Lors d’un séjour en Romandie, j’ai retrouvé quelques habitudes suisses, et mis le doigt sur une série de petites différences entre la Suisse et la France.
photo: Curious Expedition
J’ai cherché à la loupe des spécificités de mon pays natal, maintenant que je me suis à peu près habituée aux us et coutumes de la France. Résultat des courses: j’ai mis le doigt sur 17 différences de la vie courante que vous ignorez probablement, du minibar ambulant des trains aux inconnus qui vous disent « santé » dans le bus, en passant par les lancers de bonbons de mariage…
Après 3h45 de route, mon TGV me crache sur le quai de la gare Cornavin, à Genève pour un week-end en terre helvétique. Je passe la première soirée ici, dans la Cité de Calvin, avant de pousser jusqu’à Neuchâtel.
Après un quart d’heure en territoire suisse, je note déjà la première différence:
1. Au comptoir, je peux enfin prononcer le mot « thé froid »
Mon amie Dilan demande un thé froid « pêche ». En France, elle aurait dû commander un « ice tea » pour être comprise, et il aurait probablement été livré parfum pêche par défaut. Le parfum le plus courant en Suisse est par contre « citron ». (Tout cela est expliqué dans Le guide du bar français, un billet de ce blog)
2. Je découvre un tube de Cenovis planqué dans le placard
Le Cenovis, une pâte à tartiner très spéciale à base de levure de bière.
Je passe la nuit sur le canapé-lit de Dilan, mon amie qui réside dans une petite ville de l’agglomération genevoise. Le matin, je découvre avec stupeur du Cenovis dans son placard! C’est une pâte à tartiner salée typiquement suisse, au goût très particulier. Berk!
Lorsque je l’interroge sur cette présence incongrue, Dilan lève les yeux au ciel et m’explique que c’est pour la consommation de son mec, appelons-le Gaston.
« La première fois qu’il a pris le petit-déjeuner chez moi, il a cherché sans succès le Cenovis, et a décrété que je n’étais pas une vraie Suisse car je n’en avais pas! … il est pourtant le seul Suisse que je connais qui en mange! »
J’ai donc appris que Gaston tartine cette pâte salée sur son pain de bon matin, même s’il n’est pas Suisse-allemand. (Visiblement c’est une idée reçue erronée que le Cenovis serait supposé être plus apprécié de l’autre côté de la barrière de röstis, la frontière symbolique entre partie francophone et alémanique! Ce serait plutôt un péché mignon de Romands…)
Pour ma part, je décline prudemment l’offre de Dilan d’y regoûter. Surtout au petit-déjeuner!
3. Je ne rêve pas: des signes de convivialité, dans une grande ville!
Typiques des petites villages, certains comportements conviviaux font défaut dans les grandes villes… Je suis très étonnée de la gentillesse de mes semblables dans une ville de l’agglomération genevoise!
Exemple de convivialité N°1
Alors que mon ami et moi tentons sans succès de prendre un billet à un automate, un bus s’arrête. Le chauffeur propose de nous attendre si c’est bien cette ligne que nous voulons prendre. Ce n’est pas le cas, mais nous sommes épatés par sa gentillesse! Il a arrêté son engin uniquement pour nous poser la question.
Exemple de convivialité N°2
Quelques minutes plus tard, la machine ne veut toujours pas avaler ma pièce de vingt centimes suisses pour me délivrer un titre de transport. Un monsieur d’un certain âge s’approche pour proposer un échange de pièces. Grâce à lui, on parvient à prendre nos tickets. Ouf!
Ces gestes sont rares à Montpellier, d’après mon expérience. Chacun a tendance à se mêler de ses affaires. D’ailleurs, au début, lorsque j’abordais des inconnus dans la rue pour leur poser une question, ils réagissaient étrangement: c’était vexant!
Je crois comprendre pourquoi aujourd’hui: les Montpelliérains sont tellement sollicités par la farandole de meneurs de sondages, distributeurs de tracts, mendiants, recruteurs de donneurs de sang qui pullulent dans les rues passantes… qu’ils se méfient dès qu’on les approche!
4. Mon Atchooooum! me vaut des souhaits d’inconnus
J’éternue dans le bus. Une inconnue me dit: « santé ». Cela me fait chaud au cœur!
En effet, en France, lorsque j’éternue au milieu de gens que je connais, personne n’ouvre la bouche. Ce n’est pas dans les mœurs! Je l’ai compris après avoir accusé les Français d’être impolis, car en Suisse, si vous éternuez parmi des amis, durant une leçon, dans le bus ou ailleurs, les « santé! » fusent!
Évidemment, quand un Français éternue, je m’empresse de le saluer d’un « santé », car je n’ai pas encore réussi à perdre cette habitude. Leur réaction? Ils me font remarquer en rigolant que ça ne se dit pas. Eh voui, lecteurs suisses, sachez qu’en France, on dit « à vos souhaits », et jamais santé pour saluer un éternuement.
5. Spécificité étrange: tous les Suisses ont la même valise (ou presque)
Non, non, les Suisses n’ont pas tous des valises rouges ornées de leur drapeau, ce n’est pas ça du tout. Ces valises très courantes sont anthracite et de la marque Kappa.
J’explique, pour les Français: ce sont des bagages obtenus à prix avantageux grâce aux vignettes à collectionner au supermarché Coop. Une action commerciale qui a eu lieu il y a environ quatre ans et qui a connu un immense succès: depuis, il est fréquent de se tromper de valise car toute la Suisse semble avoir acheté un modèle de cette gamme. Le pire, c’est sur les carrousels des aéroports. On est obligés de customiser nos bagages en accrochant un signe distinctif à la poignée…
Dilan me retrouve sur le quai de la gare Cornavin, comme convenu. Surprise! Elle tire derrière elle sa propre valise Kappa, typiquement suisse! Comme pour confirmer cette tendance… Je m’empresse de photographier nos deux bagages, comme preuve, pendant qu’elle s’inquiète de cette nouvelle lubie (« T’inquiète, c’est pour mon blog » « Mais, ce sont juste des valises?! »).
6. Pas besoin de composter son billet
Nous nous trouvons alors sur le quai numéro 6. Oui, car en Suisse, les quais sont indiqués par des chiffres, et non des lettres (A-B-C-D…), comme je l’ai observé dans les gares françaises de Montpellier ou Lyon.
Aussi, nul besoin de composter son billet de train, contrairement à la France, où il ne faut pas oublier de placer son ticket dans la machine à oblitérer avant de monter sur le quai!
7. On prend un rendez-vous chez l’hygiéniste, pour retrouver des dents blanches
Dilan prend le train avec moi car elle a rendez-vous chez l’hygiéniste à Neuchâtel. L’hygiéniste est la personne qui détartre vos dents dans les cabinets de dentiste. Une profession qui n’existe pas en France où le dentiste lui-même s’en charge – et le fait drôlement moins bien, j’ai testé (cf cet article, où j’explique que beaucoup d’hygiénistes ont un accent québecois.)
8. Les trains ont un minibar ambulant
(27.08 Correction! J’ai appris que certains trains français en ont aussi, même si c’est plus rare! Malgré de longues heures dans les TER et TGV, je n’en ai encore jamais croisé un seul moi-même.)
Dans le wagon des CFF, je place ma valise dans l’espace prévu pour entre deux sièges. Je m’assure qu’elle ne dépasse pas, pour laisser passer le chariot du minibar, poussé par un monsieur en livrée qui propose snacks et boissons durant les trajets en train (oui, c’est payant évidemment!) (Même si le trajet Genève-Neuchâtel coûte presque aussi cher qu’un Montpellier-Genève, les branches de chocolat Cailler ne sont pas offertes pendant le voyage).
9. Au supermarché: le rayon des tubes est gigantesque
Je me rends à la Migros, le supermarché suisse le plus important avec la Coop, avec en poche ma liste de provisions à ramener en France (voir cet autre billet).
Je suis toujours ébahie lorsque je traverse le rayon des tubes, dont vous ne voyez ici qu’un cinquième. Tubes de Parfait, de moutarde suisse, de mayo, de saumon et de Cenovis, il y a de quoi faire! Les Français sont souvent outrés de cette manie suisse de tout mettre en tube. Ils ne comprennent pas.
J’achète donc un tube de vermicelles! Tiens, j’ignorais qu’on trouvait aussi ce dessert à base de marron en tube!
10. On boit du vin blanc pétillant
Je fais ma sortie rituelle au bar le Chauffage, à Neuchâtel. Je ris en voyant sur la carte le prix du pastis – qui est la boisson la moins chère à Montpellier, avec la bière, et ici se vend à un prix plus distingué! Bizarrement, le bar propose une petite ou une grosse dose, à choix.
Un mystère que nous n’éclaircirons pas, car mon ami et moi souhaitons boire du thé froid maison ( qui se traduit par du « thé glacé » en France) et du vin blanc (pétillant il contient de légères bulles, en Suisse, ce qui surprend beaucoup les Français).
Carte d’un bar suisse: à choix, Pastis ou Ricard, 2cl ou 4cl . Mon Français du Sud s’esclaffe: « Mais ça ne se fait pas de proposer une petite ou une grosse dose de pastis! Le pastis ça se dose normalement, un point c’est tout. »
11. Au bar, je laisse un pourboire sans problème
Le prix des deux verres: 7.70 chf, donc sept francs septante, hein! Attention les Français, on est en territoire suisse là, les « soixante-dix » et autres complications chiffrées sont prohibées.
Je règle avec un billet de dix, en disant « Sur 8! » pour que la serveuse garde les 30 centimes de pourboire et évite de fouiller dans son porte-feuille. Cette phrase ne fonctionne pas du tout en France, comme je m’en plaignais dans Le guide du bar français, chapitre pourboire.
12. Personne ne dit tchin pour trinquer, mais SANTÉ!
Mes amis neuchâtelois réunis autour de la table font: « santé! » avant de siroter leurs boissons. Dans le Sud de la France, par comparaison, j’entends plus de tchin ou tchin tchin que de santés, même si les deux se disent.
Après, il y a une mouvance neuchâteloise (?? corrigez-moi si vous en savez plus!) qui veut qu’on clame « Santé, Joyeux noël tas de cons, 1,2,3,4,5,6,7 babibouchettes, blublublublu » (S’il y a un volontaire qui se présente pour enregistrer ça, qu’il se fasse connaître!)
Mais, je peux vous dire qu’en Suisse, Santé! est l’expression la plus courante, et en plus c’est pratique, elle s’utilise aussi en cas d’éternuement!
13. On lance des bonbons aux gens dans la rue lors des mariages
Je me rends à un magnifique mariage, beau et émouvant, celui des mes amis la Louche et le Phoque. Après la cérémonie, un joyeux cortège de voitures klaxonne sur les routes. Des enfants accourent dans les villages que nous traversons, afin d’attraper les traditionnels bonbons qu’on lance depuis les fenêtres ouvertes!
Cela surprend mon ami français, jaloux de n’avoir jamais reçu de douceurs en courant après les voitures de mariage, un sport dans lequel ma sœur et moi excellions. Dès le premier coup de klaxon, il fallait se diriger à toutes pattes vers la route principale de notre village. Ensuite, espérer recevoir de délicieux Sugus, et éviter de se faire assommer si c’était plutôt les spécimens en sucre dur plus communs (et moins bons!) qui étaient lancés dans notre direction.
14. Les routes sont plus tranquilles
J’apprécie la conduite tranquille des automobilistes suisses par rapport à mon expérience au Sud de la France:
- Lorsque le feu passe à l’orange, les gens freinent en Suisse
- Personne ne nous coupe la route.
- Les gens respectent plus ou moins les distances de sécurité entre les voitures
Le conducteur n’a pas de raison de s’énerver et d’insulter les automobilistes inconscients (qui ne peuvent pas l’entendre de toutes façons). Il ne fait entendre le son de son klaxon qu’en l’honneur des mariés.
Par contre on dirait que mettre son clignotant dans les ronds-points ça se perd ://
Autre différence: les limitations vont de 30, 50, 60, 80, 100 à 120 contre en France de 30, 50, 70, 90, 110 à 130 s’il ne pleut pas. (Si le sujet vous intéresse, ce billet est consacré aux différences entre les routes suisses et françaises. Il est intitulé « Zéro de Conduite », devinez pourquoi… )
15. On boit son café avec une crème
Après le repas du mariage, je verse une crème à café dans ma tasse. Mise à disposition dans les cafés et restaurants, il s’agit d’une dosette de crème contenue dans un petit emballage de plastique brun, surmonté d’une opercule illustrée. On tire doucement dessus, et on verse la crème pour adoucir son breuvage!
Systématiquement présentées sur les sous-tasses suisses, les crèmes à café sont très rares en France. À la place, il faut demander « une noisette » au moment de la commande, c’est à dire un café directement agrémenté d’une touche de crème (mais plus cher pour la peine).
Des collectionneurs suisses conservent précieusement les opercules des couvercles de crème à café, comme je vous l’expliquais dans Le guide du bar français , rubrique café. Allez, on arrive au bout de ces 17 spécificités suisses… Encore deux!
16. Autour des maisons d’Helvètes particulièrement patriotes, on trouve un drapeau suisse (et parfois des nains de jardin)
Durant mon week-end en Suisse, j’observe les drapeaux rouges à croix blanche qui flottent fièrement sur leurs mâts, dans les jardins de particuliers, à la campagne ou dans les petits villages.
Étonnant, en France, cela ne se fait pas du tout! Je n’ai jamais vu de particulier arborer un drapeau français devant chez lui, mais c’est par contre l’apanage des mairies et préfectures! « Planter un drapeau français sur son balcon ou dans son jardin, ça ferait facho » m’explique un Français pur souche. Ah bon!
En Suisse, ce n’est pas le cas, ça fait patriote d’avoir sa croix blanche flottant au vent devant sa bicoque*. Coudre un drapeau suisse (ou une edelweiss) sur son blouson, voilà par contre un signe clairement facho!
*À vrai dire, ça fait surtout ringard… mais je ne veux vexer personne! Le drapeau en photo est d’ailleurs celui du jardin de mes parents. Oui, mais ils ont une excuse, car celui-ci a une histoire: il a autrefois flotté à La Paz, en Bolivie, devant la maison de mon grand-père, qui était un expat!
Un petit mot sur les nains de jardin: n’y voyez aucun symbole suisse, mais on en croise pas mal dans mon pays. Leur population est particulièrement élevée en campagne suisse-allemande. Ils grouillent dans mon souvenir! Je les trouve aussi d’un goût exquis, surtout celui-ci à l’air démoniaque. Dis bonjour, Gulliver!
17. Hourra! On peut écouter Couleur 3 à la radio!
Sur les ondes suisses, on peut écouter la radio culte de la RSR Couleur 3, dont les Français sont privés depuis quelques années. Couleur 3 et ses séries audio déjantées (vous vous souvenez de Roro et Gégé? « La drogue, c’est de la meeerde… surtout quand y’en a plus quoi! ») a en effet été diffusée dans les années 90 du côté de Lyon, Chambéry, Grenoble, Chamonix, suite à l’action de fans français. Or ce n’est plus le cas depuis quelques années. Récemment, j’ai rencontré un Franc-Comtois à Montpellier qui s’était battu contre cette injustice. Bref. Pour en savoir plus, je vous renvoie vers Wikipédia et son article très complet sur Couleur 3 et sa diffusion en France.
Vous pouvez aussi simplement écouter Couleur 3 en ligne. C’est ainsi que j’ai suivi la fin de la série Télémoudon depuis la France, les élucubrations de deux Vaudoises à l’accent épais et de leur xylophone à jingles bien-aimé. Attention, c’est de l’humour suisse plein de références et d’accents… suisses.
C’est à vous maintenant: avez-vous des des précisions à apporter ou des anecdotes à raconter?
Pour les Suisses, aimez-vous le Cenovis? Que dites-vous avant de trinquer (peut-être « Santé, Joyeux noël tas de cons »?) Où trouver la plus grande concentration de nains de jardin à votre avis?
Pour les Français: planteriez-vous un drapeau bleu-blanc-rouge dans vos géraniums? Achèteriez-vous de la moutarde en tube? Avez-vous déjà écouté Couleur 3?
Le billet est intitulé: Ma liste de courses suisses
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