Nouvelle différence culturelle: le cas de la cantine scolaire entre la Suisse et la France!
« Je préfère manger à la cantine, avec les copains et les copines » chantait Carlos. Eh bien s’il avait été Suisse, il aurait pas pu! Car dans mon pays, la restauration collective est considérée comme un service parascolaire, qui n’est pas mis en place par les écoles et n’existe généralement pas.
[Photo en tête du billet: Un repas équilibré dans une cantine du Val de Marne – Crédit: CG94 photos (CCommons)]
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Voilà encore une différence que j’ai découverte en parlant avec mes amis français. Alors que nous évoquions nos enfances respectives, ils ont été surpris de savoir que je n’ai jamais fréquenté de cantine scolaire en Suisse. Pour la bonne raison qu’aucune de mes écoles ne proposait ce service!
« Mais comment que tu faisais pour manger? » se sont-ils inquiétés. Pas de panique, je vous l’explique plus bas.
Précisons d’abord pour les Suisses qu’en France, les écoles comprennent une cantine, du primaire au lycée. Un réfectoire dans l’enceinte de l’établissement est dédié à la restauration collective. Les enfants et les jeunes ont la possibilité d’y dîner (ou déjeuner en français de l’Hexagone) quotidiennement – ce qui est tout de même vachement pratique quand les parents travaillent. Attention, les enfants ne sont pas obligés d’y aller, il s’agit d’une possibilité pour ceux qui ne peuvent rentrer chez eux.
De nombreuses règles de loi s’appliquent à la restauration en cantine, du tarif des tickets-repas à la composition des menus, en passant par qui doit gérer le dispositif ou faire la vaisselle.
Si j’ai bien compris, les communes ont le droit de déléguer la gestion de la cantine du primaire à une société de restauration. Dans les lycées et les collèges (écoles secondaires) cela peut arriver, mais les repas sont généralement gérés directement par les établissement.
À lire aussi: Comprendre les degrés de l’école française (et les équivalences en Suisse)
Dans l’assiette des écoliers à la cantine
À la cantine! Crédit : CG94 photos (CCommons)
La composition des menus est régie par des règles strictes! Et s’apparente à un casse-tête, pensé nécessaire pour assurer l’équilibre alimentaire de la jeunesse. La loi stipule par exemple que sur 20 repas, au moins 10 doivent proposer des crudités, 8 des fruits crus en dessert, 4 une préparation contenant au moins 70 % de poisson… Et la liste est loin d’être terminée (voir ici)! Verdict: mieux vaut avoir fait des études de math pour réussir à coordonner les menus d’une cantine française.
Et il ne faut pas être frustré ensuite en constatant qu’après avoir concocté des plats équilibrés au prix d’un énorme mal de tête, on retrouve un tiers du contenu des assiettes – surtout ce qui est vert – dans les poubelles. Bien sûr en sortant de table ces sales mioches se plaignent d’avoir encore faim et que la bouffe était dégueu – bande d’ingrats!
… Trêve de plaisanterie: eh bien contrairement à ce que je croyais, avec exception des choux de Bruxelles et des épinards, mes amis français ne sont pas traumatisés par leur expérience de la cantine. Certes, ces trentenaires disent avoir regoûté à certains légumes par la suite, et avoir découvert avec surprise que… finalement c’était bon. Mais ils ont les yeux qui pétillent en se rappelant de ces midis entre amis à inventer des conneries.
Dans les témoignages d’internautes que j’ai pu lire, ce qui revient c’est le dégoût pour les quenelles ou… la langue de boeuf! Quel drôle de plat à servir à des enfants, non?
Sans cantine scolaire en Suisse, comment font les familles?
Pendant ce temps, en Suisse, je goûtais la cuisine de ma chère grand-mère comme mon école n’avait pas prévu de case pour les enfants dont les parents travaillent. Ni au primaire, ni au secondaire!
En Suisse, en effet, les écoles ont pour mission de fournir de quoi nourrir l’Esprit, mais pas l’Estomac. J’imagine aujourd’hui que certains établissements proposent des solutions alimentaires à leurs élèves, mais à l’époque où j’allais à l’école, dans les années 90, cela n’existait pas – en tout cas dans mon village neuchâtelois . J’imagine qu’en pleine ville de Genève, le scénario peut différer. (À vous de me le dire dans les commentaires!)
Doncques, les écoliers de mon village de Marin avaient plusieurs solutions pour se nourrir, malgré l’absence de service de restauration au sein de l’école. Certains avaient une maman femme au foyer et n’avaient pas de problème. (Moi j’avais une grand-mère au foyer pour soutenir mes 2 parents au travail- c’est pareil quoi). Ces cuisinières préparaient le repas de toute la famille: ainsi lorsque les pères rentraient à toute vitesse du boulot pour manger à la maison, le dîner était prêt, et avec un peu de chance les gamins étaient aussi revenus assez vite de leur dernier cours, sans traîner sur le chemin de l’école.
Certains enfants allaient manger chez leurs grands-parents, qui vivaient aussi à Marin ou pas trop loin.
Les autres, dont les parents ne pouvaient rentrer, étaient placés dans un accueil du midi, tenu par une femme du village. Cet accueil n’avait aucun lien avec l’établissement scolaire. Mais elle rendait un fier service à bien des familles!
Voilà comment cela se passait.
Après, au lycée, il y avait bien une petite cafétéria dans mon collège… Mais elle ne servait que des salades, des pizzas, et des croque-monsieurs – et il n’y avait pas de places assises pour tout le monde! Du coup, on rentrait à la maison quand on avait une longue pause de midi, ou on pique-niquait au bord du lac si la météo était clémente. Mais bon, à part les frais de ces pique-niques, pas de problème à signaler, on était assez grands pour se débrouiller!
À lire aussi, d’autres articles sur l’école:
- Les notes françaises vs les notes suisses
- Apprentissage des langues étrangères: on compare le programme!
Ambiance de cantine: ce qu’on a manqué, nous les ptits Suisses
Mes amis français se rappellent avec nostalgie leurs pauses de midi dans le réfectoire. Le grand Jeff se souvient des petits numéros sous les verres à eau, des ustensiles culte des cantines. À sa table, celui qui avait le plus petit chiffre était de corvée pour aller chercher la carafe d’eau pour tout le monde.
Carlos chantait que même si la viande est dure comme du caoutchouc, au moins il est sûr de rigoler un bon coup…à la cantineuh… (vous avez écouté la chanson en haut de page, n’est-ce pas? Elle dit:)
A la maison on ne peut pas manger avec les doigts
C’est défendu de jouer aux billes avec les petits pois
Ce n’est pas marrant d’être à table !
A la cantine on se bagarre avec la confiture
On s’en met plein les mains, plein les habits, plein la figure
Et quand y en a un qui rouspète, on lui fait manger son assiette
Bref, les petits Suisses devraient-ils être tristes d’avoir manqué tout cela? Bah, pour nous consoler, on avait des repas fait maison super bons toute l’année, et on avait tout de même droit à un aperçu de l’ambiance de cantine lors des camps de ski annuels (dont je vous parlais l’an dernier ici).
J’imagine que les expats français venant s’installer en Suisse doivent galérer en recherchant sur internet les tarifs de la cantine de l’école… Hahaha. Les pauvres, quand ils sauront que c’est sûrement parce qu’elle n’existe pas!
Et vous, avez-vous des déboires de cantine à partager? Des souvenirs de lancer de petits pois?
Et en Suisse, vos enfants profitent-ils des services d’une cantine? Où ça?
La cantine, c’est tout de même un service pratique qui fait défaut en Suisse (surtout à l’heure où les mamans ont un job), alors qu’elles sont la norme en France. J’accorde un point mérité à l’Hexagone pour cette fois, de manière tout à fait objective!
Si vous voulez vous cultiver davantage sur les cantines françaises , filez sur ce site.
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