Les autoroutes françaises sont truffées de péages. Des sociétés privées, propriétaires des routes, facturent en effet un droit de passage sur leurs tronçons respectifs. Pour ne pas rester coincés derrière une barrière blanche et rouge, voici un mode d’emploi des péages pour les Suisses. En bonus, différentes méthodes de fraude (non-testées – mon honnêteté suisse m’en empêcherait évidemment).

La première fois que je me suis retrouvée derrière le volant à un péage, je n’ai pas réussi à attraper le ticket craché par la machine. Sous les klaxons du patient conducteur qui me succédait, j’ai dû sortir de la voiture pour le récupérer. Une scène qui s’est répétée aux 10 péages suivants. Bon, d’accord, ce n’est pas parce que mon bras est trop court, mais par manque de précision. Le comble pour une Suissesse! Je vais investir dans une “pince attrape-tout”, comme ça, fini les problèmes.

Si vous n’avez jamais eu l’opportunité de traverser un péage français, voilà à quoi cela ressemble:

Un authentique autoroutier français. Ciel bleu du Sud de la France et ... hem... oui j'aurais pu nettoyer ma vitre.

Un authentique péage autoroutier français. Ciel bleu du Sud de la France et … hem… oui j’aurais pu nettoyer ma vitre.

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Trois règles pour passer les péages sans mauvaise surprise

1.Fauchés s’abstenir

Première règle avant d’emprunter une autoroute française : avoir de l’argent liquide ou sa carte bleue sur soi (sa carte bancaire donc. La mienne est de couleur bleue, mais je ne crois pas que ce soit forcément le cas). Sinon, eh bien vous serez coincés sur place avec une fanfare de klaxons et de conducteurs hargneux à vos trousses – jusqu’à ce que votre appel à l’aide soit entendu. Et vous ne passerez probablement pas pour une lumière auprès de l’employé des autoroutes qui viendra peut-être vous délivrer…

À retenir: au péage, pas possible de faire demi-tour ou de changer d’avis! On se trouve bel et bien sur une autoroute.

2. Être attentif aux pictogrammes des péages

En s’approchant du lieu de péage, il faut ralentir et judicieusement choisir sa colonne. Des symboles lumineux expliquent quelles voies sont fermées, réservées aux poids lourds, ou au “télépéage” (avec un T orange lumineux -voir ci-contre). Accessible sur abonnement, le télépéage implique d’avoir un boîtier dans son véhicule et de ne plus devoir tendre le bras. (Oho! Je devrais me renseigner vu mon adresse!).

D’autres voies ne permettent de s’acquitter du droit de passage que par carte bancaire. La corbeille pour jeter les pièces (quatrième pictogramme ci-contre) reste la façon de payer la plus ludique! À déconseiller aux maladroits.

Quant au petit bonhomme, il indique la présence d’un péager, dans sa guérite, qui remplace la machine.

3. Ne pas se déguiser en poids lourd

Conseil numéro 3: si vous avez un vélo sur votre toit, méfiez-vous, même s’il passe en hauteur. La machine péagière qui détecte le type de véhicule pourrait vous prendre pour un camion. Situation hautement embêtante, car alors elle délivrerait le ticket par sa fente à hauteur de cabine de routard. Eh oui, certaines machines ont deux façons de distribuer ces petits papiers. Et vous aurez besoin de faire de hauts bonds pour le récupérer tout là-haut… Si vous décidez de grimper sur votre toit pour attraper votre ticket, sachez qu’en plus, c’est une idée peu judicieuse, comme les poids lourds paient leurs trajets plus cher.

Un précieux ticket…

Lorsqu’on arrive sur une autoroute à péage, on passe par un premier poste d’entrée, où un ticket est délivré. À conserver précieusement! Lorsqu’on souhaite quitter l’autoroute, il faut le présenter au péage de sortie, et ainsi la machine ou l’être humain derrière son petit guichet nous indique la somme à payer selon le tronçon qu’on a parcouru. Le tarif varie selon la “classe” du véhicule. Comme dit ci-dessus, les camions paient plus cher que les voitures.

En vrai, vous vous retrouvez face à cette machine, où tout est très bien indiqué somme toute:

Et voilà à quoi cela ressemble!

Facile, même pour les nuls! Il faut tendre à bout de bras son ticket vers la fente marquée “ticket”.

Vous donnez le ticket, puis votre carte bleue ou du liquide (à jeter dans un entonnoir à pièces si vous avez de la chance -c’est plus marrant), et hop! La barrière s’ouvre et à vous la liberté…

La barrière du péage est rouge et blanche

Feu vert! On a passé le péage.

… du moins jusqu’au prochain péage.

Donc je vous disais qu’il faut garder le ticket précieusement (éviter de rouler les fenêtres ouvertes sur les autoroutes françaises, son envol peut vous coûter cher! Si vous avez une perruche de compagnie, surveillez ce qu’elle grignote durant le voyage ) En cas de perte du ticket, il semblerait qu’il faille payer le tronçon le plus long existant, avec parfois un supplément. Ou alors avoir la chance de tomber sur un guichetier sympa. Ils se méfient, car les fraudes sont nombreuses…

 

Fraudes aux péages

Les Français ont développé quelques techniques pour frauder aux péages. Attention, je ne fais pas de promotion de la fraude au péage! (Je viens de découvrir que “des sites sur internet qui font la promotion à la fraude au péage ont déjà subi des condamnations”. Tapez “arnaque péage” ou “pas payer péage” sur un moteur de recherche pour voir que les conseils sont nombreux. Tsss tsss tsss.)

Alors, comment font-ils?

Pour tricher, un Français m’a expliqué qu’un de ses amis faisaient ce qu’on appelle un “passage en force”. Il colle la voiture devant lui et passe la barrière en même temps. Après avoir vérifié qu’aucun péagier ou policier ne se trouvait dans les parages bien sûr. “Cela marche plutôt bien, sa technique. Mais il s’est fait choper une fois. Or comme il faisait cela depuis des années, au final, cela restait rentable. Mais il faut avoir du culot!” Ce type de fraude représente 40% des arnaques selon un article de la Dépêche du Midi.

Une autre technique courante est “la double entrée”. Attention, c’est complexe. Un conducteur prend deux tickets à une entrée. Pour cela, il recule avec son véhicule afin de tromper la machine. Plus loin, à une aire de repos, il remet le deuxième ticket à un complice qui a déjà effectué un long trajet sur l’autoroute. À la sortie, c’est moins cher pour ce dernier… ou 150€ d’amende selon sa chance! Car les compagnies d’autoroute disent s’équiper de matériel de vidéosurveillance, les fraudes leur faisant perdre un sacré chiffre d’affaires…

Je vous ai parlé de deux techniques – mais il en existe d’autres, impliquant des mics-macs encore plus tordus. De toutes façons, ce n’est pas très honnête… Or les habitués des routes françaises se plaignent de l’augmentation des tarifs année après année, et traitent les sociétés de péage de voleurs. Qui a raison?

En tout cas pas Vinci Autoroutes, quand elle loue l’avantage du système de péage, avec le principe d’”utilisateur-payeur”, en citant comme contre-exemple… la Suisse! Regardez l’encadré en bas de cette infographie! Cette capture d’écran de leur site répond aussi à l’intéressante question, pourquoi l’autoroute est-elle payante?

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Non mais. Ils insinuent qu’en Suisse, le système est injuste, avec une vignette au même tarif pour tous, peu importe le nombre de déplacements! Ils évitent bien de dire que c’est moins cher… et ce dès qu’on a parcouru 400 kilomètres.

Notre système de vignette autoroutière est plus pratique, moins coûteux pour les conducteurs et on ne perd pas du temps durant nos trajets. J’en suis en tout cas convaincue (sans vouloir verser dans la rengaine d’expat “dans mon pays c’est mieux!”) – donc un prochain billet sera consacré à un match péages vs vignette! Et la vignette vaincra!

Et vous, aimez-vous les péages? Avez-vous déjà mis au point des techniques frauduleuses avancées pour ne pas verser le moindre denier aux sociétés d’autoroutes? Amis suisses, pensez-vous que des citoyens vertueux risqueraient de dénoncer les fraudeurs, si les péages existaient en Suisse? Haha.