Catelle, plectre, doucette, sous-voie… Voici le tome 2 des mots interdits, ces expressions suisses qu’il vaut mieux ne pas prononcer en France car personne ne les comprend.
Je découvre ces helvétismes au hasard des conversations, lorsqu’un regard interloqué fait écho à un de mes mots. Depuis, je tente sans succès d’éviter de les prononcer… En voici une sélection!
D’ailleurs, ces objets ci-dessus, vous les appelez comment?
- Des plectres
Il y a quelques temps, je me suis rendue dans un magasin de musique avec mon petit ami français. Il a demandé au vendeur:
« Bonjour, je voudrais des plectres et une fourre de guitare. »
« Pardon? »
« Heu…!! Je veux dire, des médiators et un étui à guitare. »
« Ah. »
À force d’entendre mes mots suisses, il les avait intégrés, et zappé le fait que ses compatriotes ne les comprenaient pas. Un « plectre » est donc un synonyme de « médiator », ce petit bout de plastique cher aux guitaristes. Les deux s’utilisent en Romandie. Quant à fourre…
- Une fourre
Ce mot hyper courant en Suisse, qui signifie à la fois taie, étui et chemise, n’est pas utilisé par les Français! Pas pratique, hein, quand on a l’habitude de dire: une fourre de guitare, une fourre en carton (pour mettre des fiches à l’école), une fourre de natel (cliquez ici si vous ne savez toujours pas ce qu’est un natel), une fourre de duvet…
Il faut se concentrer!
- Un duvet
« Tu veux que je lave la fourre du duvet? »
« ?!! »
Pour être compris d’un Français, mieux vaut parler d’une « housse de couette ». Un duvet s’utilise pour un sac de couchage.
- Une catelle
Si vous entendez un Suisse dire: « Je vais putzer les catelles de la salle de bain » traduisez par, « je vais astiquer les carreaux de la salle de bain ».
Bon, je vous l’accorde, « putzer » est un vrai cliché suisse – un mot issu de l’allemand putzen, nettoyer, évidemment incompris de l’autre côté de la frontière. Cela ne surprend personne…
Et en Alsace, alors, l’utilisent-ils? Où sont-ils, sur ce coup-ci, plus proches des « Français de l’intérieur » (c’est ainsi que les Alsaciens appellent les autres Français, m’a-t-on expliqué! Je trouve l’expression sympa.)
- Un sous-voie
Ce mot suisse désigne un passage souterrain, qui sert à rejoindre l’autre côté d’une route par un tunnel.
« Quand tu descends du bus, tu prends le sous-voie et tu arrives près de ma maison. »
- Je prépare une vinaigrette pour la doucette
Vous aurez plus de chance en tentant de dire « je prépare une vinaigrette pour la salade de mâche. » Eh oui, la doucette, au joli nom, ne se dit pas ici… Quand les Français en mangent, ils l’appellent mâche. « Alors, tu mâches ta mâche?!! »
- J’ai eu une pêche à l’école (à force de courber les cours)
Une pêche est une mauvaise note. Mais bon, quand on courbe les cours de l’école secondaire… Enfin, on y reviendra. Courber un cour, c’est le sécher en Suisse et sécher un cours c’est le courber en français de France (répétez dix fois pour entraîner votre articulation.)
- Un costume de bain ou un calosse de bain
Se dit en France uniquement « un maillot de bain ». Souvent, les équivalents français sont aussi compris en Suisse – mais pas l’inverse! On utilise donc aussi « maillot de bain » en Romandie. Mais ça, je vous l’avais déjà dit cet été dans une carte postale où j’avais semé des helvétismes, comme « avoir son fond » (c’est à dire « avoir pied »), un linge (« une serviette ») ou « t’as meilleur temps » (tu ferais mieux).
- De la moque
Berk! C’est de saison, comme les premiers rhumes: la moque est un synonyme de morve. « T’as plein de moque ».
- C’est droit ce que je voulais dire!
Le sens? Cela semble évident: « C’est droit ce que je voulais dire » = « c’est tout à fait ce que je voulais dire. » Cette construction ne sonne pas très français hexagonal, comme quand mon amie jurassienne s’exclame : « C’est monstre bien!«
- Elle est grinche.
« Qu’est-ce que t’es grinche aujourd’hui! Arrête de faire la tronche. » On est grinche quand on s’est levé du mauvais pied.
Mon père ajoutera même: « Arrête de faire la po
uette » (ne croyez pas que j’ai tendance à faire la gueule pour autant, hein.) D’ailleurs, c’est assez amusant dans ma famille, mon paternel, neuchâtelois pur souche, utilise pas mal d’expressions très locales, que ma mère, importée de Bolivie, ne comprend pas du tout! Et moi, je n’en comprends que la moitié… Logique, non?Mise à jour nov.2012: mea culpa, on dit « faire la potte » comme Martouf et le Père Hubu l’ont fait remarquer dans les commentaires, car « pouette », une autre expression, veut dire « moche »! Quand je vous disais que je n’en maîtrise que la moitié de ces expressions hyperlocales…
- E aigu, A grave
« Tu écris ce mot avec un e aigu? » (prononcé « heu aigu »)
« Un quoi? »
« Ben, un e avec un accent aigu, quoi. (sans blague, cela semble évident!) »
« Ah! un é! » (prononcé comme « et »)
En Suisse, on appelle ce caractère é: e aigu, à: a grave. Des Français prétendent que cela ne se dit pas en France. Votre verdict?
Voilà, fin du tome 2 – si vous en voulez plus, retournez lire le premier volume des mots interdits ici (avec thé froid, foehn ou plaque à gâteau.)
N’hésitez pas à commentez: connaissiez-vous un de ces helvétismes en France? Avez-vous l’intention d’en adopter? Signalez m’en d’autres pour un troisième volume de mots interdits!
Et je vous dis « À tout bientôt« , ce qui selon la Française Miss Cupcake, installée chez nos amis genevois, est aussi une expression très suisse! Encore une que j’utilisais tous les jours sans me douter de rien. Sacrés mots interdits masqués!
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