Au Québec, ils ne comptent pas tout à fait comme nous. Ils utilisent gaiement Fahrenheit et degrés Celsius, les jeunes vous parlent en mètres et les vieux en pieds, et tous s’étonnent de la manie des Européens à mesurer les ingrédients des recettes de cuisine en grammes. Comment on s’y retrouve dans ce méli-mélo?
Eh bien en tant qu’expat suisse paresseuse habituée au seul système métrique, je ne m’y retrouve pas. Sauf en ce qui concerne la pâtisserie où j’ai allégrement troqué ma balance contre des cups et des teaspoons (photo ci-dessus)(et plus bas). En jetant un dernier coup d’oeil à cet article, je remarque que ma nouvelle passion pour les tasses et cuillères à mesurer se laisse deviner dans le choix des illustrations… ahem!
Pour le reste des mesures, je fais semblant de comprendre ce que disent les gens. Quand je lis la carte de ma micro-brasserie préférée, je compare les contenances des verres indiquées en oz pour déduire quel est le format moyen. Si le serveur me propose une chopine, j’acquiesce poliment. Quand un Québécois s’exclame sur la météo en Fahrenheits, j’improvise. S’il me parle de la taille en pieds d’un orignal croisé dans la nature, je fais semblant d’être impressionnée sans réussir à retranscrire mentalement cette donnée en bons vieux centimètres. « Tu te rends-tu compte, il faisait plus de 6 pieds au garrot! » « Ah bon? Oh la la, ça doit être impressionnant »… Quand un ami m’explique qu’il pèse 200 livres, je ne parviens pas à estimer ce que cela veut vraiment dire. Et j’en passe!
→ Retrouvez ici toutes nos surprises lors de notre vie à Montréal
Deux systèmes de mesures en parallèle
Or le système de mesures au Québec n’est pas exclusivement anglo-saxon. Plutôt que de choisir entre système métrique et impérial, les Canadiens utilisent en fait… les deux!
Du côté des unités de mesures, c’est pas bien homogène le Canada! Le cœur des habitants balance entre le système métrique et impérial (nom officiel du système de mesures anglo-saxon). Encore un héritage de ces sacrés Anglais! Et plutôt que de trancher, Canadiens anglophones comme fiers Québécois utilisent les deux.
Je vous laisse une seconde pour imaginer ce que ça donne concrètement, un pays où deux systèmes si différents sont en concurrence.
Certains Québécois que j’ai rencontrés parlent en mètres, d’autres en pieds. La température de l’air est en Celsius, celle de l’eau plutôt en Fahrenheit. Rassurez-vous, par contre, les limitations de vitesses sont indiquées en kilomètres à l’heure sur les panneaux. J’ai eu la présence d’esprit de m’enquérir de cela avant de démarrer lors de notre départ pour la Mauricie en voiture de location – parce que le cadran de vitesse indiquait les deux, km/h et mph. Mon four aussi est bilingue: il parle en degrés Celsius et Fahrenheit – ce qui est bien pratique.
Si les Québécois utilisent les deux systèmes métriques mélangés, il devrait y avoir un fossé entre jeunes et vieux… En théorie, les moins de 35 ans ont appris le système métrique à l’école, et les plus de 50 ans sont plutôt attachés à l’ancien système!
[Précision le 23.09!] Or, en pratique, des graphistes opérant à Montréal dans des équipes jeunes m’ont dit avoir bien du mal à travailler… en pouces! Comme quoi cela reste flou! Si vous avez d’autres témoignages, n’hésitez pas à nous laisser un commentaire!
Tentative de simplification
Dans les années 70, lorsque le Canada a tenté de remplacer les mesures impériales par le système métrique – et l’a inscrit au programme de certaines écoles, de savantes conversions ont été proposées pour passer des pieds aux mètres (longueur), ou pieds carrés en mètres carrés (surfaces), des onces et pintes en litres (volume), des livres en kilos (poids) et des F° en C° (température). Or certains Canadiens ont résisté à la modernité et voulu conserver les mesures « impériales » auxquelles ils étaient habitués. Du coup dans les années 80, le gouvernement a fait des concessions et marche-arrière. Les autorités ont décrété un moratoire sur l’usage du système métrique dans le pays. Depuis, c’est le bordel, si vous voulez mon avis. M’enfin, j’imagine que les résidents permanents du Québec et du Canada ont appris à jongler entre les deux, et que je n’ai qu’à m’adapter!
Le vocabulaire des mesures impériales en français du QUébec
Autre point amusant, les mesures impériales ont leurs noms en bon français. Les miles sont des milles, les pintes québécoises (quart en anglais) ne sont pas équivalentes aux pints (Ce serait trop simple) mais valent environ un litre. Les pints anglo-saxonnes, proches des 1/2 litres, sont plutôt traduites sous le joli nom de chopine. Or cela vaut pour les liquides dans l’absolu. Dans les bars montréalais, une pinte de bière est par contre un grand verre proche du demi-litre. Vous n’avez rien compris? C’est pas grave, je ferai peut-être un « guide du bar québécois » un de ces quatre, sur le modèle du guide du bar français pour les Suisses.
Si vous êtes pris d’une folie convertisseuse, ce site dédié aux expats montréalais propose des outils très pratiques pour traduire pieds carrés, gallons ou chopines en mesures plus compréhensibles pour les cousins européens.
Et si les mystères du système de mesures québécois vous fascinent, je vous conseille de creuser le sujet en lisant ce très bon article sur Fredak.com. D’après l’auteur, les Québécois connaissent plutôt leur taille en pieds et leur poids en livres, alors que sur leurs documents d’identité tout est indiqué en centimètres et kilos.
L’usage courant et le système officiel sont en décalage, et cela crée un joyeux méli-mélo.
Bon alors, amis québécois, comment vous faites-vous donc pour vous dépêtrer? Surtout que le système métrique fonctionne sur une base 10 très pratique, alors que du côté impérial, les pieds sont en base 12! Êtes-vous passés pro de la conversion de tête? Parlez-vous couramment système métrique et système impérial? J’attends vos témoignages dans les commentaires si le cœur vous en dit!
La magie des cups dans les recettes québécoises
Au diable la balance de cuisine!
{Parenthèse pour les gourmands}
Au Québec, les gens s’étonnent de la manie des Européens à vouloir mesurer les ingrédients des recettes de cuisine en grammes, avec une balance (hou les maniaques!). Ils trouvent cela étrangement zélé. Et compliqué. C’est drôle, parce que pour nous autres, c’est juste la routine, rien de plus banal.
Avant de prendre possession de l’appartement meublé et plein d’ustensiles de cuisine (dont une machine à pop-corn!) de ma gentille sur-locataire, je ne connaissais même pas l’existence des tasses à mesurer.
Ces contenants en plastiques permettent de faire la cuisine, car les mesures dans les recettes impériales américaines ou canadiennes sont indiquées en « cups », « 1/2 cups », « tablespoon », « teaspoon » etc. Ce qui se traduit en français par tasse, cuillère à table, cuillère à thé.
À titre d’exemple, voici ma collection flashy, digne d’une dînette de petite fille. Bon, il existe aussi des ustensiles en métal, en plastique noir ou même… sous forme de poupées russes.
Dans l’ordre de cet arc-en-ciel: 1/4 de teaspoon – 1/2 teaspoon- 1 teaspoon – 1/2 tablespoon – 1 tablespoon
Une recette de confiture: lost in translation entre France et Québec
Anecdote amusante: Il y a une semaine, j’ai passé deux nuits chez Micheline, Québécoise pur sucre, dans une maison d’hôte à Charlevoix. On a bien discuté du Québec et de nos différences, c’était très sympa.
Elle allait envoyer sa recette de confiture ananas – fruit de la passion (par poste) à une touriste française avec qui elle avait sympathisé autour du petit-déjeuner. « Mais alors, vous n’avez pas de tasses à mesurer en France? Et comment elle va faire pour la recette? » s’inquiète-t-elle suite à mes révélations.
« Oh, on trouve des correspondances sur internet, ne t’en fais pas,* je la rassure. « Ah, ou elle n’a qu’à utiliser des tasses à thé, pour finir, c’est une tasse de sucre et une tasse de fruits. Et après ajouter un sachet de jello. » « Heu…du quoi? »
« Mais du jello. Quoi, vous n’avez pas ça en France? C’est de la gélatine avec saveur de fruit. » « Jamais entendu parler. Mais on a de la gélatine tout court. » « Oh…mais la recette va pas marcher, il faut le mélange des fruits! »
Pour régler le problème, Micheline a pris le parti d’envoyer un sachet de cette étrange mixture avec la recette. Elle est ressortie de sa cuisine un brin inquiète deux secondes plus tard, une conserve à la main, pour nous demander: « Et des ananas en boîte? Vous avez des ananas en boîte en Europe? Parce que ça, c’est un peu lourd à envoyer! »
[Info pour les Québécois: oui, on a des ananas en France comme en Suisse. Mais pas de colibris, de têtes de violons ou d’avocats gros comme des mangues.]
Conversions des cups pour pâtisser en France
Je termine en vous laissant en tête à tête avec mon utile tableau de conversion en cups, inscrit sur un post-it et judicieusement collé sur le frigo.
1 cup ou tasse =
1/4 de litre
~ 100 grammes de farine
225 grammes de beurre
200 grammes de riz
Vous pouvez retrouver des tableaux de conversion plus complets et précis (liquides, solides, températures) sur ce site de recettes québécoises.
En bas de leur page, il y a un très utile lexique de denrées alimentaires français-québécois. Si j’avais su ce qu’il y avait dans mon bocal en plastique jaune de « poudre à pâte magique« , je n’aurais pas acheté un lot de sachets de levure chimique supplémentaires en préparant une recette utilisant cette nomenclature… Puisque semble-t-il que c’est pareil!
Aux Québécois ou expatriés dans la Belle-Province: êtes-vous à l’aise avec les deux systèmes de mesures? Et parmi les habitants du Vieux-Continent, qui a adopté les tasses à mesurer, hein? Je vous jure que c’est pratique avec le livre de cuisine assorti.
15 commentaires