Intégration: témoignages de Français en Suisse

Témoignages de Français sur leur intégration en Suisse

Publié le 22 juillet 2016 | Par Kantutita | Bienvenue en Suisse

Il y a peu, on parlait de racisme envers les Français en Suisse sur le blog, car je décortiquais ma lecture de « Bienvenue au Paradis », ce livre de la journaliste toulousaine Marie Maurisse sur la Suisse.

Si le livre ne m’a pas totalement convaincu, il soulève des questions importantes sur l’intégration des Français en Suisse romande. L’auteure y dépeint un point de vue pessimiste sur leur intégration et sur les discriminations auxquelles ils peuvent se heurter. Une réalité qui est celle d’une partie des Français installés en Suisse, mais pas de tous! J’ai eu envie de publier ici vos réactions, piochées sur Facebook, dans les commentaires du blog ou que vous m’avez envoyées par e-mail, pour qu’on ait différents sons de cloche sur cette problématique.

Vous allez voir, les parcours sont aussi variés que les ressentis! La sensibilité de chacun sur le regard des autres, et la chance ou malchance des rencontres jouent aussi un rôle. Comme toujours, réussir à se faire des amis, cela dépend aussi du fait de tomber sur les bonnes personnes!

Au début, je pensais que Marie Maurisse exagérait et qu’elle voyait ce qu’elle voulait bien voir, à savoir du racisme envers les Français… mais en lisant des commentaires haineux sur la page Facebook du blog, des insultes envers la journaliste et des remarques que les « frouzes » n’ont qu’à pas venir en Suisse, j’ai dû me rendre compte que même au sein de notre petit communauté il semblait y avoir des personnes manquant d’ouverture!

Et que je devais reconsidérer les choses… Et je me suis souvenue des pneus crevés de mon coloc français lorsque j’étais étudiante -sa moto s’est retrouvée plusieurs fois à plat – avec ses plaques françaises…

Alors oui, je crois que Marie Maurisse a mis le doigt sur quelque chose que personnellement je n’avais pas envie de croire ou de voir – mais qui n’est toutefois pas la norme en Suisse (pas autour de moi en tout cas)! En passant quelques jours à Lausanne la semaine dernière, et en discutant avec des gens, j’ai aussi ressenti une méfiance de certains Romands face à « l’invasion » de Français venus travailler sur les rives du Léman côté helvétique. Aïe, aïe, de quoi mettre mal à l’aise quand on vient de l’Hexagone! Peut-être parce que certains expatriés n’ont pas lu les conseils de David Talerman à ses compatriotes pour être bien accepté en Suisse? :P J’imagine aussi que la situation est particulièrement tendue dans le secteur de la Riviera, et dans les zones frontalières, moins ailleurs (vous ne pensez pas?)

Témoignages de Français installés en Suisse

Note * Merci à tous ceux qui ont partagé leur expérience d’intégration le temps d’un commentaire ou d’un e-mail! Histoire d’anonymiser les témoignages, j‘ai attribué des noms d’emprunt aléatoirement & par ordre alphabétique aux témoins. J’ai fait attention d’en choisir de jolis et j’espère qu’ils leur plairont. (D’habitude je choisis des pseudos hyper bizarres mais j’avais peur que quelqu’un se vexe, et comme pour une fois on traite un thème sérieux cela semblait inopportun).

Voilà je vous laisse la parole!

« Je ne l’ai pas encore lu ce livre, mais vais le faire. Cela fait bientôt 30 ans que je suis en Suisse, mariée à un Suisse, mes enfants suisses et pourtant je ressens toujours un certain mépris envers les Français. » Anne*

« En cours de lecture intriguée par toute cette polémique. Auvergnate installée en Valais depuis bientôt 30 ans, Ça m’interpelle qu’on puisse parler de racisme anti-français, la Suisse ayant une longue tradition d’accueil. Les « râleurs » ont-ils joué la carte de l’intégration et ont-ils fait les efforts nécessaires pour s’adapter ? » Béatrice*

L’alpinisme, une voie conviviale!

« Chacun apporte son expérience sur le sujet alors je vais faire de même. Je suis Français, j’habite en France et je connais des Suisses romands en majorité via le Club Alpin Suisse. Au début, les Suisses qui ne me connaissaient pas me demandaient pourquoi je n’étais pas plutôt allé dans le Club Alpin Français. Alors je leur ai expliqué que j’aime beaucoup la Suisse… J’essaye de toujours respecter au maximum leur culture et les différences linguistiques (par exemple en disant septante ou nonante, natel etc…)… Depuis 3 ans, je n’ai jamais eu aucun cas de racisme envers moi, tout au contraire. Je connais un couple de Suisses alémaniques et j’ai aussi de très bonnes relations avec eux. J’ai juste envie de dire, il y a des cons partout mais ce n’est pas pour ça qu’il faut en faire une généralité… à moins que je ne sois tombé sur les Suisses les plus gentils du pays ? » Cédric*

Dur, dur de s’intégrer en Suisse et de supporter certaines allusions!

« J’habite dans une partie romande en plein centre de la suisse et si je travaille avec des expats, mon copain, lui travaille avec des suisses. Il a le contact facile et a rejoint plusieurs clubs/associations, mais si je lui pose la question  sur son statut de Français parmi des Suisses, oui, c’est effectivement très difficile pour lui de devoir entendre des remarques à longueur de journées (sur les frontaliers, mais aussi les Français en général). Je sépare les autres étrangers du lot exprès parce qu’où j’habite il y a beaucoup de portugais et d’albanais, mais les critiques sont différentes. Il a plusieurs collègues dont il est proche et qui commencent seulement après 3 ans à comprendre que non, le fait d’être expatrié n’est pas quelque chose de facile, que nous ne sommes pas là pour l’argent. Perso, je gagne d’ailleurs autant qu’en France.

Pour ma part, je suis très amie avec des Portugais, des Français aussi (normalement je n’aime pas trop rester avec des gens de chez moi) ou des personnes de partout ailleurs mais il y a cette barrière invisible avec les Suisses, qui ont leur vie, leurs habitudes et je trouve difficile d’y accéder. Mais c’est aussi probablement une question d’âge (au mien, beaucoup se marient, ont des enfants, ce n’est pas forcément l’âge où on veut rencontrer des personnes!) En tout cas, après le Canada, Paris, puis la Serbie je ne me suis jamais aussi sentie étrangère, et seule ! Le problème de l’intégration individuelle est à séparer de l’intégration collective.

OUI il y a des Suisses adorables, qui sont probablement prêts à inviter, à rencontrer mais oui il y a aussi un cliché de « frouze » et de profiteur, qui nous colle à la peau, et parfois j’aimerais être de n’importe quelle autre nationalité, pour ne pas être « une énième profiteuse française fraîchement débarquée ». Je ne critique en aucun cas les Suisses, j’adore le pays aussi et le fait de parler français d’office. Mais ne pas avoir à faire d’effort pour parler la langue ne joue pas en notre faveur. Les Suisses ne voient pas qu’on fait des efforts parce qu’on est trop proches d’eux (même si j’utilise des expressions comme: ça joue?, septante etc..et que je fais attention à mon accent ou en m’adaptant à leur culture, c’est normal que ça passe inaperçu :p), mais après tout on est un peu comme des cousins qui se chamaillent. Pas tout à fait pareils, pas assez différents ? » Dorothée*

Une Marseillaise sous le soleil de Neuchâtel

« Je vis en Suisse depuis bientôt 2 ans dans le canton de Neuchâtel , les premiers mois ont étaient très compliqués mais parce que je venais de quitter mon travail , mes amis et ma famille. Difficile de s’intégrer quand on ne travaille pas. Depuis j’ai trouvé un boulot et cela a tout changé, j’ai rencontré des Français , des Suisses , des Italiens et je n’ai jamais rien ressenti de péjoratif. Je travaille avec beaucoup de Suisses et de frontaliers et nous sommes une super équipe. Je m’amuse avec mes collègues d’apprendre des mots et des expressions suisses. Après il ne faut pas oublier que la Suisse romande même si on parle le français ce n’est pas la France et il faut se plier aux habitudes et aux règles du pays . Moi qui ai vécu 10 ans à Marseille , je circulais en voiture à la marseillaise on peut le dire lol mais depuis que je suis en Suisse je suis très disciplinée au volant et je ne klaxonne plus :-)
Et je compte bien continuer à m’épanouir au bord du lac de Neuchâtel et continuer à apprécier les magnifiques paysages suisses ^^ » Elise*

À nous, les Suisses, de dire non aux remarques insidieuses!

Un commentaire d’une Suissesse pour clore ce billet!

« Pour ce qui est du racisme anti-français, j’ai le sentiment, là où je vis, soit dans une zone frontalière (La Chaux de Fonds), qu’il existe et s’aggrave avec la crise. Il touche certes d’abord les travailleurs frontaliers, mais pas seulement. Insidieusement, il tend à se généraliser. C’est triste et c’est aussi à nous de remettre l’église au milieu du village (ou la fumée au milieu de la torée) quand des gens que nous connaissons tiennent ce genre de propos. » *Florence

Alors les Suisses, est-ce qu’on lance une opération: « invitez un Français à souper » pour qu’ils se sentent mieux accueillis dans notre pays? C’est une idée à creuser non!

On ne s’en rend pas forcément compte en étant dans son pays, mais nous sommes tous des ambassadeurs de la Suisse auprès des touristes et des expatriés! Bon, bien sûr, personnellement j’adore rencontrer des gens d’autres cultures alors ce n’est pas un effort que je fais de mauvaise grâce :) De l’autre côté de la frontière, j’aime parler de mon pays aux Français mais aussi aux étrangers que je rencontre ici (voilà c’est comme ça que je me retrouve à inviter des Japonais à la maison autour d’une fondue moitié moitié haha).

Amis français, si vous avez envie de témoigner sur votre intégration ou sur les discriminations auxquelles vous avez pu faire face en Suisse, n’hésitez pas à m’envoyer un mail ou à commenter ci-dessous! Je pourrai rajouter votre expérience…

7 Responses to Témoignages de Français sur leur intégration en Suisse

  1. Karine says:

    J’ai passé 4 ans et demi en Suisse, j’ai eu un problème de racisme avec deux personnes. Mais alors deux personnes bien gratinées j’ai envie de dire. Mais avec tous les autres, aucun soucis, que ce soit mes collègues, ceux ce mon mari, des gens rencontrés ça et là… Je suppose que des gens comme ça y’en a partout, je suis juste mal tombée avec eux (bon ok c’était un peu gênant puisque c’était une collègue et mon « conseiller » emploi). Mais ce serait pareil dans tous les pays, quelque soit notre nationalité, on en trouvera toujours qui supporte pas les étrangers.

    • Kantutita says:

      Merci de nous raconter ton expérience. Aïe, tomber sur ce genre de personnes est toujours désagréable, mais si en plus tu es obligée de les côtoyer… Au moins tu gardes le positif de ton expérience en Suisse ;) Et tu as raison, des c*** il y en a partout!

  2. Lissouille says:

    Je suis en Suisse depuis maintenant plus de 8 ans. Mon mari (français aussi) depuis 16 ans. On vit en zone frontalière mais on a choisi d’acheter en Suisse, on a fait travailler les artisans locaux quand on a rénové, on est bien intégrés à la vie locale… mais on a encore des remarques. Enfin, surtout moi (car mon mari bosse surtout avec des français) ! Pourtant les enfants font partie des sociétés locales, on participe activement à la vie de la commune (bénévolat, nettoyage du lac, présence aux soirées…)… Bien souvent, les gens se justifient quand ils parlent des français, ils se reprennent immédiatement en disant « ah mais pas vous hein, on parle des frontaliers », il faut leur expliquer patiemment qu’il n’y a pas assez de suisses pour occuper tous les emplois locaux, et que sans les frontaliers qui les dérangent tant, les usines ne tourneraient pas !!!!

    Mais globalement, tout se passe très bien, et on ne se verrait pas du tout vivre en France. On aime beaucoup notre coin de nature, bien préservé, où tout le monde se dit bonjour… Et la naturalisation (en cours) va peut être un peu changer les choses pour nous ?

  3. Antoine says:

    J’habite en Suisse (Bâle) depuis 1 an et je commence à en avoir plus qu’assez des petites remarques ou comportements nonchalants de la part des serveurs/vendeurs, etc. Au début, je pensais être parano, et après 2 ans d’expatriation en Afrique, je me disais que c’était simplement l’Europe qui était ainsi, et qu’il me fallait un peu de temps d’adaptation. Je réalise en fait que ce n’est ainsi qu’en Suisse. La preuve est qu’en demandant la même chose à la serveuse, ma fiancée norvégienne n’aura pas la même réponse, ou se verra traitée normalement quand on me snobe ou m’ignore. Idem dans les magasins. Je fais l’effort d’apprendre l’allemand, mais on me répond en parlant très vite en Suisse allemand. Cet esprit me fatigue, et pour voyager fréquemment, je ne trouve ça qu’ici. Dans un pays où, à 1 ou 2 générations, l’immense majorité de la population est d’origine étrangère, c’est dommage !

  4. julien says:

    Je suis arrivé en Suisse en 2001 (il y a 15 ans). Je n’ai jamais ressenti le moindre racisme et pourtant j’ai gardé mon accent Français. La moitié de mes amis sont Suisses et l’autre moitié Français ou autres nationalités. La clé selon moi c’est de ne jamais comparer la Suisse a son pays d’accueil. Beaucoup de Français disent en France ça c’est mieux… Je n’ai jamais procédé de la sorte et ça c’est toujours bien passé. Je suis d’ailleurs tombé amoureux de ce pays et je me vois bien finir ma vie ici.
    Je pense que les Suisses ont plus un problème avec les Frontaliers. Un Français qui vit en Suisse et respecte le pays n’aura aucun problème. Par contre un frontalier Français sera toujours mal vu. Il est vu de la part des Suisses comme quelqu’un qui veut juste se remplir les poches tout en se desintéressent du pays. Je peux comprendre ce ressenti car moi même ça me révolte de voir que des Français qui viennent de l’autre bout de la France pour s’installer a la frontière au lieu d’aller habiter en Suisse. Je trouve que c’est completement irrespectueux envers le pays qui vous donne un travail, d’ailleurs ça devrait être interdit sauf pour les vrais frontaliers (ceux qui sont nés a la frontière).

  5. Rossi says:

    Je suis français résidant en Suisse depuis plusieurs années. Je m’y sens très bien, j’ai appris le suisse-allemand, je me suis intégré et tout va bien. Oui j’ai déjà eu affaire à quelques remarques déplaisantes, mais en France nous n’avons pas de leçons à donner aux autres pays pour ce qui est du racisme! Et pour ce qui est de la Suisse, ceux qui ne s’y sentent pas à l’aise, la porte est grande ouverte, qu’ils retournent en France.

  6. Julien says:

    Bonjours; j’ai vécu en suisse pendant 7 ans.
    Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui ne me mette pas ma nationalité a la figure. Quant on se fout du président Sarkozy; on se fout de moi par extension comme si j’avais voté pour lui, pour ensuite se moquer du suivant tout pareil, alors que je n’ai pas voté. Les débats interminables sur les grèves, les acquis sociaux; la sois disant débilité associé a nos écoles que vous qualifiez de « moins bonne que les votres », la « gueule elastique » des francais; et aussi; l’association des genevois a la france a titre d’insulte pour les genevois. Les qualification telles que: La france c’est le tiers monde; la france c’est déjà le maghreb; mais ou qu’y sont les blanc dans votre équipe de foot. J’en passe et des meilleures. C’est omniprésent; permanent; et surtout Systématique. C’est un racisme systémique et non pas un racisme de haine. Appeler ton pote francais « le frouze » comme t’appellerais ton pote noir « bamboula » en répétant que: « ho c’est pas raciste; c’est pour plaisanter avec toi! ». La rhétorique visant a dire « ho moi j’ai rien vu; rien subis » est absurde. Ce n’est pas parce que vous n’avez jamais été violé; ou été témoin d’un viol, que le viol n’existes pas. J’ai finis par quitter le pays; car ils ont refusé que je me marie avec ma fiancée suisse. Nous forçant tout deux a quitter le pays pour la france. Avec cette réponse du collaborateur du service de la population a ma fiancée suisse qui les suppliait de nous laisser nous marier: « Si vous tenez tant que ca a vous marier; vous avez qu’a aller en france avec lui ». Un pays qui ne laisse pas ses propres citoyens se marier; pour moi, c’est pas un pays libre. Pensez-y.

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