J’avais envie de pousser un petit coup de gueule aujourd’hui… Sur une mauvaise perception de la Suisse à l’étranger. Parfois, notre pays est catalogué comme raciste et fermé vers l’extérieur. Mais à mon sens, les villes suisses offrent un beau mélange culturel!
Evidemment, ce billet reflète ma vision, je connais davantage les villes de Suisse romande, comme Neuchâtel, Lausanne ou Genève, que le fin fond des campagnes alémaniques…
Préjugé 1: Depuis que je vis en France, j’ai été lassée d’entendre des remarques sur la Suisse, laissant entendre qu’on était perçus par beaucoup comme un bastion rempli d’extrême-droites, qui ne voulaient pas accueillir d’étrangers… La faute aux médias français qui se font un plaisir de relayer certaines campagnes choc de l’UDC, le parti le plus à droite de l’échiquier politique helvétique.
Préjugé 2: au Québec, en discutant avec un natif de la Belle-Province, j’ai été choquée d’apprendre que cette personne imaginait la Suisse comme un espèce de royaume aryen, peuplé de blondinets repoussant les étrangers aux frontières – un pays hyper uniforme où le nombre d’étrangers serait très limité. Oups.
Mais ma Suisse à moi, celle où j’ai grandi, ne ressemble pas du tout à cela. Ce type de remarques me choquent donc toujours, car je ne m’attends pas à cette image que peut donner le pays, et qui ne correspond pas du tout à mon expérience et ma vision de la Suisse.
Je vais essayer de casser ces deux idées reçues aujourd’hui… A coups de chiffres déjà.
Les Suisses votent-ils plus à l’extrême-droite que les Français?
Selon cette carte de Libération, datant de mai 2016, l’UDC en Suisse cumule 29,4% des suffrages, ce qui n’est pas beaucoup plus que le Front national en France (27,7%). On tourne autour de 30%, c’est un peu kif kif non? Alors arrêtez, amis francais, de croire que c’est une spécificité de vos voisins!
La Suisse, un pays plein de résidents étrangers!
Selon ces statistiques de 2015, la Suisse est un pays qui compte un très forte proportion d’étrangers installés sur le territoire: 24,6% en 2015. (Voir cette carte interactive sur Swissinfo pour savoir d’où ils sont originaires) Après j’ai bien en tête que les règles strictes pour se naturaliser peuvent peser sur ce chiffre!
On est loin d’un club fermé ou bien?
Pour la France, les statistiques sont détaillées là sur le site de l’Insee. On apprend que 6,4 % des habitants du pays sont de nationalité étrangère, et que 11,6 % des habitants sont nés à l’étranger. Il est toutefois délicat de comparer les chiffres, à cause du droit du sol qui facilite la naturalisation d’étranger de deuxième génération en France.
Les étrangers installés en Suisse et leur langue!
Un autre exemple qui m’a marqué, c’est cette carte, datant déjà de 2010, mais qui indique les différentes langues parlées par les habitants du pays (qui sont souvent bilingues du coup). Il y a plus d’habitants qui parlent espagnol, serbo-croate ou portugais que de locuteurs du romanche (l’obscure quatrième langue suisse)! C’est symbolique mais normal, comme il s’agit d’une langue régionale – comme vous en comptez en France – sauf que celle-ci a réussi à obtenir un statut politique.
Le côté multiculturel du pays saute aux yeux en regardant cette carte!
Carte éditée par l’Office fédéral de la statistique (l’OFS, soit l’équivalent de votre Insee).
Immigrés du sud et réfugiés de l’Est
La Suisse a accueilli beaucoup d’immigrés et de réfugiés, avec particulièrement la main d’œuvre du sud (Italiens, avec un pic dans les 60s, puis Espagnols et Portugais) qui est venue nous prêter main forte, s’est installée et a souvent conservé sa langue familiale. Il existait quand j’étais gamine des écoles « italiennes » ou « espagnoles » où les enfants de ces familles allaient le mercredi après-midi (l’après-midi de congé de l’école obligatoire) pour apprendre à écrire la langue de leur famille – qu’ils parlaient déjà à la maison. J’étais un peu jalouse moi.
Après, la Suisse a aussi une tradition d’accueil de réfugiés. ( Lire cette page sur le site de l’ONU pour en savoir plus)
Suite aux troubles en Yougoslavie, un flux de réfugiés parlant des langues de l’est sont venus s’installer dans le pays notamment. Dans ma classe au primaire, étant gamine, je me souviens que nous avons consécutivement accueilli une petite Angolaise, un Afghan, plusieurs enfants des pays de l’Est… Et j’avais bien sûr des camarades de familles italiennes, espagnoles ou portugaises – fiers de leurs origines.
Autre exemple de ce mélange enrichissant. Quand j’étais étudiante, je vivais dans un quartier populaire de Neuchâtel, il y avait une épicerie chinoise, une épicerie turque et une épicerie indienne, et j’adorais entendre parler portugais, espagnol et plein de langues que je ne reconnaissais pas dans les transports publics.
Bref, je vois ma Suisse, celle des villes, comme un joyeux melting-pot de cultures et de langues!
L’immigration, un sujet sensible en Suisse aussi!
Détournement de mouton par Pierre, peintre inspiré à ses heures et …mon frère accessoirement!
Comme en France, le sujet de l’immigration est sensible. Entre ceux qui pensent que la Suisse n’en fait pas assez pour accueillir des immigrés, et ceux qui pensent qu’elle en fait déjà trop, il y a des débats animés.
Lorsque je suis arrivée en France, je dois avouer que le racisme toléré envers les personnes d’origine maghrébine m’a choquée – dans les conversations – alors que les Français se permettaient de me faire des remarques sur le fait que je venais, d’après eux, « d’un pays raciste ». Je trouvais cela vraiment injuste! Et comme je suis chauvine, cela m’agaçait. (J’avais commencé à rédiger cet article à ce moment, mais… je n’avais pas trouvé le courage de le terminer jusqu’à aujourd’hui.)
J’ai entendu heureusement moins de remarques depuis que les médias français n’ont plus trouvé de campagne choc de l’UDC à relayer (pensez aux moutons, minarets, etc) – mais je crains la prochaine!
Mon but n’est pas du tout de dire que c’est mieux en Suisse, ou qu’on est un exemple, mais bien de montrer que c’est injuste de croire qu’on est un pays fermé, qui vote plus à l’extrême-droite que la France…
Je ne veux pas non plus lancer un débat sur la politique, sujet que j’évite sur le blog parce que tout le monde finit par s’engueuler! Alors, que vous souhaitiez chanter la gloire de l’extrême-droite ou la lyncher, ce n’est pas le bon endroit… Désolée!
Après, si vous avez des remarques sur la perception de la Suisse à l’étranger, les commentaires vous sont grand ouvert!
Dites-nous aussi si vous avez une double-culture et comment vous la vivez, en Suisse ou ailleurs!
[Edit] La discussion est animée sur Facebook et vos témoignages et commentaires font chaud au coeur!
→ À lire aussi sur le blog: Les mystères des langues en Suisse!
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