Il y a peu, on parlait de racisme envers les Français en Suisse sur le blog, car je décortiquais ma lecture de « Bienvenue au Paradis », ce livre de la journaliste toulousaine Marie Maurisse sur la Suisse.
Si le livre ne m’a pas totalement convaincu, il soulève des questions importantes sur l’intégration des Français en Suisse romande. L’auteure y dépeint un point de vue pessimiste sur leur intégration et sur les discriminations auxquelles ils peuvent se heurter. Une réalité qui est celle d’une partie des Français installés en Suisse, mais pas de tous! J’ai eu envie de publier ici vos réactions, piochées sur Facebook, dans les commentaires du blog ou que vous m’avez envoyées par e-mail, pour qu’on ait différents sons de cloche sur cette problématique.
Vous allez voir, les parcours sont aussi variés que les ressentis! La sensibilité de chacun sur le regard des autres, et la chance ou malchance des rencontres jouent aussi un rôle. Comme toujours, réussir à se faire des amis, cela dépend aussi du fait de tomber sur les bonnes personnes!
Au début, je pensais que Marie Maurisse exagérait et qu’elle voyait ce qu’elle voulait bien voir, à savoir du racisme envers les Français… mais en lisant des commentaires haineux sur la page Facebook du blog, des insultes envers la journaliste et des remarques que les « frouzes » n’ont qu’à pas venir en Suisse, j’ai dû me rendre compte que même au sein de notre petit communauté il semblait y avoir des personnes manquant d’ouverture!
Et que je devais reconsidérer les choses… Et je me suis souvenue des pneus crevés de mon coloc français lorsque j’étais étudiante -sa moto s’est retrouvée plusieurs fois à plat – avec ses plaques françaises…
Alors oui, je crois que Marie Maurisse a mis le doigt sur quelque chose que personnellement je n’avais pas envie de croire ou de voir – mais qui n’est toutefois pas la norme en Suisse (pas autour de moi en tout cas)! En passant quelques jours à Lausanne la semaine dernière, et en discutant avec des gens, j’ai aussi ressenti une méfiance de certains Romands face à « l’invasion » de Français venus travailler sur les rives du Léman côté helvétique. Aïe, aïe, de quoi mettre mal à l’aise quand on vient de l’Hexagone! Peut-être parce que certains expatriés n’ont pas lu les conseils de David Talerman à ses compatriotes pour être bien accepté en Suisse? :P J’imagine aussi que la situation est particulièrement tendue dans le secteur de la Riviera, et dans les zones frontalières, moins ailleurs (vous ne pensez pas?)
Témoignages de Français installés en Suisse
Note * Merci à tous ceux qui ont partagé leur expérience d’intégration le temps d’un commentaire ou d’un e-mail! Histoire d’anonymiser les témoignages, j‘ai attribué des noms d’emprunt aléatoirement & par ordre alphabétique aux témoins. J’ai fait attention d’en choisir de jolis et j’espère qu’ils leur plairont. (D’habitude je choisis des pseudos hyper bizarres mais j’avais peur que quelqu’un se vexe, et comme pour une fois on traite un thème sérieux cela semblait inopportun).
Voilà je vous laisse la parole!
« Je ne l’ai pas encore lu ce livre, mais vais le faire. Cela fait bientôt 30 ans que je suis en Suisse, mariée à un Suisse, mes enfants suisses et pourtant je ressens toujours un certain mépris envers les Français. » Anne*
« En cours de lecture intriguée par toute cette polémique. Auvergnate installée en Valais depuis bientôt 30 ans, Ça m’interpelle qu’on puisse parler de racisme anti-français, la Suisse ayant une longue tradition d’accueil. Les « râleurs » ont-ils joué la carte de l’intégration et ont-ils fait les efforts nécessaires pour s’adapter ? » Béatrice*
L’alpinisme, une voie conviviale!
« Chacun apporte son expérience sur le sujet alors je vais faire de même. Je suis Français, j’habite en France et je connais des Suisses romands en majorité via le Club Alpin Suisse. Au début, les Suisses qui ne me connaissaient pas me demandaient pourquoi je n’étais pas plutôt allé dans le Club Alpin Français. Alors je leur ai expliqué que j’aime beaucoup la Suisse… J’essaye de toujours respecter au maximum leur culture et les différences linguistiques (par exemple en disant septante ou nonante, natel etc…)… Depuis 3 ans, je n’ai jamais eu aucun cas de racisme envers moi, tout au contraire. Je connais un couple de Suisses alémaniques et j’ai aussi de très bonnes relations avec eux. J’ai juste envie de dire, il y a des cons partout mais ce n’est pas pour ça qu’il faut en faire une généralité… à moins que je ne sois tombé sur les Suisses les plus gentils du pays ? » Cédric*
Dur, dur de s’intégrer en Suisse et de supporter certaines allusions!
« J’habite dans une partie romande en plein centre de la suisse et si je travaille avec des expats, mon copain, lui travaille avec des suisses. Il a le contact facile et a rejoint plusieurs clubs/associations, mais si je lui pose la question sur son statut de Français parmi des Suisses, oui, c’est effectivement très difficile pour lui de devoir entendre des remarques à longueur de journées (sur les frontaliers, mais aussi les Français en général). Je sépare les autres étrangers du lot exprès parce qu’où j’habite il y a beaucoup de portugais et d’albanais, mais les critiques sont différentes. Il a plusieurs collègues dont il est proche et qui commencent seulement après 3 ans à comprendre que non, le fait d’être expatrié n’est pas quelque chose de facile, que nous ne sommes pas là pour l’argent. Perso, je gagne d’ailleurs autant qu’en France.
Pour ma part, je suis très amie avec des Portugais, des Français aussi (normalement je n’aime pas trop rester avec des gens de chez moi) ou des personnes de partout ailleurs mais il y a cette barrière invisible avec les Suisses, qui ont leur vie, leurs habitudes et je trouve difficile d’y accéder. Mais c’est aussi probablement une question d’âge (au mien, beaucoup se marient, ont des enfants, ce n’est pas forcément l’âge où on veut rencontrer des personnes!) En tout cas, après le Canada, Paris, puis la Serbie je ne me suis jamais aussi sentie étrangère, et seule ! Le problème de l’intégration individuelle est à séparer de l’intégration collective.
Une Marseillaise sous le soleil de Neuchâtel
À nous, les Suisses, de dire non aux remarques insidieuses!
Un commentaire d’une Suissesse pour clore ce billet!
« Pour ce qui est du racisme anti-français, j’ai le sentiment, là où je vis, soit dans une zone frontalière (La Chaux de Fonds), qu’il existe et s’aggrave avec la crise. Il touche certes d’abord les travailleurs frontaliers, mais pas seulement. Insidieusement, il tend à se généraliser. C’est triste et c’est aussi à nous de remettre l’église au milieu du village (ou la fumée au milieu de la torée) quand des gens que nous connaissons tiennent ce genre de propos. » *Florence
Alors les Suisses, est-ce qu’on lance une opération: « invitez un Français à souper » pour qu’ils se sentent mieux accueillis dans notre pays? C’est une idée à creuser non!
On ne s’en rend pas forcément compte en étant dans son pays, mais nous sommes tous des ambassadeurs de la Suisse auprès des touristes et des expatriés! Bon, bien sûr, personnellement j’adore rencontrer des gens d’autres cultures alors ce n’est pas un effort que je fais de mauvaise grâce :) De l’autre côté de la frontière, j’aime parler de mon pays aux Français mais aussi aux étrangers que je rencontre ici (voilà c’est comme ça que je me retrouve à inviter des Japonais à la maison autour d’une fondue moitié moitié haha).
Amis français, si vous avez envie de témoigner sur votre intégration ou sur les discriminations auxquelles vous avez pu faire face en Suisse, n’hésitez pas à m’envoyer un mail ou à commenter ci-dessous! Je pourrai rajouter votre expérience…
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