Prenez garde, taureaux, les humain sont lâchés!

Publié le 23 février 2012 | Par kantutita | Culture & traditions, Escapades en France

Au son des trompettes d’une peña locale, le public frémit d’impatience en attendant le passage des taureaux. Les jeunes retroussent leurs manches, car le but du jeu est d’arrêter un des bestiaux en pleine course. Bientôt, une cavalcade se fait entendre. Des gardians montés sur les dignes descendants de Crin-blanc précédent le défilé. Entre les flancs des chevaux de Camargue, un taurillon tente en vain de forcer le passage pour échapper à la troupe d’hurluberlus qui s’accrochent à sa queue et à sa croupe. Ils parviennent à le freiner, à le stopper quelques instants… avant de le relâcher. Le bovin n’est pas féroce, il n’a pas la carrure d’une star de corrida espagnole. Dans ses yeux on ne lit aucune fureur, mais plutôt la terreur d’avoir tous ses humains lâchés à ses trousses. Le principe du spectacle est que les taureaux causent une petite frayeur aux humains, mais l’inverse s’avère aussi vrai…

Cet abrivado, je l’ai suivi de la fenêtre d’une petite maison du Grau-du-Roi, durant la fête de ce village de bord de mer, non loin de Montpellier. Une partie du public, les prudents, se tiennent derrière des barrières de sécurité. D’autres se pavanent au milieu de la rue, ne hâtant pas même le pas lorsque les chevaux sont sur le point de les piétiner. Des habitués, des fanfarons, quoi. Or, on me raconte qu’avant que la sécurité ne prenne le dessus sur l’amusement, il n’y avait pas de barrières lors de cette manifestation. Il arrivait que les taurillons échappent à l’attention des gardians et se faufilent dans les ruelles étroites, semant la panique et la surprise sur leur passage. La meilleure anecdote qu’on m’ait contée, c’est lorsqu’un de ces bestiaux, malin, s’est jeté dans le port et a regagné l’autre rive à la nage, pour échapper à ses poursuivants. Et il ne faut pas oublier que la tragédie fait partie de la tradition. Selon ce que des locaux m’ont raconté, dans ce village, deux morts sont à déplorer durant les dernières éditions. En 2006, un homme, en 2010, un taureau, qui aurait foncé dans un mur.

Les taureaux encadrés de chevaux blancs se sont succédés sous mes yeux… Et soudain, un de ces destriers est revenu sur ses pas, au trot et sans cavalier. Un spectateur prompt à réagir se saisit de sa bride. Docile, la monture s’arrête. On entend alors une clameur, et c’est le taurillon qui réapparait dans un nuage de poussière. Il fonce, avec la ferme intention de retourner à son point de départ: les arènes de la localité. Dans la rue, un grand nombre de personnes se trouvent alors au milieu de son passage, puisqu’ils guettent l’arrivée du prochain convoi dans l’autre direction, tournant le dos au bovin furieux. En serrant les dents, je m’attends à voir le taureau renverser de l’humain. Alertés par les cris, les spectateurs imprudents s’écartent un à un miraculeusement du passage de la bête pressée. Un téméraire avance le bras avec l’intention d’arrêter l’animal. Mais celui-ci comprend son intention et, d’un vigoureux coup de corne dans sa direction, lui intime l’ordre de rester à sa place. L’homme obéit à l’injonction taurine et le regarde disparaître au bout de la rue.

Quelques minutes plus tard, des infirmiers suivent le même chemin. Je n’ai pas su ce qu’il s’était passé… rien de grave, espérons-le. Je souhaite pour ma part que cette petite incursion dans le folklore camarguais et languedocien vous ait plu.

Illustrations: les photos de touriste de cet article sont issus de mon album personnel de la fête du Grau-du-Roi de 2010, faute d’avoir emporté mon appareil le week-end dernier

2 Responses to Prenez garde, taureaux, les humain sont lâchés!

  1. J’étais en Camargue le WE dernier :)

  2. Kantu says:

    :) J’espère que tu as aperçu des flamants roses, des toros et des chevaux camarguais pour l’occasion!

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