Ou la Nostalgie du Bulletin de versement. Quand on m’a remis mon premier carnet de chèques, j’étais très fière mais n’avais aucune idée de l’usage à en faire. Ces précieux bouts de papier sont longtemps restés au fond d’un tiroir… Or peu à peu, j’ai compris comment ils pouvaient se substituer aux bulletins de versements suisses, sans équivalence ici.
Un élégant accessoire: le porte-chéquier. Mais il ne confère la classe attendue que si on est capable de à le dégainer d’un geste adroit, et de remplir un chèque en un clin d’œil.
Lorsque j’ai ouvert un compte français à La Banque Postale, le conseiller m’a posé cette curieuse question. « Le chéquier, vous le préférez en quel format? Ouverture latérale ou vers le haut? » Ne comprenant pas vraiment ce que cela changerait (c’est toujours le cas aujourd’hui), j’ai répondu au hasard: « Heu… la version standard. » Quelques jours plus tard, je recevais par envoi recommandé mon chéquier « à ouverture latérale et souche à gauche », joliment décoré d’images du monde signées Yann Arthus-Bertrand. Je l’ai précieusement rangé dans un tiroir et je ne l’ai plus touché durant des mois.
J’étais épatée par cette possession: en Suisse, je n’ai jamais eu de chéquier ni vu de chèque. Je ne savais même pas que leur usage était aussi courant que celui des cartes bancaires de l’autre côté de la frontière! Pour moi, c’était un accessoire huppé, qu’on ne voit que dans les films.
J’ai donc appris au fil des mois à le désacraliser et à m’en servir dans la vie réelle.
Comment remplir un chèque?
(Ce chapitre s’adresse aux Suisses, évidemment)
Un petit schéma s’impose! Au départ, j’ai cherché sans succès le mode d’emploi dans le carnet de chèque et j’ai dû demander son assistance à un Français… Par chance, je vis avec l’un d’eux. Il a tout de même trouvé ma demande étonnante, car cela lui semblait aller de soi. Après tout, il suffit de remplir les blancs, mais, sait-on jamais…
Ensuite, on donne le bout de papier à son destinataire, qui devra le transmettre à sa banque pour recevoir son dû et débiter votre compte.
Notez-bien: Il est déconseillé d’attendre plusieurs mois avant d’aller encaisser un chèque – au risque de bloquer le compte en banque du donateur qui aurait changé d’établissement entre temps. (Exploit N° 362: J’ai failli mettre une association en interdit bancaire).
MODE D’EMPLOI
POINT 1. En chiffres, on inscrit le montant que l’on souhaite verser: » —-198.00« . Dessous, on complètera la date et le lieu et on signera.
POINT 2. Beaucoup plus sportif! On inscrit, en lettres cette fois, le montant avec la monnaie, soit: « cent non quatre-vingt dix-huit francs euros ———————–« , et le nom de l’heureux bénéficiaire après le à, par exemple: « Association pour la Promotion des Tulipes sauvages » .
POINT 3. Le bordereau permet de garder une trace écrite du pourquoi du chèque. J’ai systématiquement « oublié » de le remplir durant quelques mois, certaine que je me rappellerai des objets de mes généreux versements. Erreur de débutant! C’est un champ à ne pas négliger, sinon lorsqu’on reçoit son décompte bancaire, on se demande: « Mais à qui j’ai versé 190 euros avec mon chèque No 84? C’est curieux… Était-ce le dentiste? L’achat d’une chaise de jardin en formica? »
Eh oui, le détail ne figure pas sur le relevé bancaire. Par contre, si on a bien rempli son bordereau, on se réfère à son carnet de chèque et on se frappe le front : « Mais oui, c’est écrit là en toutes lettres: il s’agissait d’un don pour la sauvegarde de la flore régionale… »
Remplir un chèque me pose malgré tout trois problèmes majeurs:
1- Je ne sais plus comment on écrit les nombres en toutes lettres – même si je garde le souvenir d’une brève leçon sur le sujet par ma prof de français Mme G., à l’école secondaire. Depuis, je crois n’avoir jamais écrit un nombre compliqué en lettres. Je suis sûre que les Français les maîtrisent mieux que nous puisqu’ils doivent les utiliser couramment!
Où mettre des traits d’union? Quand accorder vingt et cent, si mille est invariable? Et, encore pire, comment écrit-on « quatre-vingt-dix »? Je ne l’ai jamais appris celui-là, puisqu’il n’existe pas en Suisse, avantageusement remplacé par l’orthogénique « nonante » !
Pour répondre à ces questions capricieuses, je me réfère à ce résumé pratique des règles d’écriture des nombres. Jocker: ce « conjugueur » de nombres disponible en ligne est la solution magique en cas de doute. Un outil très pratique, qui indique à la demande la version suisse ou belge. Il suffit de taper le nombre, et zou! L’exemple avec 190 à la sauce suisse.
Heureusement, les fautes d’orthographes n’invalident pas le chèque (je crois).
Mais il me reste encore deux pièges à évoquer:
2-Il est difficile de se rappeler de ne pas faire usage des helvétismes septante (70) ou nonante (90) en remplissant le chèque (les Vaudois et autres amateurs du « huitante » (80) le rajouteront à la liste bannie).
3-Il ne faut pas malencontreusement écrire « francs » plutôt que « euros » – les ratures sont interdites!
Les chèques: pour quels usages?
À titre d’exemples, voici quelques façons d’utiliser des chèques.
- Pour régler des courses – mais les petits magasins les refusent souvent.
- Pour payer le loyer: glissé dans la boîte aux lettres de l’agence immobilière !
- Pour s’abonner à un magazine – on joint le chèque au coupon-réponse.
- Pour verser de l’argent à un particulier: on lui envoie le chèque par courrier
- Pour régler sa consultation chez le docteur !
- Pour verser sa cotisation à une mutuelle de santé ou tout autre paiement administratif
- On remet un chèque en caution, lors de la location d’une voiture ou d’un appartement.
…c’est tout ce que j’ai testé pour le moment.
…et comment qu’on fait en Suisse sans chèque?
- On règle ses courses en espèces ou par carte bancaire
- On verse le loyer par prélèvement automatique ou bulletin de versement (voir ci-dessous!)
- On renvoie le coupon pour s’abonner à un magazine, et plus tard, on reçoit un bulletin de versement
- Le particulier à qui on doit de l’argent nous envoie un bulletin de versement
- Le docteur nous envoie par courrier un bulletin de versement
- On nous réclame nos paiements administratifs (impôts, factures d’électricité, etc) via des… bulletins de versement
- Le montant de la caution peut être placé sur un compte en banque spécial lors de la location d’un appartement – on ne pourra retirer l’argent sans l’accord de la gérance.
Après cette séance de teasing, le très attendu…
Le bulletin de versement ou BV, un moyen de paiement ultra courant en Suisse!
Attention, cela n’a rien à voir avec un chèque. En France, quand on réceptionne un chèque, on est content: on a gagné de l’argent! En Suisse, quand un courrier renferme un bulletin de versement, cela signifie qu’on va devoir cracher la monnaie.
En général, on reçoit toutes ses factures (électricité, impôts, médecin, redevance tv,…) sous cette forme, et on les empile avant d’aller les régler au guichet de la poste à la fin du mois. Oui, au pays des banques, les très courants BVs sont l’apanage des services postaux.
Comment remplir un bulletin de versement?
Vous pouvez cliquer sur l’image pour l’agrandir. La partie à gauche est un talon détachable, qu’il faut garder en guise de preuve du paiement. Voilà pourquoi les informations sont à inscrire en double! En 1. « Versement pour », l’adresse du bénéficiaire et son numéro de compte, en 2. « Versement par », l’adresse du payeur. En 3. vous pouvez éventuellement mentionner le motif du versement.
Pas de panique cependant! Je vous montre ici un bulletin vierge, mais lorsqu’on vous envoie une facture, tout est déjà complété. Il n’y a plus qu’à se rendre au guichet postal avec sa carte bancaire ou des espèces sonnantes et trébuchantes. L’employé du bureau de poste tamponnera les zones délimitées par un rond avec son stämpf officiel où figure la date du jour, et vous remettra le talon – qui est, je le rapelle, à conserver précieusement.
À cause de l’absence de BVs en France, j’ai pris mon médecin pour un malotrus!
Les bulletins de versement me manquent d’ailleurs. Mes forfaits français de téléphone portable /natels ont un prélèvement automatique qui se module selon mes dépenses- sur lequel je n’ai pas l’impression d’avoir beaucoup de maîtrise. Je préférais avoir la possibilité de les contester avant d’avoir été prélevée de la somme en question, comme c’était le cas en Suisse!
Une différence notable avec la France, c’est que grâce aux bulletins de versement, on paye plus tard des prestations et produits achetés. On reçoit sa facture quelques temps après avoir été chez le médecin ou s’être abonné à un magazine, ou en même temps qu’on reçoit une commande faite par correspondance.
Lors de ma première consultation chez le médecin, mon nouveau généraliste m’a outrée en me réclamant ses honoraires à peine il avait fini de m’ausculter. Je l’ai pris pour un rapiat lorsqu’il m’a demandé si je payais par chèque!
« Là, tout de suite? Mais, mais… vous n’envoyez pas une facture plus tard? » « Non. Il faut payer maintenant. » Personne n’avait été foutu de m’avertir que c’était le mode opératoire courant en France, alors mon chéquier dormait au chaud au fond de son tiroir douillet. « Et vous acceptez la carte? » « Non. Mais il y a un distributeur en bas de la rue… » Intraitable avec ça!
Encaisser un chèque français en Suisse? Difficile!
Un petit chèque perdu en Suisse…
L’absence de chèques en Suisse m’a aussi posé problème, un jour. Mon futur colocataire français surnommé Kiki (ou plutôt sa mère) m’a envoyé son premier loyer sous forme de chèque, comme caution de sa venue. J’ai erré dans plusieurs banques neuchâteloises sans succès: personne ne pouvait me l’encaisser. La seule solution aurait été d’ouvrir un nouveau compte au Crédit Suisse, qui les acceptait, contrairement à ma propre banque jaune. Alors j’ai fait confiance à Kiki et je lui ai rendu son chèque dès son arrivée. Heureusement, c’était un colocataire honnête et avec ça, boute-en-train!
Voilà. J’espère qu’à présent, vous aussi vous avez apprivoisé les chèques et les bulletins de versements, que vous viviez en Helvétie ou dans l’Hexagone! Avez-vous d’autres anecdotes à partager? Je serais curieuse de savoir comment les Français s’adaptent aux BVs… et les Suisses aux chèques!
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