J’ai testé le cervelas alsacien

Publié le 17 novembre 2012 | Par kantutita | Bienvenue en Suisse, Expat en France, Gastronomie, Gastronomie française

Verdict: le cervelas alsacien est un usurpateur qui a le goût de saucisse de Lyon. Quoi?! Nous percerons son mystère… Une déception, car je croyais avoir trouvé un cervelas suisse, spécialité de mon pays, à Carrefour. Je me permets une petite ode à cet emblème helvétique.

Tout a commencé suite à mon article sur les courses en France [La Chasse aux Biberlis]: un lecteur m’informait que je me trompais et qu’on trouvait du cervelas en France comme en Angleterre! Très sceptique, je n’y ai pas cru une seconde (pardon!), fierté suisse oblige! Le cervelas est la saucisse culte qui réunit les Suisses de toutes langues autour d’un même feu de bois  (ou d’une même salade de pommes de terre puisqu’il se mange aussi cru). Je n’allais pas accepter si aisément que mon mythe national s’écroule. Néanmoins, j’ai été attentive, et lors de mes dernières courses, devinez ce qui m’a fait de l’œil depuis son frigo?

Un Véritable Cervelas ventru!

Avec un diamètre et une longueur bien plus importantes que la version suisse.

Je m’exclamai avec emphase: « UN CERVELAS! EN FRANCE! Il me le faut vivant! » En remarquant quand même qu’il était estampillé « alsacien ». Si j’avais connu la composition du cervelas suisse – que j’ignorais jusqu’à aujourd’hui 15h –  nulle méprise n’aurait été possible. Notre prise est « pur porc », son homonyme suisse est mi-boeuf mi-porc.

Mon fol espoir de remanger une tranche de cervelas le soir-même s’est évanouie lorsque je l’ai découpé, car il n’avait pas la même consistance. Pas la même couleur de peau. Et pas le même goût. Aux Français, je dirai qu’il a une saveur de saucisse de Lyon, aux Suisses, que cela ressemble à du fromage d’Italie… Bref.

La saucisse de Lyon est apparue en Alsace à la fin du 19ème siècle. Son nom reste un mystère, ce produit n’existant pas dans la charcuterie lyonnaise. Elle est d’origine germanique et maintenant, traditionnelle de la cuisine alsacienne. Présente notamment dans l’assortiment de saucisses, on la mange généralement froide avec de la moutarde et des cornichons. [Site du Supermarché Leclerc]

Oui, je dois me faire épiler les mains.

La chose à retenir, c’est que notre cervelas alsacien ne ressemblait pas du tout à celui que l’on nomme « steak du pauvre » en Suisse – il ne coûte que 1,80 chf pièce à la Migros (1,50 € ). Regardez sa belle couleur orangée!

La façon classique de manger un cervelas

Je rêve de faire une torée dans une forêt neuchâteloise, de piquer mon cervelas dans un bâton taillé en pointe au couteau-suisse, d’inciser en quatre chacune de ses extrémités et de la regarder s’ouvrir comme une fleur au-dessus du brasier pendant qu’il prend des couleurs… Avant de l’engloutir avec de la moutarde suisse en me brûlant la langue! (En somme, une petite réminiscence des piques-niques avec l’école, que chaque petit Helvète a connu).

Ce qui est magique avec notre cervelas mi-boeuf mi-porc, c’est que c’est à la fois une saucisse à rôtir et une saucisse à manger « crue ». En particulier en tranche dans une salade de pomme-de-terre.

Un goût… indéfinissable

D’ailleurs, impossible d’expliquer sa saveur avec des mots. J’ai demandé à un Français qui a eu l’incroyable opportunité de manger du cervelas suisse, comment il définirait son goût. « Ben comme du cervelas . » Ah. Et comment trouve-t-il cette spécialité suisse? « Ça va, c’est pas mauvais. » J’avais eu les mêmes réactions à propos du Parfait que j’avais fait goûter à quelques amis réunis pour une soirée charcuterie. « Pas mauvais. » « Se laisse manger. » Pas sûr que ce soit de bonne augure.

Menaces sur le cervelas!

Ce que vous devez comprendre, c’est que les Suisses sont attachés au cervelas, c’est un emblème national. Vite écœurant, certes (c’est un avis subjectif), mais rassembleur et unique, puisque typique! (Et oubliez la légende urbaine qui dit qu’on pourrait y trouver un œil égaré.) En 2008, c’est le drame! Le cervelas a failli être interdit par l’UE, en  même temps que les boyaux de bœufs brésiliens qui servent à lui donner sa forme! Si vous souhaitez savoir comment (et pour combien $$ aïe aïe aïe cela laisse songeur) le cervelas a été sauvé grâce à des intestins de zébu, regardez cette émission de la Télévision Suisse Romande: « Cervelas Blues« , diffusé dans Temps Présent.

Un cervelas au petit-déjeuner ou au goûter

Le documentaire explore aussi la sociologie du cervelas et on y apprend que les Suisses en mangent en moyenne 25 par an (un autre sondage dit 14). Est-ce plus impressionnant que nos 12 kilos de chocolat? Ce coup-ci, en tout cas, je ne tiens pas la distance! Dans l’émission, un Franc-Montagnard dit en manger un demi au petit-déjeuner, un autre clame: « Les enfants adorent les cervelas, pour les quatre heures, ça passe toujours bien. » Surprenant! Un autre lance ce cri d’amour: « On dit que c’est le repas du pauvre, mais même si je gagnais à l’Euromillion, je continuerai  de manger du cervelas. » Bref, la popularité de notre saucisse nationale est démontrée.

À noter, quand même, pour les Suisses qui gagnent à l’Euromillion, qu’il en existe des versions pour gourmets, bio, chez le boucher ou… entourées d’une tranche de lard, pour les grillades. Ma chère amie Mandibule* a passé un été à enrouler patiemment du lard autour de cervelas dans une boucherie de la Migros, alors dégustez-les en appréciant la main d’œuvre qu il y a derrière!

Pour terminer, si vous souhaitez en savoir plus sur le cervelas, cette émission radiophonique, Miam Miam (c’est son nom) interroge un boucher sur ses secrets. On y entend que si Andy Warhol avait été suisse, il aurait peint un cervelas plutôt qu’une soupe Campbell! L’intro à elle seule vaut l’écoute!

Français ou Suisses, si vous aimez les cervelas et voulez le dire, les commentaires vous sont ouverts. Compatriotes helvètes, combien de cervelas mangez-vous par an à peu près? En prendriez-vous au petit-déj ou aux quatres heures comme les Jurassiens cités ci-dessus?

En tout cas, je sais ce que je vais déguster quand je reviendrai à Noël: du cervelas! J’en suis privée, moi!!! Et la semaine prochaine, on parle de fromages.

24 Responses to J’ai testé le cervelas alsacien

  1. Je t’avoue que j’aurais eu un peu la même réaction que les Français que tu cites. Je ne trouve pas ça mauvais, mais j’ai du mal à comprendre un tel enthousiasme! :-p En fait cela me dégoûte un peu ce mélange de viande avec je ne sais trop quoi dedans (dans le « cervelas » français aussi, cela dit).

    C’est un peu comme les cordon-bleus. Pour moi, ce n’est pas mauvais mais pas le genre de trucs qui m’enthousiasme…Tandis que dernièrement, une collègue suisse m’annonçait l’air réjoui qu’il y avait un « festival du cordon-bleu » toute la semaine au restaurant d’entreprise! Pour moi le concept même est hilarant ;-)

    Toujours aussi amusant ces petites différences culturelles…Si tu es trop en manque, je peux te faire un colis de cervelas si tu veux ;-)

    Laurène, du blog Carnetdescapades.com

  2. Kantu says:

    Haha! Merci Laurène, je crois que je vais tenir le coup jusqu’au mois prochain. Mais de rédiger une pleine page sur le cervelas, ça donne envie d’en avoir un à croquer! Évidemment, vous les Français, vous pouvez pas comprendre, c’est plus patriotique que gastronomique ;))
    … par contre, je n’avais jamais entendu parler de « festival de cordon-bleu » – si tu vas en bouffer toute une semaine, bon courage… C’est à hurler de rire en effet!!!

  3. Caroline says:

    ARGHHH au secours tu n’as pas pris ça pour un cervelas d’Alsace, c’est une usurpation d’identité !!! ça vient de Carrefour, si en Suisse Coop et Migros font des bonnes choses, en France si tu veux trouver de la « vraie » charcuterie alsacienne, il faut aller chez un charcutier et en Alsace en plus… Le cervelas alsacien, le vrai, a la même taille que celui qu’on trouve ici, même si effectivement il n’a pas le même gout et se mange plutôt en salade avec du fromage rapé gros ou coupé en deux grillé dans une poele avec un oeuf au plat. Sinon après mon hurlement primaire d’alsacienne, j’aimerais te remercier pour ton blog, étant française expatriée en Suisse, c’est marrant de voir l’autre côté !

    • Kantu says:

      Oh! Je suis confuse!!! Ce cervelas n’était donc pas un véritable alsacien… je suis navrée, et je n’ai jamais voulu froisser les lecteurs alsaciens. ;) Merci de ta remarque et de tes suggestions de recettes.
      Une Alsacienne en Suisse! Eh bien, tu dois aussi te retrouver dans de drôles de quiproquos! Merci en tout cas pour ta visite!!

    • Maxime says:

      Je suis d’origgine alsacienne, et quand je vois les photos, j’ai l’impression de voir ce qu’en Alsace on appelle de la saucisse de Lyon en Alsace. C’est pas un cervelas alsacien ; par contre les belges ont le même cervelas que les alsaciens, mais je ne saurais pouvoir le comparer avec le cervelas suisse n’ayant pas pu le tester.

    • Melodie68 says:

      @Caroline et @Kantu Effectivement on trouve de tout du meilleur au pire même en Alsace il faut se méfier des mentions et des termes qui ne veulent rien dire. J’ai écrit un article à ce sujet, j’ai apprécié cet article on se rejoint sur beaucoup de points. D’ailleurs étant voisins est-ce étonnant ;). Pour ma part qu’il soit alsacien ou suisse qu’on le consomme chaud ou froid peu m’importe. Ce qui m’intéresse c’est la qualité vu certaines mauvaises expériences faites par le passé. On trouve de tout et cela arrive de + en +. Bonne semaine !!!
      P.S. Pour les cordons bleus (veau, porc etc) c’est exactement la même chose ;)

  4. Monique says:

    Mmmm qu’est-ce que j’ai envie d’un cervelat rôti!!! Mais PAS avec de la moutarde Thommy bleue, celle avec laquelle j’ai été élevée! De la confiture! Sur ce point, les Français sont bien meilleurs… une bonne moutarde de Dijon! Je l’achète aussi ici, en Belgique. Par contre, ce qui sidère les Belges, c’est de savoir qu’il existe de la moutarde en tube!!! Ici il n’y a que des pots en verre.
    Bravo pour ton blog, j’en ai des rides au ventre!!

    • Kantu says:

      Bonjour Monique, ravie de te revoir sur le blog! Oh! tu fais des infidélités à notre moutarde nationale! Quant aux tubes, je crois que cela surprend aussi les Français – car on met tout en tubes en Suisse, même le pâté. C’est drôle que les Belges aussi trouvent cela étrange!!

  5. THIERRY says:

    Hello , intéressant tout ça ! Je suis Suisse , expat à Paris , et je dois dire qu’un bon cervelas de la Migros , cru avec la mayo Thomy (la jaune …la meilleure)est un vrai régal .Un gout inimitable qui a aussi le gout de mon enfance…Peuvent pas comprendre les Francais , c’est comme un culte , sur le canap , le cervelas d’une main et le tube de mayo de l’autre !!!! Je vais tous les ans faire une réserve de cervelas au Locle , et aussi de saucisson de saucissons Vaudois que je congèle , et ça me fait mon année ! J’en ai encore plein et le congèl n’altère pas le gout , juste décongeler la veille mais au réfrigerateur !!! Miam !!!!!

    • Kantu says:

      Bonjour Thierry, bienvenue sur le blog compatriote expatrié! Ah, tu résumes bien notre sentiment national pour le cervelas… sauf que moi c’est avec de la moutarde! Révélation: je n’avais jamais pensé que ça se congelait! Merci du tuyau. J’en ramènerai peut-être de mon prochain voyage à Neuch… Eh oui, je suis du bas ;)
      Tiens, tiens, j’ai aussi de la peine à trouver une mayo à mon goût dans les marques françaises… Laquelle se rapproche le plus de notre mayo Thomy? J’en ai déjà testé 3 ou 4 sans être emballée…

  6. thierry says:

    Hello ! Rien ne ressemble à la mayo Thomy , mais vraiment aucune.
    Ce petit gout si particulier….Le mieux est de faire un stock , ça se garde longtemps….Tous les ans je ramène une douzaine de tubes (la jaune) plus une douzaine de moutarde (la bleue) que j’adore aussi avec la saucisse de veau de la coop que je congèle aussi !!!!! J’ai mon stock pour l’année !!!

  7. thierry says:

    Ps : Surtout congeler les cervelas et les saucisses de veau dans l’emballage d’origine sous vide , et décongeler la veille au frigo sans les ouvrir , résultat garanti , comme du frais …..Saucissons Vaudois et saucisse de Neuchatel , dans un sac congélation zip si vous n’en trouvez pas sous vide….
    Et voila les filles ….Helvètiquement votre , THIERRY !

  8. Kantu says:

    Merci pour ces conseils Thierry, c’est génial!!! Je mets la mayo Thomy sur ma prochaine liste de courses suisses, c’est sûr. Les Français trouveront que c’est un comble mais bon… ;)

  9. Hubert le vert says:

    La salade aux cervelas est une variante à déguster avec du pain pour le souper en Suisse ou pour le dîner en France.
    Enlever la peau des cervelas, les couper en deux dans le sens de la longueur puis les débiter en fines tranches.
    Assaisonner avec une sauce à salade riche en moutarde additionnée d’oignons et de cornichons émincés.On peut y ajouter des tomates coupées en dés pour alléger le plat. Se mange comme une salade accompagnée de pain. A déguster froid une soirée d’été

  10. Gilles says:

    Bonjour Amis suisses…
    Très intéressant ce sujet sur le cervelas. En tant qu’alsacien, je me permets la remarque suivante : le cervelas Carrefour c’est comme du Mivella pour du Rivella… Rien à voir !!!!
    En photo ça ressemble plutôt à de la saucisse de Lyon
    Notre cervelas est similaire au suisse sans cette couleur artificielle…
    Une recette traditionnelle s’achète chez un CHARCUTIER traditionnel et non dans une chaîne de supermarché

    Venez faire un tour à Strasbourg

    Salut Bisame

    • Kantu says:

      Eh bien, voilà un Alsacien qui connaît bien les produits suisses! Le Mivella!!! Hahaha. Je suis navrée alors pour ma méconnaissance des cervelas alsaciens, tu n’es pas le premier à crier au scandale… Promis, quand je visiterai votre région je goûterai au véritable cervelas, et en ferai la louange… :D

  11. kiksou says:

    Quelle belle ode à Notre Cervelas suisse !!! J’en ai l’eau à la bouche :-) pour moi c’est plutôt en salade avec du gruyère. :-D

  12. Popup says:

    Hello !
    Je suis alsacien habitant à Neuchatel et c’est avec grand plaisir que j’ai retrouvé le cervelas après une expatriation en Bourgogne ;-)
    Alors pour le cervelas alsacien de qualité comme c’est écrit plus haut il fallait aller dans une COOP (quand ça existait encore partout en Alsace) ou mieux encore aller chez le charcutier.
    Ma mère nous le grillait coupé en 2 à la poele. Sur un feu de bois/BBQ nous préférons la saucisse de veau (et oui là aussi il y aurait de quoi écrire si ce n’est pas déjà fait).
    Ma véritable découverte ici a été le steak vigneron !

    • Kantu says:

      Oh, tu es basé dans ma ville natale alors! J’espère que tu t’y plais. Tu as raison, je n’ai jamais parlé de saucisse de veau ni de steak vigneron. Un billet sur les spécialités gastronomiques suisses s’impose! Merci de m’avoir soufflé ces idées. Et pour le cervelas alsacien, je note qu’il faut aller dans une COOP… Je crois que je vais facilement me rappeler du nom ;)

  13. Arielle says:

    J’ai vécu quelque mois en Nouvelle-Zélande et qu’est-ce que j’ai pu voir en faisant mes course dans un super-marché: Le fameux cervelas ! Il faut dire qu’ils sont franchement pas fort en charcut’ (et encore moins en fromage) les pays anglo-saxon, du coup je m’attendais au pire.
    Forcément pour moi sa n’était pas du Cervelas, sa tirait plus vers une épaisse saucisse de Vienne (malgré la mention « recette traditionelle » sur l’embalage).
    En même temps, d’un pays qui appel du fromage « cheese » ou « swiss cheese » (mais qu’est-ce que cela peut bien signifier ? On peut pas appeler du fromage simplement « fromage » et « fromage suisse » ! (mais faut croire que oui)) c’était déjà un bel effort ;-)

    • kantutita says:

      Non! Ils ont aussi du « cervelas » là-bas! C’est fou.
      C’est vrai que c’est une honte cette histoire de « Swiss cheese » des anglo-saxons, qui n’a rien du fromage suisse haha.
      Merci du mot Arielle, et une bonne journée!

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