Les méandres de l’administration française, épisode 1 –
À la Préfecture de Montpellier, ils ne voient pas des Helvètes tous les jours. La Suisse ne figure sur aucun formulaire, même sur la liste des exceptions. La Suisse n’existe donc pas? Si! Les employés sont persuadés qu’elle fait partie de l’Union européenne. J’ai dû les détromper.
Autant ne pas vous le cacher, je n’ai que peu de patience face aux “problèmes administratifs”, une expression que je considère d’ailleurs comme un pléonasme. Lorsque j’ai sauté à pieds-joints la frontière ouest de la Suisse pour m’établir dans l’Hexagone, j’étais cependant pleine de bonnes résolutions. Je m’étais dotée d’une arme qui me procurait une grande force mentale: un guide d’expatriation.
Sobrement intitulé “J’aimerais aller vivre en France” (Georg éditeur, auteur C. Prélaz), l’utile et rassurant bouquin, que je parcourus fébrilement les semaines avant mon départ, me laissait entendre une chose: J’avais le droit à un séjour de trois mois, après quoi je devais demander une autorisation de séjour. Une telle autorisation me serait aussi indispensable pour être engagée par un potentiel employeur.
Le fait que mon manuel ait été imprimé en 2002 m’échappa sur l’instant. Je commençai donc mes démarches par une visite à la Préfecture, qui pourrait me délivrer ce sésame. Son joli bâtiment se trouvait en plein centre-ville piéton, à dix minutes à pied de mon domicile.
La course au visa
Une file d’attente encadrait le bâtiment de la Préfecture. Plus d’une cinquantaine de personnes attendaient leur tour. Inquiète, je demandai conseil au gardien armé à l’entrée. Il m’expliqua que ces gens courraient après une autorisation de séjour. Il y avait tellement d’immigrés qui souhaitaient en faire la demande que la Préfecture distribuait un nombre limité de tickets permettant d’atteindre les guichets. “La machine distribue chaque matin à 8h cent billets avec une heure de rendez-vous. Tout le monde est déjà là en rang à 7h. Il faut de la perspicacité pour y arriver. Je vous conseille de venir le plus tôt possible.” Devant mon air découragé, il ajouta:
-Vous venez d’où?
-De Suisse.
-Mais alors, vous êtes dans l’Union européenne! Pas besoin de faire la queue!
-Pardon, mais la Suisse n’est pas dans l’UE.
-Ah bon?!! (Il était fort étonné)
La Suisse, invisible, insignifiante, sur aucun formulaire
Il me poussa néanmoins à me rendre directement au guichet européen, histoire de m’enquérir d’éventuelles conditions facilitées pour obtenir un titre de séjour. Le formulaire qu’on me tendit à l’accueil ne mentionnait la Suisse nulle part. Il était valable pour les pays de l’UE, et quelques exceptions dont la Norvège. Aucune mention de la Suisse. L’employé se gratta la tête. Il me conseilla de passer dans un bureau.
J’attendis donc mon tour, et une femme très cordiale me renseigna après quelques recherches sur son ordinateur. “Ah oui, alors la Suisse… C’est bon, pas besoin de titre de séjour.” “Pourtant elle n’est pas dans la liste sur votre formulaire? Et elle ne figure nulle part sur votre site internet non plus.” “Elle n’y est pas? Montrez-moi cette feuille? On devrait l’ajouter alors… Je vous laisse partir, vous n’avez pas besoin de faire de démarche.” “Même pour travailler?” “Même. Bonne journée”.
J’étais ravie de ne pas devoir me battre dans cette longue file d’attente, grâce aux accords de Schengen entrés en vigueur en 2008. Voilà quand même comment perdre une matinée entière inutilement. Malheureusement, il ne s’agit pas de ma première et dernière démarche dans le vent. Mon prochain objectif pour prendre l’administration par les cornes était de me rendre au contrôle des habitants…
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