« Ouvrez grand la bouche! ». C’est seulement après m’être installée dans le fauteuil et avoir fait aaaaaah, que j’ai remarqué quelques différences de protocole entre les cabinets de dentistes suisses et français. Et d’abord, elle est où l’hygiéniste? Comment ça cette profession n’existe pas ici?!!
Image issue des archives de l’administration américaine
La torture: c’est dès le premier rendez-vous
J’ai pris rendez-vous chez le dentiste pour effectuer un contrôle. Je m’y suis donc rendue en sifflotant: malgré ma peur du dentiste, je n’avais rien à craindre puisque le tritouilleur de dents se contenterait d’inspecter mes molaires avec son petit miroir. Il comptabiliserait les éventuelles caries, oui, mais me donnerait un nouveau rendez-vous pour les traiter et passer aux choses sérieuses. C’est pourquoi j’ai passé la porte de mon premier cabinet de dentiste français l’esprit léger.
Erreur! C’est ainsi en effet que cela se serait passé en Suisse, d’après ma longue et douloureuse expérience. Or, ici, ma nouvelle dentiste n’a pas tôt fait de remarquer deux débuts de caries qu’elle saute sur sa fraise! Je l’interromps, la voix blanche. « Vous allez vous y attaquer tout de suite? » Elle regarde sa montre: « Oui, j’ai le temps d’en faire une! » Je suis tétanisée. Et dire que j’étais certaine qu’on ne me torturerait pas avant le second rendez-vous!
Plus tard, en rentrant, je m’énerverai contre mon entourage français qui ne m’a pas averti. Les traîtres! Mais ils ne comprennent pas où est le problème: « Ben quoi, tu allais chez le dentiste pour te faire soigner après tout, c’est plus pratique d’y passer tout de suite! » Question de point de vue, j’aime bien gagner du temps et me mettre en condition avant…
« Vous réglez par chèque? »
Mais revenons à notre premier rendez-vous chez la dentiste. Pendant que je stresse sur le fauteuil, elle me marmonne des choses incompréhensibles à travers son masque, d’une toute petite voix. Je ne suis de toutes manières pas en état de lui répondre, alors qu’elle nettoie ma dent.
Il ne faut jamais oublier son chéquier en allant chez le médecin. S’il n’a pas de lecteur de carte bancaire, il vous enverra au distributeur de billets le plus proche! Car oui, il faut payer tout de suite en France!
Quelques minutes plus tard, je sors en titubant du fauteuil. Ne perdant pas une seconde, la dentiste me demande (cette fois sa voix est intelligible car elle a baissé son masque): « Vous réglez par chèque? Cela fait 78 euros 90 » . Je ne m’habituerai jamais à payer ainsi, à la fin de chaque consultation. Cela me semble un peu vulgaire! C’est parce que j’ai grandi de l’autre côté de la frontière, où jamais un médecin ne m’a demandé un centime. À la place, il vous envoie un bulletin de versement (qu’est-ce que c’est? un moyen de paiement très courant en Suisse!) par courrier. Il suffit de le régler à la fin du mois, avec ses autres factures.
Or là, je m’adapte aux coutumes locale et je sors donc mon chéquier, que j’ai pensé à glisser dans mon sac. Je me concentre pour ne pas écrire « septante-huit » ou « nonante » sur la ligne où il faut préciser 78 euros 90 en toutes lettres (pour apprendre à remplir un chèque, c’est ici!). Je ne demande pas à la dentiste si elle a un stampf (pardon, un tampon encreur) pour apposer son nom sur mon chèque, et je le gribouille moi-même. Voilà.
Les hygiénistes n’existent pas en France (même avec l’accent québécois)
Un hygiéniste dentaire. ©Photo par Alessio23
La dentiste me propose alors un autre rendez-vous: « pour traiter le deuxième début de carie, et faire un détartrage ». En observant le petit carton qu’elle me tend, je lui demande. « L’hygiéniste me prendra donc pour le détartrage à la suite de votre intervention sur ma carie? » Elle cligne des yeux. « Une hygiéniste? Non, c’est moi qui fait les détartrages ici. » Je suis très étonnée, et crois bon de lui expliquer qu’en Suisse, ça se passe comme ça, d’où ma méprise.
Elle est au courant et m’explique: « Ce serait bien pratique d’engager un hygiéniste dentaire, mais en France, on n’a pas le droit, on doit faire le détartrage nous-mêmes. Nous sommes les seuls habilités par la loi à travailler en bouche. » Incroyable! En Suisse romande, hygiéniste est une profession à part entière! Il existe une formation à Genève (trois ans) dont sortent 20 nouvelles recrues chaque année, qui sont par ailleurs généralement déjà assistantes dentaires (CFC). (Oui, ce sont plutôt des femmes – d’où les termes au féminin)
Ces professionnelles veillant sur la santé de vos dents et de vos gencives peuvent être rattachées à un ou plusieurs cabinets dentaires. Leur question récurrente: « Vous passez le fil dentaire? » Normalement, on sort de chez l’hygiéniste avec une mauvaise conscience, celle d’avoir menti (« Bien sûr, je le passe tous les jours le fil dentaire!« ) tout en sachant que l’état de vos dents hurle le contraire et que la pro le voit tout de suite. On se promet ensuite de le faire tous les soirs, ce qu’on arrive à tenir deux ou trois… jours.
Il y a aussi beaucoup de québecoises expatriées en Romandie pour exercer ce métier. Cela détend d’entendre leur joli accent pendant qu’elles s’attaquent à votre tartre sans pitié (aïe les gencives! mais il faut se rappeler qu’elles vous font mal pour votre bien). Ci-contre, une vidéo de témoignages d’hygiénistes, et ce lien vers une page qui explique leur rôle.
Le verdict:
Ma dentiste française n’arrive pas à la cheville de mon hygiéniste (suisse ou québecoise)
Il est trop pénible pour moi d’évoquer ce second rendez-vous, avec creusage de dent sans anesthésie. Aïe, aïe, aïe. Passons directement au moment du « détartrage ».
Je suis frustrée par la prestation courte et minimaliste de ma dentiste. Contrairement aux hygiénistes pro, elle n’avait ni armada de brosses qui polissent les moindres recoins de vos dents, ni patience et méticulosité. Je ne suis pas sortie de là avec l’impression d’avoir les dents plus propres. Elle ne m’a même pas demandé si je passais le fil dentaire! C’est vous dire…
Alors, si les Suisses ont les dents plus blanches… on saura pourquoi!
Liens:
PS. Je ne suis pas la seule à trouver dommage qu’on ne trouve pas d’hygiénistes en France, cf: cet article d’une dentiste ou le coup de gueule d’une assistante dentaire sur ce forum. En attendant de confier mes dents à un hygiéniste en Suisse ou au Québec, j’ai investi dans une brosse à dents électrique.
Et vous, qu’en pensez-vous?
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