Langue française: la suite de la série dédiée aux helvétismes, avec le tome 5 de mes mots suisses insoupçonnés, et parfois insoupçonnables!
Voir aussi: les autres billets sur les mots suisses
Ils ont recommencé! Ces derniers temps, mes mots suisses ont souhaité s’exprimer, laissant mes interlocuteurs français perplexes. Cela se passe ainsi: j’utilise une expression, et soudain je doute… Cela se dit-il vraiment dans l’Hexagone? L’assistance assène un non sans recours. Et je sors mon carnet pour la noter!
Parfois, c’est aussi en tapant un mot que Word me souligne en rouge, comme s’il n’existait pas, que j’identifie une de ces expressions suisses discrètes. Et l’autre chasseur d’helvétismes dans mon foyer, c’est mon mec, qui pointe du doigt d’un air réjoui ceux qu’il identifie dans mes phrases!
Parce qu’amis français, je dois vous dire que quand on apprend à parler notre langue, le français, en Suisse romande, on ne nous explique pas à l’école que tel mot n’a pas cours à l’étranger (et même dans le canton d’à côté parfois!). Aucune étiquette ne nous permet de distinguer nos mots suisses de nos mots français « internationaux ». À part bien sûr ceux qui sont célèbres (panosse, rapicolant, cornet, vigousse…), mais ne forment que la partie visible de cet ice-berg linguistique.
Donc on apprend à l’usage. Ces nouveaux mots dont je vous parle, je n’avais pas compris qu’ils étaient typiquement suisses avant tout récemment!
Et c’est bien sûr mon point de vue suisse que je vous livre, parce que certaines de ces expressions considérées comme helvétiques ont aussi cours en Savoie, en Franche-Comté et peut-être ailleurs dans la francophonie! Souvent, il y a aussi des mots qui sonnent comme désuets à l’oreille des Français, mais qui sont plus couramment utilisés en Suisse (souliers par exemple).
Mais bon, ça suffit avec les explications, je vous livre mes délicieux mots helvétiques!
Expressions typiquement suisses: volume 5
Avoir les étours
« Oh, j’ai les étours! » J’ai lancé cette phrase dans un moment de détresse, j’étais un peu malade fin décembre et la tête me tournait. Mesquin et sans compassion, mon Français n’en a retenu qu’une chose « Ah ben ça aussi c’est suisse, note-le. »
Elle m’a râpé dessus!
Râper dessus, cela veut dire agresser verbalement… (À prononcer « râper d’sus » ;) )
Exemple:
« Elle m’a râpé dessus! » en parlant de la voisine qui vous a engueulé… ou de sa chienne qui vous a aboyé dessus!
Celui-ci, je ne l’ai trouvé nulle part sur le web (je fais des recherches sur google.ch pour voir si des mots n’existent que sur des sites suisses), ni dans mon dico du suisse-romand. Par contre il est dans mon précieux dictionnaire du parler neuchâtelois et mon père, bon neuchâtelois, l’utilise couramment!
Un gribouillon
Au début je ne le croyais pas, tant cela me semblait incongru, mais mon Français insistait: « en France on dirait un gribouillis, et non un gribouillon ». Comme je ne le trouve pas dans mon Larousse, je dois abdiquer. En Suisse, on dit les deux dans mon souvenir!
Et vous dans les régions de France, que dites-vous?
Exemple: « La maîtresse d’école: Les enfants, ne faites pas des gribouillons dans les marges de vos cahiers de dictée! Je veux que tout soit propre en ordre! »
Les traitillés
Que du très logique: les traitillés en Suisse sont des équivalents des pointillés, mais avec des traits!
Traitillé: _ _ _ _ _ _
Pointillé: ………………
Il faut être pointilleux pour avoir noté la différence! Mais en France les traitillés ne se disent pas…
Exemple: « La maîtresse d’école: Les enfants, notez bien votre nom sur les traitillés en haut de la page! »
Extra bleu ciel!
C’est très familier et je ne connais pas un million de personnes personnellement qui l’utilisent, mais l’expression extra bleu ciel est particulièrement savoureuse, vous ne trouvez pas?
J’ai demandé à mon père de vous l’expliquer:
« C’est une expression qu’on utilise par exemple quand quelqu’un te fait un cadeau, et quand tu l’ouvres, c’est pile poil ce que tu aurais voulu, il y a une idée de surprise et de bonheur à la fois! »
Exemples:
« Extra bleu ciel! Ce cadeau alors, il me plaît!! »
« On se retrouve quand demain… ça te va à 14h devant la patinoire? » « Mais c’est extra bleu ciel! »
« La maîtresse d’école: Vous avez DÉJÀ tous fini l’exercice? Heeeeu mais c’est extra bleu ciel alors! »
Je suis servie!
Quand on dit « je suis servie! » à la fin d’un repas, cela veut dire en fait « Je n’ai plus faim, j’ai fini de manger »
Exemple: « Je te ressers? » « Non merci, je suis servie. » = merci bien je suis plein!
Donc si un Français vous demande (comme moi à Noël) si vous êtes servis durant le dîner, attention aux quiproquos!
En Suisse, quand on demande à quelqu’un s’il est servi, on veut savoir s’il a fini de manger.
J’ose?
Oser s’utilise dans un sens différent en Suisse… Il y a toute une série d’expressions où on va utiliser le verbe « oser » pour avoir la permission. Ce qui semble étrange aux Français, pour qui oser signifie avoir l’audace, le courage, l’impudence de faire quelque chose (je reprends les termes du Larousse!)
C’est vraiment tellement courant en Suisse que j’ai mis du temps à le noter… J’adore!.
Exemples:
– Est-ce que j’ose te poser une question? Est-ce que j’ose te demander un service?
– Une ado à ses parents: J’ose sortir ce soir?
– Il n’y a pas beaucoup de place dans le train, j’ose déplacer vos affaires?
Sans autre
Toujours dans le registre de la politesse, il y a une expression bien utile à noter: « sans autre ». Difficile à croire que les Français s’en sortent sans, n’est-ce pas? Ça m’étonne toujours d’apprendre que certains mots hyper utiles de mon vocabulaire sont inconnus de l’autre côté de la frontière! Son sens: sans façon, sans problème
« Vous pouvez sans autre poser votre valise ici »
« Vas-y sans autre » est un synonyme de « Fais seulement! » (voir Helvétismes, tome 4)
« Tu peux sans autre venir me rendre visite vers 14h demain aprèm. »
Bonus: pécloter
Cela veut dire « qui ne marche pas très bien » quand il s’agit d’une machine, et avoir une santé défaillante quand on parle d’une personne. Eh ouais, je crois l’avoir utilisé ces dernières années sans me douter qu’en France cela ne serait pas très clair.
Exemples:
Mon boguet péclote! (« Boguet » est un synonyme de vélomoteur en Suisse. Quand j’étais jeune ça faisait vachement plus in de dire « J’viens en boguet que « J’viens en vélomoteur »)
« Ça péclote! » = ça marche mal
« Bonjour Madame Dubied, ça va la santé? » « Oh, ça péclote! »
À ne pas confondre avec « pétouiller » qui veut dire traîner…
Vous en voulez encore? Retrouvez les 4 autres tomes dédiés à mes mots suisses sur le blog!
- 1. Helvétismes: les mots interdits
- 2. Taisez ces mots suisses que les Français ne peuvent comprendre…
- 3. Les helvétismes ont encore frappé
- 4. Les expressions suisses!
Mes sources pour la série sur les helvétismes:
Le dictionnaire du suisse-romand (Éditions Zoé)
Le Larousse en ligne et version papier (certains mots suisses y sont spécifiés, leur absence est aussi un indice!)
Mon précieux Dictionnaire du parler neuchâtelois et suisse romand (Éditions Attinger, 1926), ayant appartenu à ma grand-mère!
Google.ch, mon papa & le web (où je cherche des occurrences…)
À vous maintenant!
– Les Suisses: lesquels de ces mots avez-vous aussi essayé d’utiliser à l’étranger sans succès?
– Les Français et autres francophones installés en Suisse, les avez-vous déjà entendus? Êtes-vous prêts à les adopter?
Question pour les Français: est-ce que vous dites « Mais ça coûte un saladier! » ou parlez-vous de « cantonniers« ? Je n’arrive pas à trouver s’ils sont vraiment suisses… ou pas.
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