Sortez votre cor des Alpes et entraînez votre yoddle: le Premier août, les Suisses vont célébrer leur fête nationale. Avec des lampions et des feux d’artifices, mais sans défilé militaire.
Je vous dévoile cette semaine le déroulement de notre fête nationale suisse. Je suis sûre que vous rêviez de savoir comment on la célèbre dans notre petit pays…
Je vous ai fait marcher – le yoddle et le cor des Alpes ne sont pas obligatoires! Par contre les lampions et les feux d’artifices, oui. Et secouer un petit drapeau suisse pour l’occasion, cela ne fait pas de mal.
Avant toute chose, apprenez que le 1er août commémore symboliquement la signature du pacte fédéral, une alliance conclue par les représentants des trois cantons primitifs : Uri, Schwytz et Nidwald. Attention, on parle de cantons primitifs parce que ce sont les fondateurs de l’entité suisse – pas parce qu’ils sont arriérés ou portent des pagnes.
La fête nationale suisse dans ma commune
Vous vous demandez peut-être à quoi ressemblent les festivités. Eh bien, les villages et villes de Suisse organisent des feux d’artifice, il y a des stands où se requinquer, on s’assied sur ces bancs typiques des fêtes de village où on ne peut plus se relever une fois bien entouré, et on tape la discute sur le fond sonore d’un orchestre plus ou moins folklo.
Dans ma petite commune de Marin, quand j’étais gamine, le village se réunissait autour d’un terrain de football le 31 juillet au soir, au lieu (célèbre) appelé la Tène. L’astuce, c’est que la ville de Neuchâtel organisait de son côté un plus gros feu d’artifice le 1er août. Les villageois pouvaient ainsi célébrer le 31 dans leur commune, et le 1er en ville. Histoire de voir leurs impôts transformés en feu-follets deux fois. Deux fêtes nationales pour le prix d’une, deux! Qui dit mieux?
Les lampions
Au programme dans le village: dès que la nuit tombe, un cortège de lampions se mettait en marche. Menés par un adulte brandissant un flambeau, nous marchions accompagnés de nos parents en tenant nos lampions au bout de leur bâton. Il fallait faire attention à ne pas éteindre la bougie d’un geste brusque! C’était follement amusant et féérique, comme ne le montre pas cette vidéo.
Je regrette de ne pas avoir vu l’ombre d’un lampion orné du drapeau de la France lors du 14 juillet. Ces accessoires ne sont pas au programme de la fête nationale française. C’était pourtant le clou de la soirée pour moi, quand j’avais 6 ans. Que j’aimais me balader avec mon lampion, décoré d’un soleil, de croix suisses ou de biens d’autres motifs!
L’hymne national – les cinq minutes de l’ennui
Un orchestre jouait des airs d’accordéon. C’était bien la seule fois dans l’année qu’on en écoutait! À un moment de la soirée, le Président de Commune (c’est ainsi que nous appelons nos maires dans le canton de Neuchâtel) ou un autre représentant faisait un discours. L’orchestre enchaînait avec l’hymne suisse, lent et ennuyeux. Comment ça, vous ne vous en rappelez pas? Voilà de quoi vous rafraîchir la mémoire: une version karaoké!
Zzzzzzz… Bref, arrêtez ça! Enfants, nous bâillions en regrettant d’avoir un hymne aussi peu jovial, comparé aux Français ou aux Boliviens. Pfff. Je crois qu’il faudrait relever le tempo et envisager une version plus rock’n’roll. On ne peut pas continuer comme ça!
En plus, à côté de cet ennuyeux cantique bondieusard (qui existe dans les 4 langues nationales!), on a de superbes hymnes cantonaux, comme l’hymne neuchâtelois ou la Rauracienne (l’hymne jurassien). Voilà qui donne un regain d »énergie patriotique – plutôt qu’envie de se tirer une balle.
J’ai mis la main sur 2 vidéos de ces chansons. Ce sont les meilleures circulant sur internet.
L’hymne jurassien (en version kitsch)
L’hymne neuchâtelois (gueulé par des enfants – que c’est mignon!)
Je ne connais pas les hymnes des autres cantons – mais j’aime beaucoup des deux-là.
[Fin de la parenthèse anthémique.]
Le feu d’artifice
Venait ensuite le moment tant attendu où nous regardions les feux d’artifice tirés depuis le terrain de football… Après chaque explosion, le public faisait « Oooooh » ou « Aaaaaah ». De temps en temps un boute-en-train lançait un « Oh la belle rouge! » qui ajoutait à la bonne humeur ambiante.
Et j’étais très fière car mon papa participait au lancer de ces bouquets colorés.
Après, l’orchestre jouait des valses et les citoyens dansaient, buvaient… Le 1er août étant un jour de congé, on pouvait faire la fête! C’était un moment très convivial. Même en pleine adolescence, après avoir dû à regret abandonner l’idée de me balader avec un lampion, je ne ratais pas les feux du 31 dans ma commune ou dans celle de mes amis. C’était l’occasion de partager une bonne tranche de rigolade! Bon, maintenant, dix ans plus tard, je suis blasée, bien sûr.
Avant de partir, on jetait un coup d’œil au grand feu de joie qui illuminait un coin du terrain de foot et brillait rouge dans la nuit et on craquait nos dernières allumettes de Bengale en se brûlant les doigts.
Le 1er août bis, à la ville
Le lendemain, pour le 1er août, il était temps de refêter l’événement à Neuchâtel, pour voir un plus grand feu d’artifice. Les fusées étaient tirées depuis des barges sur le lac. Il suffisait de trouver un coin où se poser sur les berges bondées pour pouvoir les admirer. En prime, on pouvait apercevoir de loin les feux de nos voisins de l’autre côté du lac de Neuchâtel.
Enfin, vous connaissez quoi, en France aussi, vous avez droit à un feu d’artifice pour le 14 juillet, jour qui commémore la prise de la Bastille.
Aux armes citoyens!
Une remarque sur la Fête nationale française: L’élément qui m’a surpris, c’est votre défilé militaire! Les familles se pressent derrière leur petit écran pour voir défiler les corps d’armée durant des heures (j’ai tenu 35 secondes avant de m’ennuyer).
Nous n’avons pas de tanks qui circulent pour glorifier l’amour de notre pays, en Suisse. Enfin, un Français m’a dit « Oui, vous, vous préférez célébrer des trucs cucul dans votre hymne, comme les montagnes. » Je tairai son nom pour lui éviter des représailles – mais je ne vois pas ce qu’il y a de cucul à encenser nos beaux paysages – plutôt ça qu’entonner joyeusement un chant guerrier, non mais!
Le Serment du Grütli
Avant de vous laisser, je dois vous dire que, ce que la télé suisse retransmet, le clou de la fête, c’est l’allocution du Président de la Confédération. (En ce moment, c’est Ueli Maurer.)
Un discours patriotique et optimiste prononcé sous la pluie, qui parle de liberté, de prospérité, de jalousie (des autres), de fierté, des origines, d’indépendance, de notre cas à part… Ah, j’ai la larme à l’oeil.
Ne vous moquez pas de l’accent de Ueli: c’est simplement un accent suisse-allemand. Et comme beaucoup de politiciens germanophones, il a le mérite d’être plurilingue.
Il y a une dernière chose que vous devez savoir: the Place to Be pour le premier août, c’est la mythique Plaine du Grütli, symbole de la fondation de la Suisse. Certaines années, des extrémistes de droite trop enthousiastes ont cependant gâché la fête. Et moi je n’y ai jamais mis les pieds!
1er août
J’espère que tous les Suisses, expatriés ou les deux pieds sur le sol helvétique, ont bien célébré cette fête en 2013! Pour ma part, j’étais en bonne compagnie à une soirée « blogueurs » à Montpellier, mais une fois de retour dans mon antre, j’ai bu du Rimuss, chanté la première phrase de l’hymne suisse et regardé brûler une bougie suisse sur mon balcon, dans la nuit, à défaut de feux d’artifice. Depuis que je suis expat, ce jour de fête nationale revêt une importance particulière. Il commémore en effet le jour de mon départ: voilà 3 ans que je vis au Sud de la France, c’est officiel!
Cette année, je le fêterai à Montréal, chez des amis expats suisses :) J’ai hâte!
Et vous alors, vous détestez aussi l’hymne national? Achetez-vous des lampions à vos enfants? Avec quels motifs?
Et si vous faites partie de la cinquième Suisse (ceux de l’étranger), que faites-vous pour le 1er août?
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