Prendre le train en France durant un jour de grève SNCF: je vous raconte!

Mission impossible: rejoindre Paris un jour de grève

Publié le 23 avril 2018 | Par kantutita | Expat en France

Chronique. J’ai testé: un aller retour Paris – Bâle/ Mulhouse pendant les jours de grève SNCF.

Début avril, je devais me rendre à Paris pour une journée presse pour mon boulot. Manque de bol, les jours exacts de mon aller et de mon retour étaient de gros jours de grève des trains en France. (Voir ici pourquoi les employés de la SNCF s’opposent à la réforme du gouvernement)

La grève en France, je connais. J’ai été mise au parfum dès mes premières années dans le pays. Mais c’est toujours hyper agaçant d’être obligé de prendre un train justement ce jour-là.

Puisque je suis devenue pendulaire (et frontalière)  je prends le train tous les jours entre Mulhouse et Bâle, du coup je n’échappe pas à la grève cette année, mais j’espérais que mon court séjour à Paris passe entre les gouttes…

Je vous raconte mes tribulations pour réussir un aller retour à Paris les 2 et 3 avril, en pleine grève! Pour que vous ayez une idée de ce qui peut vous attendre si un jour vous êtes aussi forcés de tenter le coup.

Mon challenge: aller à Paris lors de la grève SNCF (et si possible en revenir)

D’abord tu apprends que ton TGV pour aller à Paris n’est pas garanti.

Le flou total. Peut-être qu’il quittera la gare de Mulhouse à 9 heures du mat’ comme prévu pour t’emmener vers la glorieuse capitale. Ou peut-être pas. Il est trop tôt pour le dire.

Or je vais à Paris pour une raison, une conférence pour mon canard, et l’organisatrice zélée trouve une solution ailée. Si les rails te lâchent et que tu habites près d’un aéroport, il reste la voie des airs.

Alors elle me propose un vol partant de 6h du matin de Zurich. Dur dur de s’y rendre, puisque les trains jusqu’à la frontière suisse sont en grève. Autre solution, un vol au départ de Bâle. Mais à 6h30. Escale à Francfort. La logique même pour aller à Paris. Mais c’est la seule solution.

J’embarque donc le jour dit, et de petit avion en petit avion atterrit à Charles de Gaulle, où un chauffeur nous attend. Je me sens comme une businesswoman pas très écolo.

Aller à Paris un jour de grève SNCF - je vous raconte mon exploit!

Joueuse, je tente le retour en TGV (même si le mien est à nouveau annulé)

Le jour d’après cette passionnante conférence, il faut rentrer. J’ai écologiquement refusé le billet d’avion de retour, préférant faire usage de mon billet de TGV, qui devait m’emmener de la gare de Lyon* à Mulhouse en trois heures et quelques, dans une confortable première classe. Las mon train est annulé, et le trajet s’annonce moins tranquille.

* La gare de Lyon est à Paris ce qui est très logique comme je le faisais remarquer ici

Je savais que mon train figurait sur la liste des liaisons supprimées en ce jour de grève, car un aimable SMS m’en avait informée deux jours avant (m’enjoignant aussi à annuler mon déplacement).

Lorsqu’il y a grève de la SNCF en France, cela signifie que le trafic est fortement limité. Mais il y a toujours un train qui va quelque part.

Et ce n’est pas ma première grève.

Train annulé: que faire de son billet?

Normalement la règle du jeu en cas de grève, c’est qu’un billet pour un train annulé permet de rejoindre la destination prévue par des voies détournées. J’étais étonnée du nombre de gens ne sachant pas cela lorsque j’évoquais mon projet de rentrer en train malgré tout (Suisses comme Français). Ils n’ont pas mon expérience des grèves de train en France > soupir <

Cette fois, le SMS indiquant l’annulation du train promettait un remboursement du billet, si on renonçait à son voyage.

Il existe une solution

Après la conférence, une fois ramenée par le chauffeur à mon hôtel à côté de la Gare de Lyon, je me rends donc sagement dans le hall de la gare pour m’informer des alternatives possibles pour rentrer à Mulhouse le lendemain. Pour une fois que je suis à Paris, mon objectif est de ne rentrer qu’en milieu d’après-midi…

Grève oblige, de nombreux employés de la SNCF munis de smartphone sont à la disposition des voyageurs pour les rerouter.

Il reste un espoir pour moi: viser Strasbourg, puis descendre jusqu’à Mulhouse en RER. Ce même RER dans lequel je monte tous les matins pour me rendre à Bâle (quoique pas à la même heure)

L’employé me conseille d’y aller tôt. Je décide d’arriver à la gare à 15h. On n’est pas à Paris tous les jours!

Crédit: La Gare de Lyon (de Paris) par David McKelvey / Creative Commons

Les petites gares de Paris

Il faut aussi noter que la capitale des Français compte de nombreuses gares, nommées en gros d’après la direction que prennent les trains qui y larguent leurs amarres. Par exemple, pour descendre à Montpellier, départ Gare de Lyon. C’était aussi le point de départ de mon TGV Mulhouse-Bâle-Zurich.

Pour aller à Strasbourg c’est… mais non, pas Gare du Nord, Gare de l’Est »* voyons !!

Du coup mon idée judicieuse de prendre un hôtel à côté de la Gare de Lyon ne sert plus à rien.

*Cela fait depuis mon arrivée à Nancy que j’explique à tout le monde que je vis à l’Est et non au Nord! Mais pour les gens du Sud, qui estiment que déjà Lyon est dans le grand nord, c’est peine perdue.

Gare de l’Est: l’espoir de rentrer dans un train

Par une chance extraordinaire, l’ami expat à Paris chez qui je vais bruncher le lendemain habite pas loin à pied de la Gare de l’Est. Nous profitons de bien nous balader à pied dans la capitale avant mon départ (je voulais notamment voir cette jolie boutique!). Je me fais presque écraser par un scooter et klaxonner par quelques voitures car je traverse la route n’importe comment (comme mon ami). Il rit et me dit que c’est mon baptême de parisienne.

À 15h, après l’avoir quitté, j’arrive à la Gare de l’Est. On a beau râler sur l’attitude des Parisiens, ils sont très aimables pour indiquer les directions.

Je suis prise de sueurs froides lorsque je découvre la file d’attente des gens espérant rentrer dans mon supposé train pour Strasbourg. Comme environ un TGV sur 7 ou 8 est maintenu, il faut imaginer que la foule se rabat sur les trains restant. Je suis à peu près sûre de faire le voyage assise sur ma valise dans un couloir. Si j’entre.

Une file d’attente qui s’étire

Des employés spécialisés dans l’info grève me recommandent de viser le train d’après car je n’ai aucune chance. Et de commencer à faire la file dès que le numéro de quai sera affiché sur le panneau. (oui, en France ils sont tenus secrets jusqu’à la dernière minute). Grâce à une fuite (il y a une longue file devant un des quais), je commence à faire la queue avant que cette indication cruciale ne soit largement diffusée.

Après une heure à faire la queue et à m’énerver parce que les Français et les Allemands (le train fait Strasbourg puis s’en va se perdre outre-Rhin) ne savent pas faire la queue et dépassent les aimables Britanniques (et moi) qui respectent sagement les règles. Quand le train arrive à quai, un haut parleur grésillant indique que les Allemands ont la priorité. Je ne sais pas comment j’arrive à ne pas me faire écraser marcher sur un pied dans le mouvement de foule. J’ai envie de pousser certains personnes sous un train (à l’arrêt – même mes pulsions meurtrières sont molles à cette heure).

La foule, la grève, ne donne pas une belle image de l’humanité. Ça pousse, ça crie, c’est un brin flippant.

Le mystère des gommettes

Je me faufile à la suite d’ un monsieur qui va aussi à Mulhouse (j’ai espionné son billet). À l’entrée du quai, gardée par des employés de la SNCF, on nous colle une gommette verte sur notre billet. Les Allemands eux ont droit à trois gommettes. Qu’est ce que cela signifie? Mystère et boule de gomme.

Expat en France: Mission impossible: rejoindre Paris un jour de grève

J’ai passé le barrage, je suis enfin sur le quai promis !! Je cours jusqu’au dernier wagon et réussit à trouver une place dans le train. Ouf.

Quelques minutes plus tard, je me fais chasser par un couple de vieux qui prétendent avoir une réservation. (Les réservations ne comptent plus en cas de grève, et il y a de la place ailleurs dans le wagon, mais je n’ai pas le cœur de leur dire car ils sont âgés et ont l’air dépassés par les événements.)

Je prends une autre place à côté d’un type bizarre. Et… je respire enfin!

Dans la gare à Strasbourg, j’attends une heure et monte dans mon train régional (RER) (en retard mais on n’est pas à ça près) pour Mulhouse.

En débarquant sur le quai de Mìlhüsa- oh my god je suis à la maison!! – je pousse un long soupir, fière de cette prouesse d’avoir réussi un aller retour à Paris durant deux jours de grève. Je suis hyper crevée.

Mon ami est venu me chercher à la gare pour me soutenir. « Tu sais que la grève c’est deux jours par semaine pendant trois mois? J’espère que cela n’impactera pas trop tes trajets quotidiens pour aller bosser à Bâle »

Re-soupir.

Saga to be continued visiblement…

PS. Heureusement pour nous autres pendulaires, la grève s’étiole au fil des semaines, et il y a de plus en plus de trains durant les 2 jours de grève hebdomadaire. À Mulhouse, le programme est indiqué le soir d’avant dès 17, en gare et sur le site. Qu’ils sont bien organisés ces Alsaciens!

La morale de l’histoire:

Un jour de grève, il y a toujours un train qui va quelque part. Mais ne rêvez pas trop à une place assise.

 

Et vous, des anecdotes à partager autour de voyages en temps de grève?

 

One Response to Mission impossible: rejoindre Paris un jour de grève

  1. Ca fait un moment que je ne suis pas retournée au pays, merci pour ces conseils :)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *