Visite de la Manufacture Corum

Au cœur du pays horloger: visite d’une manufacture de montres

Publié le 15 février 2015 | Par kantutita | Bienvenue en Suisse, Voyager en Suisse

Crédit photo: Corum

Visiter une manufacture de montres? C’est possible à la Chaux-de-Fonds, cité horlogère suisse où je passe justement quelques semaines. La marque Corum ouvre ses portes au public depuis quelques mois, et j’ai tenté l’expérience!

Comme vous le savez sûrement si vous suivez la page Facebook du blog, je passe le mois de février en Suisse, avec pour QG la ville enneigée de la Chaux-de-Fonds. Ah oui, vous allez entendre parler de ses tas de neige et du Corbusier! Mais pour l’heure, je veux vous raconter ma dernière expérience horlogère: la visite de la manufacture de montres Corum.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas la Chaux-de-Fonds, c’est une ville située dans les montagnes neuchâteloises, qui s’est développée autour de l’industrie horlogère. Ce patrimoine lui a même valu, avec sa voisine Le Locle, d’être labellisée par l’Unesco (une très grande fierté pour eux). Parmi les incontournables au niveau des visites touristiques liées à cette discipline, il y a le Musée international d’horlogerie.  Mais la visite de la manufacture Corum offre une autre perspective: on découvre concrètement le travail des horlogers dans un atelier, plutôt que des objets finis derrière des vitrines!

Au cœur d’une manufacture de montres

Visite manufacture de montres Corum

Depuis septembre dernier, une visite guidée hebdomadaire organisée par l’Office de tourisme neuchâtelois permet à 8 visiteurs d’entrevoir l’envers du décor. Mardi passé, on en faisait partie avec mon Français, Hugo, qui est passionné par l’horlogerie. De mon côté, étant née dans la région, mais n’ayant que peu de connaissances sur le sujet, j’étais très curieuse d’en apprendre plus sur l’univers des montres suisses.

La visite se fait au siège même de Corum, à la Chaux-de-Fonds, et se décline en trois temps. D’abord un aperçu de l’histoire de la marque, où l’on peut admirer les modèles phares dans différentes vitrines situées à l’étage de l’accueil. Ensuite, on enfile une blouse blanche pour se rendre dans un atelier où les horlogers opèrent. On les observe monter des mouvements en retenant notre souffle devant leur précision! La visite s’achève autour d’une table, où nous avons pu manipuler des montres valant plusieurs dizaines de milliers de francs. Autant dire que c’est une opportunité qu’on n’a pas tous les jours…

Allez, hop, on passe à l’intérieur et je vous montre tout ça, avec nos impressions.

Bâtiment de Corum à la Chaux-de-Fonds

Les bâtiments de Corum étaient recouverts de neige lors de notre passage… comme toute la ville de la Chaux-de-Fonds d’ailleurs. Je vous rappelle qu’on se trouve ici à 1000 mètres d’altitude!

La manufacture Corum et ses modèles phares

Visite manufacture de montres Corum

Il existe tant de marques de montres en Suisse, que je n’avais pas en tête les particularités de Corum. La mise au point historique était donc précieuse pour débuter la visite. Cette marque de haute horlogerie a été fondée dans les montagnes neuchâteloises en 1955 par René Bannwart et Gaston Ries. C’est toujours ici, à la Chaux-de-Fonds, que les montres sont montées à la main.

Dans les vitrines, nous avons pu découvrir les modèles phares de Corum, au fil des explications de notre super guide Gabrielle. Les trois les plus remarquables: la Golden bridge, reconnaissable à son mouvement en baguette, plutôt que rond, la Admiral’s Cup, qui permet après réglage de suivre le mouvement des marées, et la Coin watch, dont l’originalité est d’avoir une pièce de monnaie en guise de cadran. Plutôt voyant, non? Eh bien les présidents américains l’adorent.

Coin Watch de Corum

Crédit photo: Corum

Interlude: L’horlogerie pour les nuls

Hugo vous explique qu’il ne faut pas juger une montre à son aspect extérieur, mais que c’est bien ce qu’elle a dans le ventre qui compte!

« Ce n’est pas toujours facile d’expliquer aux gens qui ne connaissent pas grand chose aux montres ce qui en fait la valeur. J’aime bien utiliser l’analogie avec l’automobile. Imaginez que Ferrari mette des moteurs de Citroën 2CV sous ses capots, ou que Rolls Royce fasse des habillages intérieurs tout plastique avec des fauteuils en tissu. L’extérieur serait toujours synonyme de sport et de luxe mais la voiture dans son ensemble serait naze. Avec les montres, c’est pareil! Le mouvement, qu’on pourrait comparer au moteur d’une voiture, fait toute la valeur d’une montre.

Les montres à quartz (NdK donc à piles), par exemple. Elles sont plus précises et moins chères, mais les mouvements sont assemblés industriellement, les matériaux sont vulgaires (du plastique essentiellement) et elles ont des durées de vie plutôt limitées. Les montres mécaniques, elles, disposent de mouvements plus ou moins travaillés, plus ou moins compliqués, assemblés tantôt semi-industriellement, tantôt entièrement à la main. Et une montre mécanique bien entretenue peut marcher pendant des siècles! »

La visite des ateliers

La deuxième étape de la visite nous conduit dans un second bâtiment, celui où travaillent la vingtaine d’horlogers embauchés par la marque. Corum produit ici environ 10’000 pièces par année, et le site comprend en tout une centaine d’employés (des designers au staff administratif ou responsable du marketing).

Visite de la Manufacture Corum

Horlogerie Manufacture Corum (13)Les étapes de montage et d’emboîtage des montres sont faits à la main à la Chaux-de-Fonds, à partir des pièces fabriquées dans le coin par des sous-traitants. Autant dire que le travail est minutieux!  Pour éviter d’apporter des poussières et saletés dans les ateliers, notre équipe doit revêtir des blouses blanches et mettre des chaussons en plastique. Ainsi affublés →, nous pouvons pénétrer dans le bâtiment.

Nous ne visiterons que deux salles, mais là il ne s’agit pas de lieux de démonstration, les horlogers sont vraiment en plein ouvrage et on tente de les déranger le moins possible.

Dans une première salle, Gabrielle nous explique quelques étapes de vérification. Corum doit en effet vérifier la précision des pièces commandées aux sous-traitants, grâce à différents outils et machines comme ceux-ci.

 

Visite de la Manufacture Corum

Ensuite, nous nous retrouvons dans un atelier, où des femmes (surtout), le monocle d’horloger sur le front, prouvent leur dextérité en assemblant de petits rouages à l’aide d’une pince. C’est assez fascinant à voir! Je retenais ma respiration, de peur d’éternuer et de les faire sursauter.

Visite de la Manufacture Corum

Une cloche sert à protéger leur travail si elles s’absentent un instant pour chercher quelque chose. Il faut à un horloger environ 8 heures pour monter une montre.

Visite de la Manufacture Corum

Vous voulez voir ce travail de plus près? La marque m’a fourni ces photos de montage d’une Golden Bridge. Il ne faut pas avoir la tremblote pour être horloger!

Mouvement de montres suisses Corum

Voilà à quoi ressemble une montre Golden Bridge terminée, avec son mouvement baguette si particulier! Celle-ci est un modèle récent en titane. Corum ira d’ailleurs présenter ses nouvelles montres à Baselworld le mois prochain.

Golden_Bridge_Automatic_in_titanium_CloseUp[1]

Crédit photo: Corum

Interlude II: L’horlogerie pour les nuls

Notre passionné de montres, Hugo, ajoute un mot sur la fabrication des mouvements:

 « J’explique plus haut la différence entre montres à quartz et montres mécaniques. Mais parmi ces dernières, il existe de grandes différences de sophistication. Beaucoup de marques de montres célèbres font appel, au moins pour leur entrée de gamme, à des fabricants de mouvements, ou « ébauches ». Ces mouvements sont livrés prêts à être montés directement dans le boîtier, sans autre manipulation.

Ensuite, plus prestigieux, il y a les mouvements « maison », imaginés, dessinés et réalisés au sein de l’entreprise. En revanche, la fabrication des différentes pièces est le plus souvent confiée à des sous-traitants extérieurs. C’est le cas de la plupart des manufactures horlogères aujourd’hui, notamment de Corum. Cela explique d’ailleurs le nombre relativement faible d’employés travaillant dans les ateliers (une vingtaine), car ici on ne fait que du montage de mouvement, de l’emboîtage et de la finition.

Quelques rares irréductibles marques de très grand prestige fabriquent encore leurs montres de A à Z (ou presque). Tout cela explique pourquoi les prix des montres suisses mécaniques vont de quelques centaines à… plusieurs centaines de milliers de francs! »

Des montres Corum entre les doigts

Visite manufacture montres suisses

Pour la troisième et dernière étape de la visite de la manufacture, nous prenons place autour d’une table de conférence. Nous allons à présent admirer le produit fini… et le toucher!

Gabrielle, notre guide, nous fait passer des montres de haute horlogerie tout droits sortis du coffre-fort de l’entreprise. Après avoir enfilé un gant noir pour éviter de laisser des empreintes digitales, je tiens dans ma main des bijoux qui représentent plusieurs fois mon salaire annuel (soupir).

Nous voyons passer les modèles phares de Corum admirés plus tôt dans la visite, comme la Golden Bridge ou la Admiral’s Cup. Une des montres, la Feather Watch, a le cadran orné d’une plume de paon! Elle vaut dans les 40’000 francs suisses (je ne vous calcule pas le change en euros puisque… heum, ce n’est plus la peine). On pourra vérifier tout ça dans le catalogue de la marque qui nous a été remis avec un pins, cadeau d’adieu et petite consolation… Parce qu’il faut voir la vérité en face: aucun de nous ne pourra jamais espérer s’offrir de telles montres!

Une Admiral’s Cup pour femme sortie en 2014, et la Feather Watch. Oui, je les ai touchées en vrai! Crédits photos: Corum

Montres Corum

Visite manufacture montres suisses

Bilan à la fin du parcours chez Corum

Voilà pour la visite! J’ai apprécié le fait qu’elle soit tout à fait compréhensible pour les néophytes comme moi, car on évoque les questions techniques sans entrer dans trop de détails. Chose qui pourrait toutefois décevoir les connaisseurs. Néanmoins, la guide est à disposition pour répondre aux questions, ce qui rend la visite interactive et permet d’approfondir les points qui vous intriguent le plus! Cela a aussi été l’occasion pour moi de découvrir une marque que je ne connaissais guère que de nom. Merci donc à Corum d’ouvrir ses portes au public, et de nous avoir permis d’entrevoir l’envers du décor! C’est une belle initiative.

Je précise que même si on traverse les ateliers et qu’on observe les horlogers en plein travail un petit moment, on n’évoque pas concrètement le montage d’une montre, mais c’est le sujet d’autres activités. Dans le catalogue touristo-horloger du pays de Neuchâtel, il existe en effet des ateliers pour apprendre à monter une montre avec l’aide d’un horloger! Le prix est évidemment plus élevé si vous souhaitez ensuite repartir avec… (à partir de 550 CHF). Ces expériences sont à retrouver sur le site www.timExplorer.ch, avec des infos sur les différents musées horlogers du canton de Neuchâtel, comme celui de la Chaux-de-Fonds, le Musée International d’Horlogerie (où nous nous rendrons bientôt!) ou le Château des Monts au Locle.

Infos pratiques:

Pour les curieux qui veulent participer: la visite guidée de la manufacture Corum a lieu tous les mardis à 9h30, pour le prix de 20.- par personne. Il faut s’inscrire au préalable sur ce site. La durée est de 1h30 en théorie, mais la nôtre a par exemple duré plutôt autour de 2 heures.

Voici le spot officiel de cette expérience:

Je dois remercier l’Office de Tourisme neuchâtelois de nous avoir invités à suivre cette visite, suite à ma requête d’infos sur les expériences horlogères à faire dans le haut du canton. Je ne savais pas du tout que cela existait!

Alors, cette visite de Corum vous a plu? Elle n’est pas seulement réservée aux touristes, mais s’adresse aussi aux Suisses curieux de découvrir l’envers d’une manufacture!

12 Responses to Au cœur du pays horloger: visite d’une manufacture de montres

  1. baselworld says:

    Très beau reportage au cœur des ateliers de lamanufacture de montre Corum. L’article et les photos sont intéressantes, enfin de la transparence sur les éléments qui sont réellement montés dans l’atelier.

  2. Koalisa says:

    Quelle chance d’avoir pu faire cette visite ! Mon mari m’a offert une jolie montre Tissot et je la porte avec plaisir tous les jours. Une petite révision de temps en temps et hop, ça repart !

  3. C’est très interessant, je ne connaissais pas du tout! Merci pour cet article :)

  4. Heidi says:

    Super intéressant cet article. J’ai appris plein de choses.

    Merci!
    heidi

  5. nancy57 says:

    J’adore venir flâner sur ce blog …. Suis aussi une Suisse qui par erreur à fini en France… et j’ai du mal à parler de mon pays aux autres. Les gens ne semblent pas vraiment interressés….. Se foutent complètement de la Suisse comme si je débarquais …. enfin déjà plus de 20 ans …. d’une autre planète !!!!

    • Kantu says:

      Bonjour Nancy… Quelle tristesse ! C’est vrai que parfois j’ai aussi un peu peur d’ennuyer les Français avec mes histoires sur la Suisse, mais je me défoule bien sur ce blog ;) J’ai l’impression qu’il y a pas mal de clichés qui circulent sur notre joli pays – pas toujours facile de remettre les pendules àl’heure mais ça vaut la peine d’essayer… N’hésitez pas à venir partager vos anecdotes d’expat malgré vous – avec nous!

  6. Lambert says:

    Bonjour, c’est en surfant que je suis « tombé » sur votre blog et je ne le regrette pas ! Grâce à vous, j’ai appris qu’une manufacture horlogère faisait une visite de ses ateliers, en plus c’est Corum, une manufacture reconnue… je crois que c’est bien la seule qui laisse des personnes venir visiter tous les mardis leur manufacture.
    Je vais faire une formation horlogère en septembre 2015 et je dois dire que je ne voulais pas manquer cette occasion de la visiter, alors j’ai « sauté » sur l’occasion pour y aller à la mi-aôut.
    Merci à vous pour cette information.

    • Kantu says:

      Super, je suis bien contente que vous ayez pu découvrir ces visites grâce au blog! En effet, il n’y a pas beaucoup de boîtes qui ouvrent ainsi leurs portes.
      Et bon succès pour votre formation dans l’horlogerie, un monde passionnant!!

      • Lambert says:

        voilà, la visite de Corum a été faite et j’en suis ravi, j’ai pu découvrir cette manufacture horlogère, ainsi que certaines personnes (très sympas) de la maison, et cela été enrichissant. Apparemment, l’office de tourisme a mis un certain nombre de mois voire d’années, pour concrétiser ces visites, qui sont tous les mardis depuis un an.
        J’ai pu aussi toucher (avec des gants) les nouveaux modèles ainsi que des anciens et des montres très cher ….j’en garderai de bons souvenirs.
        Merci pour votre gentillesse, je mettrai tout en oeuvre pour parvenir à l’issu de la formation à décrocher un emploi, j’ai hâte de m’y impliquer dans la formation ….à tout hasard, si des personnes qui me lise, savent quelles manufactures horlogères suisse recrutent pour un stage ( voire encore mieux, si une personne d’une manufacture suisse peut m’aider, on ne sait jamais, mon mail cedric.lambert560@orange.fr)
        Bonne continuation pour votre blog et encore merci !

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