier, un farceur neuchâtelois s’amusait à détourner les annonces de soldes. Photos de Martouf!

 

 Difficulté N°1 : Décoder les enseignes et écarter celles qui sont trop chic!

 

L’expat inconsciente: « Et si on allait trouver un ventilo chez Darty ? »

Le Français de souche:« Ah mais, Darty c’est cher, il vaut mieux aller à Casino ! »

L’expat inconsciente déçue: « Oh. »

 

«  Et si on trouvait des mini-cocottes à Casa ? »

« Ben non, Casa c’est plutôt classe ! Allons à Ikea. »

« Ah…bon ? » Casa et Ikea, on les a en Suisse, et Casa est réputé particulièrement bon marché et cheap. Je veux dire qu’on y trouve rarement de la qualité suisse incassable.

 

L’expat persiste: « On fait les courses à Auchan pour changer ? »

Le Français: « T’es folle, c’est la grande surface la plus chère de toutes ! Non, non, on reste à Carrefour ou Casino.»

 

Avant de jouer les consommateurs curieux, je compte sur mon Français (mon petit ami, pas la langue) pour refréner mes élans ruineux. Cela ne veut pas dire qu’il a toujours raison, mais son expérience (il a grandi dans le pays) lui permet indéniablement un meilleur ressenti du standing des différentes chaînes.

C’est assez frustrant pour moi. En Suisse,  je connaissais les différentes enseignes sur le bout des doigts! J’avais atteint le niveau 5 sur l’échelle de la consommation avertie, de par ma longue expérience du lèche-vitrine. Je savais classer les magasins du plus cher au plus avantageux, en ayant conscience de l’éventuelle concession faite à la qualité des produits.

Ainsi, sachez que vous paierez vos denrées alimentaires (et tout le reste!) plus cher à Manor qu’à la Coop ou la Migros. Si vous avez besoin de bottes, vous en trouverez pour trois fois rien à Dösenbach – et elles dureront trois mois. Le niveau au-dessus, c’est Vögele Shoes, puis Bata. Quant à Vögele Mode, c’est un peu ringard à mon goût. Et par pitié, amis français, ça se prononce: « feu-gueux-laid » et pas « veau-gel ». (Une femme d’âge mûr y a trouvé son bonheur, à « veau-gel », mais il m’a fallu 5 minutes pour comprendre quelle enseigne elle me conseillait si chaudement! Bref, ce n’est pas le moment de vous expliquer ce qu’est un Umlaut, on parlait chiffons.)

Je disais donc que ces connaissances hautement pratiques me font défaut face aux enseignes françaises. La plupart me sont inconnues, car elles n’existent pas en Suisse ! C’est donc à tâtons que je scrute les étiquettes de Moa, Eram, Etam ou Habitat pour savoir s’ils sont à portée de bourse. Impossible de se fier aux vitrines : la plupart sont si bien arrangées qu’au début, je n’osais mettre le pied nulle part… Ah, le goût sûr des Français pour la décoration!

La solution : compter sur les copines pour faire son éducation de zéro.

 

Difficulté N° 2 : les tailles françaises et suisses ne sont pas les mêmes

Avec les marques internationales, c’est tordu. Comment savoir si c’est du 36 d’après le standard européen allemand, utilisé en Suisse, ou le standard européen français? Si j’ai bien compris, le standard EU indiqué sur les étiquettes est équivalent au standard allemand. Pourtant ce vêtement a été trouvé dans un magasin à Montpellier!

Je fais du 36… en Suisse ! Or en France, impossible d’entrer dans un pantalon à cette taille. Ai-je pris du poids depuis que je vis au pays de la charcuterie et du magret de canard ? Plausible! Idem avec les soutien-gorges, je suis passée d’un 80 à un 95, juste en traversant la frontière, comme par enchantement. Est-ce dû à ma consommation de fromage? Petit tour sur la balance… Non! En réalité, je n’ai pas pris un kilo.

Ce sont les étiquettes qui ont changé!

Il faut donc calculer sa taille avant de piocher un jean ou un soutien-gorge dans un rayon, d’après les exemples suivants.

Un 40 suisse est en fait un 42 français.

Un 90 B suisse correspond à un 105 B français.

Et vice-versa.

Pour vous faciliter la vie lors de vos virées shopping dans l’Hexagone, sachez que vous devez donc prendre une taille en dessus. Quant aux Français qui font des emplettes en Suisse, ils doivent prendre une taille plus petite . Flatteur non? Voici un tableau de conversion (en allemand) pour les vêtements, et un autre pour les dessous où ça se corse.

Je fais du 32, du 34 et du 38 selon le pays. Au moins, cette étiquette a le mérite d’être exhaustive!

Alors, comment expliquer ces différentes étiquettes? La Suisse et la France ont toutes deux adopté le système de tailles européen, mais pas la même version! La Suisse est alignée sur le standard allemand (aussi utilisé par la Hollande et la Autriche) (à prononcer avec un accent allemand, bien sûr) alors que la France partage une autre version avec la Belgique.

Pourquoi faire simple quand on peut tout compliquer… Vive la mosaïque européenne! (Je m’abstiendrai ici d’évoquer les tailles italiennes, portugaises, anglaises ou suédoises pour ne pas vous embrouiller.)

Maintenant, vous voilà suffisamment informés pour prendre d’assaut les magasins avant la fin des soldes… ou les éviter à tout prix ! Après des mois à essayer systématiquement les 34, 36 et 38 en même temps, j’espère me souvenir qu’il suffit de choisir une taille plus grande…

Avez-vous des anecdotes à partager sur les soldes et le shopping entre nos deux pays?

Je me réjouis de les lire !

 

PS. Pour ceux qui ont tiqué lorsque je parlais de soldes fabuleux et non fabuleuses:

Mon Larousse m’a tapé sur l’épaule pour me rendre attentive au genre du mot « solde ». Eh oui, il est masculin dans le sens de « promotion »!

6 COMMENTS

  1. Solde finira bien par devenir féminin, l’usage est souverain en matière de rectification orthographique ! La confusion avec la solde des militaires parait trop peu plausible pour pouvoir empêcher le solde de devenir trans.

    Il en ira sans doute de même d’un haltère et d’un effluve. Ces mots sont quasiment tout le temps employés au pluriel, si bien que l’absence de déterminant singulier fait petit à petit oublier leur genre, leur pluriel étant féminisé par l’usage (pour des raisons que j’ignore !).

    • Aha! Bien sûr que l’usage est souverain! Mais je pensais être la seule à ressentir *soldes* comme un mot féminin… Merci de me détromper! ;)
      … pour haltères et effluves, tu as raison, c’est pareil… ils sont féminins dans mon esprit.

  2. Haha très chouette ton article ! Je suis tombé dessus en cherchant la dates des soldes suisses (j’ose préciser que je suis suissesse habitant en Suisse ?), en fait j’espèrais trouver un « à peu près » car s’il y a des soldes flottantes, il y a quand même en été et en hiver de « vrais » soldes.
    Et effectivement… solde pour moi était féminin, d’ailleurs en écrivant ce commentaire j’ai encore réussi à écrire « vraies soldes » Ahrrrrr !

  3. Tiens, une Suissesse qui cherche les dates! C’est moins courant. C’est vrai que ce serait pratique d’avoir une idée plus précise…
    Merci pour ton commentaire Nathalie!

  4. bahahahh tout comme Nathalie, je me demandais comment ca va commencer chez zara cette année moi! Ca a déjà commencé chez H&M et en parfumeries c’est déjà de la folie :D Mais comme tu dis, je garde l’oeil ouvert ;) (et du coup je passe tout les jours chez zara!!)

    • Eh oui, pour être la première, il faut soit avoir de la patience, soit de la chance… Ou peut-être demander aux vendeuses si elles osent dévoiler le planning du magasin? Bon shopping Sophie! ;)

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