Les mots du français varient d’un coin de la francophonie à l’autre, et cela m’amuse beaucoup. Entre la Suisse, la France et le Québec, certains termes ont des équivalents qui sembleront sûrement comiques aux locuteurs d’une autre variété du français!
Du coup, j’ai eu envie de vous pondre un tableau de correspondances humoristique dans ces trois langues que j’ai pu côtoyer, à Montpellier, Montréal ou Neuchâtel.
J’ai évidemment cherché à trouver pour un sens, trois variantes différentes, pour avoir côte à côte des mots québécois, des mots suisses et la norme franco-française! Notez bien que la version du français de l’Hexagone a généralement aussi cours en Suisse romande. On utilise souvent les deux sans se rendre compte que l’un est en fait un régionalisme, incompris chez nos voisins. Ensuite, je vous avertis qu’en matière de mots suisses, je parle plutôt neuchâtelois – d’où mon choix de faire figurer le mot « chiclette » dans le tableau avec une astérisque – un terme à éviter à Genève car cela fait rire les presque-Français-du-bout-du-lac-Léman. Des habitants du canton du Jura m’ont aussi appris que chez eux, on pouvait dire « un chiclet ».
Voici le tableau (tome 1) avec des légendes et explications à trouver dessous. Référez-vous à la colonne « France » pour être sûrs de bien comprendre de quel sens on parle!
Formules de politesse
Allô! Bonjour!
Les Québécois ont le tutoiement facile, et que ce soit au moment de bruncher ou lors d’une séance de magasinage, on vous accueillera avec un cordial « Allô« ! Qui veut dire salut, bonjour.
En Suisse, de façon familière, il est courant de saluer les gens d’un « Mais adieeeeeu toi! » Adieu veut alors dire bonjour, et pas au revoir. Vous me suivez, hein?
…et pendant ce temps-là au Québec, on dit « Bonjour » pour dire « Au revoir », comme dans la BD dont je vous parlais il y a peu. Déconcertant, non? Pour la Suisse, je vous ai choisi ce terme, « Tchüss. » Évidemment, on utilise aussi les mots français « Baille-baille » ou « Tchao ». Mais quand j’étais ado, je pensais être super branchée en disant « Tchüss » à mes amis, un mot emprunté au suisse-allemand, vous l’aurez deviné.
Ensuite, quand on vous dit « Merci » à Montréal, vous répondez « bienvenue! » (une traduction littérale de l’anglais « Welcome », vous l’aurez compris), alors qu’à Montpellier et en Suisse, on dit « De rien ». Petite spécificité helvétique, on peut aussi dire « Service! »
Si vous avez bien mémorisé ce paragraphe, vous voilà parés pour saluer les natifs des trois régions linguistiques comme il se doit.
Sucettes & lolettes
Nous avons déjà évoqué le cas de la chiclette (je crois que l’orthographe chiquelette circule aussi) plus haut, donc je vous laisse vous débrouiller avec les gommes et les chewing-gums.
Chapitre suivant: il est facile de s’emmêler les pinceaux avec les histoires de bébés. Au Québec, on donne une suce aux bambins, alors que les Français préféreront leur donner une tétine ou une sucette (entendu très souvent à Montpellier). Proposer de donner une sucette à un bébé québécois est déconseillé, car ce mot désigne un… suçon là-bas! Tabarnak! Et pendant qu’on y est évitez aussi de parler de vos gosses devant des Québécois, car ce terme ne désigne non pas votre progéniture, mais vos parties intimes. Vous risquez donc de mettre vos coucougnettes dans le plat. Oui, oui! Il faut faire attention.
Et pendant ce temps, les bébés suisses sont très sages, leur lolette dans le bec.
Les soldes!
Plus facile à comprendre: au Québec, le mot « spécial » est ajouté sur les produits en solde, c’est l’équivalent de « action! » en Suisse, et cela vient encore de l’anglais. Remarquez qu’on voit aussi beaucoup le mot « sale » dans les commerces helvétiques. Probablement encore une façon d’imprimer la même étiquette pour tous les commerces du pays, même en changeant de zone linguistique, puisque l’anglais est la langue commune suisse ( comme je vous l’ai déjà expliqué sur ce blog, hum hum). En France, on parle exclusivement de produits en promotion.
Exemple de phrase authentique: « J’ai acheté plein de plaques de chocolat en action à la Migr’ lors de mon dernier séjour en Suisse. J’ai même eu besoin d’un cornet! »
Un Français dirait « Pendant mon séjour en Suisse, j’ai acheté plein de tablettes de chocolat en promo, dans un supermarché où il n’y avait pas beaucoup de choix! J’ai même eu besoin d’un sac plastique pour les transporter. »
Essuie-tout
Sopalin – Scott Towel – Papier-Ménage
« J’ai besoin de papier-ménage pour poutzer la table basse! », voici une phrase commune à Neuchâtel (bien qu’un peu caricaturale avec le poutzer emprunté à l’allemand « putzen »). Le papier-ménage est donc un synonyme d’essuie-tout. Or il m’est déjà arrivé de rencontrer des Fribourgeois qui utilisaient le mot sopalin, très exotique alors à mes oreilles, et qui est très courant en France. Au Québec, j’ai cru comprendre qu’on pouvait dire essuie-tout ou « Scott towel », du nom d’une marque.
Pour conclure ce tableau de mots
Avertissement: j’ai découvert avec bonheur la poésie des mots québécois lors de mon long séjour à Montréal – mais cela ne fait pas de moi une experte. N’hésitez pas à apporter des nuances dans les commentaires, vous qui êtes Québécois pur sucre!
Après, tous ceux qui viendront râler que dans leur région de France ou de Suisse, on dit comme-ci et pas comme-ça, sont les bienvenus de s’exprimer et de partager leurs connaissances, j’adore en savoir plus sur l’usage des mots d’un point de vue géographique! Mais avant de hurler au scandale, on leur demandera de faire preuve d’un peu d’indulgence, car je ne peux évidemment pas prendre chaque mot avec des pincettes et indiquer dans quelle région de France ou de Suisse il s’utilise ou pas- on est obligés de généraliser un peu!
Les seuls qui ont le droit de râler vivement, ce sont nos amis belges, car n’ayant mis que rarement mis le pied en Belgique, je les ai zappés. Et chez vous, on dit comment alors? (Piètre tentative de réconciliation, je l’admets!)
J’ai encore plein de mots en trois variantes dans ma manche, et il y aura donc une suite à ce billet! Pour ne pas la manquer, vous pouvez nous rejoindre sur Facebook ou vous abonnez à la newsletter mensuelle. Oui, ou tout simplement revenir nous voir prochainement!
Alors, on attend vos réactions sur ces mots québécois et suisses. Peut-être que certaines expressions ont quand même cours dans des régions de France? À vous de nous le dire!
Et à ceux qui veulent se creuser les méninges: j’accepte aussi les contributions en 3 variantes pour mon prochain tableau!
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