Le parisianocentrisme m’énerve! Vaste sujet, qui mérite un petit coup de gueule… inspiré par le célèbre jeu de plateau. En imaginant bien que beaucoup de Français ne vont pas forcément comprendre mon point de vue – mais tant pis!
Je me souviens que j’ai été extrêmement déçue en faisant ma première partie de Monopoly en France! Bien sûr, je savais que le plateau de jeu et les lieux ne seraient pas les mêmes que dans ma version helvétique, qui commence à Coire, dans les Grisons, et se termine à Zurich Paradeplatz.
J’espérais faire un tour de France durant le jeu, de la même façon que le Monopoly de mon enfance permet de traverser de façon imaginaire différentes places et rues emblématiques de plusieurs villes suisses!
Eh bien perdu! Le Monopoly classique et collector que mon Français a sorti de l’armoire familiale de jeux… comportait uniquement les rues de Paris: alors, vous voulez acheter quoi? La rue de la Paix, les Champs-Elysées, ou le boulevard de Belleville? Quel ennui pour moi qui suis plus attachée à la diversité des villes françaises qu’à la capitale!
Ça, c’est le Monopoly suisse, nouvelle version. Les cases du mien sont nommées d’après des places ou rues de différentes villes, comme Zurich, Lausanne, Thoune, ou même Neuchâtel avec la Place Pury (fierté!) Un jour je vous le montrerai en photos peut-être.
Le cas du Monopoly m’a mis la puce à l’oreille sur l’importance et le poids de Paris pour la France – même si ce n’est pas le meilleur exemple de parisianocentrisme, puisque ce jeu de capitalistes est américain à la base.
J’ai ensuite appris en cherchant sur internet que depuis 2007, il existe une édition spéciale du jeu, plus équitable pour le reste du pays. Le « Monopoly France » s’arrête dans 22 villes de l’Hexagone, choisies sur l’avis des internautes. On y retrouve Nancy et Montpellier, mais Paris est cette fois totalement exclue (pourquoi?)! La liste complète est à retrouver ici sur le site « Monopolipedia ». En plus, il semble exister une liste impressionnante de versions régionales et sur des villes, dont une sur la Lorraine par exemple. Ouf! Me voilà rassurée.
Mais dans votre armoire, vous avez quelle version du Monopoly vous alors? J’aimerais bien savoir quelles sont les plus courantes!
Marre du parisianocentrisme!
Paris est… à l’autre bout du pays vu de Montpellier.
Vous l’avez compris, ce cas du Monopoly m’a choquée, mais ne fait que souligner le phénomène du parisianocentrisme très présent en France, et qui ne manquera pas d’étonner les Suisses!
En arrivant en France à Montpellier, j’ai eu du mal à comprendre la fascination pour Paris – cette capitale qui me semblait si lointaine (voir carte gribouillée ci-contre). Par exemple on ne parle que d’adresses parisiennes dans les magazines féminins, basés à Paris certes mais vendus dans tout le pays (et en Suisse aussi d’ailleurs!). Je me serais attendue à trouver des grandes villes régionales mises en avant, comme Marseille ou Toulouse. Mais non!
J’ai compris avec stupeur que c’était simplement parce que les médias nationaux sont presque tous basés à Paris… Tout comme les musées, les entreprises et les artistes! Cette concentration à Paris donne l’illusion que le reste de la France – nommé la « province » – vaut moins que la capitale et qu’il s’y passe moins de choses! Pourtant les villes de Province sont bien animées elles aussi…
J’ai même entendu des habitants du Sud – même pas musiciens – dire que pour réussir dans la vie, ou dans leur branche, il fallait monter à Paris. Un mélange de prestige, d’avis que dans le Sud, le travail est quand même fait moins sérieusement (si, si, on m’a dit ça!), et de question économique.
Je crois que je préfère rater ma carrière de journaliste en province que de vivre agglutinée dans le métro et me saigner pour le loyer d’un 40 m2. Même si la concentration de musées est tentante…
Bref, il n’y en a que pour Paris par ci, Paris par là… Et le reste du pays alors, la Province comme on l’appelle, elle compte pour du beurre? Rien que le fait qu’il existe un MOT pour désigner tout ce qui n’est pas dans la capitale m’avait beaucoup amusée… Maintenant je trouve plutôt cela effrayant.
Quel est le rapport entre Plouhinec et Lyon, entre Nice et Saint Bauzille le Putois? Oui, oui, leur point commun c’est de ne pas être à Paris! Pffff…
Finalement, la Province, c’est la France non?
Alors quand les Dom-Tom râlent car ils se sentent exclus, j’ai envie de leur dire que pour eux c’est vraiment pas gagné…
Et en Suisse?
Je vous ai aussi gribouillé une petite carte suisse pour ceux qui ne situent pas ces trois-là!
Cette dichotomie capitale-province m’a surprise et me chagrine, c’est mon avis de Suissesse, qui vient d’un pays morcelé en 26 cantons qui sont chacun convaincu d’être le centre du monde de la Confédération :) Ou presque.
À notre petite échelle, tout cela me semble bien différent. Déjà, le poids est chez nous divisé entre différentes villes qui tirent la couverture à elles. Par exemple Berne est la capitale politique, mais Zurich et Genève, « capitales » économique et internationale, sont même plus connues. Levez le doigt si vous venez d’apprendre que la vraie capitale de la Suisse c’était pas Genève mais Berne!
Les villes moins importantes que ce trio là hébergent aussi des musées ou événements culturels d’envergure. Si, si, les Suisses, vous êtes super gâtés côté musées & festivals, et vous ne vous en rendez même pas compte de votre chance sapridiou!
Mais bon, on constate quand même en Suisse romande un phénomène de « lémanocentrisme« . La télé et la radio suisse en langue française sont basées à Lausanne et Genève, deux villes au bord du lac Léman (d’où le terme lémanocentrisme) – et s’intéressent en priorité à ce qui se passe autour d’eux, et moins aux cantons périphériques! Même s’ils ont des bureaux dans les différents cantons. Pour dire, je ne veux pas hisser la Suisse en exemple mais vous expliquer en quoi c’est différent!
Les trucs qui me rendent dingue en France #parisianocentrisme
- Quand on parle d’un événement sans préciser le lieu, c’est que… cela se passe à Paris! Même pas besoin d’indiquer la ville sur ton communiqué de presse, message sur Facebook, site web si c’est dans la capitale. >:/
- J’imagine les petits Bordelais ou Bretons acheter des rues de la capitale parisienne au Monopoly. Pfff!
- Les pages des magazines féminins avec des adresses 100% parisiennes
- Les gens qui te demandent quand tu « remontes à Paris », comme si c’était normal d’y faire un ou plusieurs pèlerinages annuels.
- Le fait de devoir aller à Paris pour prendre l’avion à l’international – dans un pays aussi grand, on pourrait avoir plusieurs vrais aéroports non? Rien qu’en Suisse on en a déjà deux, avec Cointrin et Kloten! Il y a bien les aéroports de Lyon et Marseille, mais je vous arrête tout de suite: ils n’offrent pas de destination vers le Japon par exemple. Ou New-York. Je viens de regarder sur leurs sites. Mais on peut filer à Montréal, ouf!
- Le fait que les voies de chemin de fer convergent vers Paris, et qu’il faut souvent faire un détour par la capitale pour se rendre à un autre point de la France. Grrr!
Voilà, j’ai fini de râler! Et vous, vous en pensez quoi? Le parisianocentrisme vous agace-t-il aussi?
Votre Monopoly, il se passe à Paris ou vous avez une autre édition? (je fais une fixette là-dessus eh oui)
Et qui milite avec moi pour l’abolition du mot « province »?
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