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Un musée suisse dédié à la mécanique d’art

Publié le 20 mai 2017 | Par kantutita | Adresses, Voyager en Suisse

Je vous emmène dans un musée suisse magique cette semaine, dédié aux boîtes à musique et aux automates: le CIMA, le Centre International de la Mécanique d’Art. Ce petit musée à Sainte-Croix, près d’Yverdon, met en valeur un patrimoine suisse peu connu, à découvrir lors d’une visite guidée interactive…

Vous connaissez tous la renommée de l’horlogerie suisse, un savoir-faire qui fait la fierté du pays… Mais savez-vous que cette excellence en micro-mécanique a permis la fabrication d’autres objets aux siècles passés? Ces rouages ont permis le développement de boîtes à musique et d’automates!

Pour faire un saut dans le temps et découvrir ces objets d’art plein de poésie, je vous recommande un musée pas très connu, qui m’a marquée cette année. Il s’agit du CIMA, le Centre international de la Mécanique d’Art, qui se trouve à Sainte-Croix dans le Jura vaudois. Depuis la ville d’Yverdon, on suit une route qui serpente et prend de la hauteur jusqu’à ce village, qui était autrefois un haut-lieu de la fabrication d’objets mécaniques – avant que l’électronique ne leur vole la vedette.

Aujourd’hui, ce musée permet de découvrir l’évolution des boîtes à musique et de voir des automates en action. Si vous craignez de vous retrouver dans un musée poussiéreux, rassurez-vous! Le lieu est modeste en taille, mais la visite très vivante. Le CIMA se visite uniquement avec un guide, qui actionne les objets. C’est assez dingue de se dire qu’ils tournent sans anicroche depuis deux siècles pour certains. En plus des boîtes à musique, un moment fort de la visite est aussi la découverte des automates…

Voir des automates en fonctionnement au musée CIMA en Suisse, un lieu dédié à la mécanique d'art

La collection d’automates du CIMA, un petit musée suisse

Une salle est dédiée aux automates: des sortes de poupées qui bougent grâce à un mécanisme extrêmement complexe! Nous avons ouvert nos yeux tout grands pour les voir s’animer. Une des plus anciennes est une grand-mère qui tricote, et le musée a une galerie de personnages à présenter aux visiteurs!

Ma préférée est la gracieuse Colombine qui écrit à Pierrot… Cette poupée aux mouvements délicats, a les yeux qui bougent et la poitrine qui se soulève pour simuler une respiration. Elle trempe vraiment sa plume dans de l’encre pour écrire quelques mots! Vous pouvez la voir sur la photo ci-dessus, tout à droite. La voir en fonctionnement est réellement magique.

Mes grands favoris restent les oiseaux chanteurs, mais les automates « humains » en fonctionnement sont surprenants. C’est à la fois poétique et émouvant, d’imaginer que ces objets aujourd’hui un brin désuets fascinaient les foules à l’époque! C’est étonnant d’être ému par les mêmes créations que des gens deux siècles plus tôt.

3 choses à noter sur les automates
  • Vous connaissez peut-être un trio d’automates célèbres? L‘Ecrivain, le Dessinateur et la Musicienne réalisés par les Jaquet-Droz & Léchot se trouvent au Musée d’Art et d’Histoire de Neuchâtel. Réalisés entre 1768 et 1774, ils ont à l’époque sillonné l’Europe et ébahi les foules. On peut les voir en action une fois par mois au musée.
  • Un maître de la mécanique français: Il n’y a pas que les Suisses qui se passionnent pour les automates. En France, Jacques Vaucanson est un grand nom de cette discipline, et son travail a d’ailleurs inspiré Pierre Jaquet-Droz!
  • Les ingénieurs fabriquant des boîtes à musique et des automates sont appelés à l’époque « mécaniciens« .

Oiseau mécanique chanteur au centre international de la mécanique d'art de Sainte Croix en Suisse

Les oiseaux chanteurs, des objets poétiques nés à la Chaux-de-Fonds

En 1780, le Chaux-de-Fonnier Pierre Jaquet-Droz invente aussi les oiseaux chanteurs. Ce sont des oiseaux mécaniques, qui chantent et bougent! Leur chant est créé grâce à un soufflet actionné par un moteur à ressort, qui propulse de l’air dans un piston. La technique sera ensuite affinée par un autre ingénieur, le Vosgien Blaise Bontems, qui s’inspire des volatiles qu’ils écoute dans sa belle région… Aujourd’hui, l’entreprise Reuge à Sainte-Croix fabrique encore ces oiseaux mécaniques: les plus magiques sont pour moi ceux qui sortent d’une tabatière. On trouve des vidéos sur Youtube, mais ce n’est pas pareil de les voir en vrai je vous assure!

L’invention de la boîte à musique, racontée dans le musée

Mais revenons au thème principal du musée: la boîte à musique! En fait, ce sont les mêmes types de mécanismes qui animent ces petits instruments, et les automates (mais en plus complexes bien sûr pour ces derniers). Sainte-Croix étant « la capitale des boîtes à musique », le musée en renferme une belle collection! Le village a d’ailleurs été reconnu en 1994 comme « le berceau de la boîte à musique » par la Confédération helvétique. Et la visite permet de décortiquer ces objets…

Les manufactures de Sainte-Croix fabriquaient des boîtes à musique en bois d’épicéa, abondant dans les forêts environnantes. Ce bois servait de caisse de résonance. Il était ensuite recouvert de bois précieux ou laqué, faisant des boîtes à musique de véritables objets d’art. Ceux-ci étaient voués à être montrés dans des salons, pour divertir les convives aisés.

Boîte à musique à cylindre - Visite du CIMA, le centre international de le mécanique d'art à Sainte-Croix, un petit musée qui vaut le détour! à lire sur le blog d'escapades en Suisse Yapaslefeuaulac.ch

Les rouages des boites a musique montrees au musee de sainte croix en suisse

Les rouages mis à plat des deux systèmes de boîtes à musique, à disque et à cylindre!

Visite du CIMA: La boîte à musique à cylindre

Cet instrument a été inventé par le Genevois Antoine Favre en 1796. Il s’agit alors d’une boîte à musique fonctionnant grâce à un cylindre, un système qui sera plus tard détrôné par la boîte à musique à disque, moins onéreuse à produire.

Le principe du mécanisme de Favre est le suivant: en tournant, le cylindre hérissé de tiges de métal fait vibrer des lames d’acier, accordées aux sons de la gamme musicale. La mélodie est formée par le placement des goupilles, ces petites tiges d’acier. L’évolution de ces appareils est racontée de façon didactique au CIMA: on a pu observer des mécanismes de près ainsi que différentes innovations! Le défi pour les mécaniciens à l’époque est de trouver des moyens de moduler les sons, sans engendrer des coûts de fabrication supplémentaires trop élevés. Ainsi, le son de mandoline est judicieusement obtenu grâce… à du papier de soie, qui étouffe le son et en change la tonalité!

Le peigne detail du mecanisme d une boite a musique au CIMA de Sainte Croix

Boîte à musique à cylindre - Visite du CIMA, le centre international de le mécanique d'art à Sainte-Croix. Crédit photo: Yapaslefeuaulac.ch

On voit bien le cylindre, hérissé de pics en métal, qui vont buter contre les lames du « peigne »! (Crédit photo: Yapaslefeuaulac)

Le détail d'un mécanisme de boîte à musique- Visite du CIMA, le centre international de le mécanique d'art à Sainte-Croix. Crédit photo: Yapaslefeuaulac.ch

Zoom sur différentes complications du mécanisme, qui permettent de varier les sons produits par la boîte à musique. (Crédit photo: Yapaslefeuaulac)

Boîte à musique suisse à 12 airs vu au CIMA à Sainte-Croix

Boîte à musique fabriquée à Genève et jouant 12 airs différents, présentée au CIMA à Sainte-Croix

Séquence souvenir: Les boîtes à musique des gares suisses

Dans le musée, j’ai eu un moment d’émotion au moment de découvrir des boîtes à musique animées, avec des personnages qui bougent, qui se trouvaient dans les gares suisses jusque dans les années 90! Elles ont ensuite été ôtées à cause de vandalisme. Mais je me rappelle en avoir vues étant gamine!

D’où viennent-elles? De loin! En 1885, A. Lassueur avait eu l’idée d’allier boîte à musique et automates pour animer les gares suisses, selon le site du patrimoine immatériel du canton de Vaud. Quel dommage qu’on ait dû les enlever… C’est navrant quand même qu’ « on » ne respecte plus ce genre de choses :/

Et pour terminer mon compte-rendu sur la visite, les dernières salles du musée présentent des instruments de musique mécaniques, comme des pianos de saloon, mais pas forcément fabriqués en Suisse. C’est assez amusant de les voir jouer, comme s’ils étaient actionnés par des fantômes. Le plus gros instrument est… un orchestre entier, fabriqué en Belgique, conçu pour animer la foire du village! Étonnant. Et bruyant!!

{Épilogue} Saint-Croix et la mécanique

Comme je vous le disais, Sainte-Croix, localité à la fois proche d’Yverdon et de la frontière française, est considéré comme la « capitale des boîtes à musique ». À la fin du 19e siècle, 40 entreprises y employaient 1500 personnes pour la fabrication d’objets mécaniques. Depuis, la plupart ont mis la clef sous la porte. C’est le cas de l’usine Paillard, qui a déposé le bilan en 1989. Ses locaux hébergent aujourd’hui le musée dont je vous parle, le Centre International de la Mécanique d’Art. Paillard n’a pas su s’adapter pour survivre à l’avènement de l’électronique – et pourtant la boîte fabriquait des objets ayant eu beaucoup de succès, comme les caméras Bolex, les platines Thorens ou les machines à écrire Hermes.

Gramophone Thorens - dans un petit musée suisse dédié aux boîtes à musique en suisse

Un gramophone Thorens ↑

Quelques entreprises et créateurs d’automates perpétuent aujourd’hui le précieux savoir-faire de la mécanique d’art à Sainte-Croix, comme Reuge, spécialiste des oiseaux chanteurs et fabricant de boîtes à musique haut-de-gamme.

L’automatier François Junod lui continue de fabriquer des automates selon la tradition d’antan, et son excellence lui vaut une renommée internationale! Selon notre guide, il aurait de la peine à trouver un disciple à qui transmettre son précieux savoir-faire…

Infos pratiques sur ce musée suisse dédié aux boîtes à musique

Un musée suisse des boîtes à musique: Le CIMA de Sainte-Croix, centre international de la mécanique d artLe CIMA

  • L’adresse: Rue de l’Industrie 2, 1450 Sainte-Croix, Canton de Vaud. À 20 minutes d’Yverdon et à 20 kilomètres de Pontarlier.

 

  • Les horaires: le musée se visite uniquement lors d’une visite guidée de 1h15, qui a lieu trois fois par jour en haute saison, du mardi au dimanche. Vérifiez les horaires avant de vous y rendre, car ils varient selon la saison!

 

  • Les tarifs: 14 francs par personne (7 francs pour les moins de 16 ans) La visite est très vivante avec beaucoup de démonstration d’automates, et peut intéresser les enfants! Notez que le musée organise aussi des animations pour les anniversaires. Et si vous voulez acheter une boîte à musique d’art, la boutique Reuge est installée au sein du musée!

J’espère en tout cas vous avoir donné envie de visiter ce musée! Je me suis penchée sur ce thème, intimement lié à l’horlogerie mais bien moins connu, pour un article sous ma casquette de journaliste, que vous pouvez lire sur House of Switzerland pour en savoir plus! Intéressée par le sujet, je ne m’attendais pas à être autant happée par la visite du CIMA et par cet univers… passionnant! Malgré le passage du temps et des modes, c’est épatant d’être toujours émerveillé en découvrant ces objets mécaniques.

→ D’autres billets à voir sur le blog autour de la mécanique suisse:

Visite des coulisses de la manufacture de montres Corum

Découverte des trésors du Musée International d’Horlogerie de la Chaux-de-Fonds

 

Connaissiez-vous ce musée dédié aux boîtes à musique? Avez-vous d’autres petites musées magiques à me conseiller? :)



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9 Responses to Un musée suisse dédié à la mécanique d’art

  1. VeroZeroSept says:

    Oh ca me rappelle un joli souvenir d’enfance. J’y suis allée il y a presque 30 ans, je pense, je me souviens d’une automate qui dessinait ou écrivait qui m’avait fascinée. Et mes parents m’avaient acheté une petite boîte à musique que j’adorais. Donc je confirme, c’est super pour les enfants aussi. Ca me donne envie d’y retourner, tiens.

    • Kantutita says:

      Oh wahou ça remonte loin ton souvenir alors! C’est chouette de voir que tu en as gardé un bon souvenir étant enfant. Oui je pense que cela se prête bien aussi à une visite en famille.
      Mais oui, hésite pas à y retourner, il y a sans doute des choses qui ont changé dans la présentation et la visite ;)

  2. Gin.net says:

    J’ai également visité ce musée il y a deux ou trois ans, et je pense y avoir été aussi émerveillée que toi. Je me suis aussi rappelée la boîte à musique qui ornait la salle d’attente de la gare de Nyon où je vivais étant enfant. Parfois quelqu’un y glissait des pièces pour la faire fonctionner et voir les personnages s’animer. J’avoue ne plus trop me souvenir si je l’ai souvent vue et entendue fonctionner mais ça m’a aussi offert ma petite séquence « nostalgie ».
    Dans tous les cas, j’avais trouvé la visite passionnante, avec les détails sur les conditions de fabrications, les ouvrières qui se retrouvaient avec ces si fines goupilles plantées dans les doigts…

    • Kantutita says:

      Oh, toi aussi tu les as regardées avec nostalgie! J’avais complètement oublié l’existence de ces objets avant de les revoir au musée.
      Et je trouve que ce musée n’est pas assez connu!

      • Gin.net says:

        Les gares ont subi tellement de transformations que je n’avais pas réalisé que ce « réseau » de boîtes à musiques avait été démantelé dans tout le pays. Je ne voyageais pas assez pour réaliser que ces boîtes à musiques étaient présentes dans de nombreuses gares du pays, et dans mes yeux d’enfant, je ne me rendais pas non plus compte de leur valeur historique ou simplement qu’elles étaient anciennes. Pour moi c’était une animation de la salle d’attente, et quand on est enfant on aime tout ce qui a un côté ludique et qui égaie l’attente d’un train (ben oui, on n’avait pas de smartphone, pas de journaux gratuits pour tuer le temps ;-) )

        Sainte-Croix n’est pas un haut lieu du tourisme helvétique, et j’avais visité le musée un peu par hasard après une matinée de ski de fond. Ils devraient faire de la publicité (si ce n’est déjà le cas) côté français, car j’ai toujours été surprise par le dynamisme du tourisme dans les départements du Jura français, alors que chez nous c’est un peu « la montagne du pauvre » par rapport aux Alpes :)

        • kantutita says:

          Tout à fait ! C’est vrai que le jura suisse manque de visibilité côté touristique!

          Tout comme toi, je regardais ces boîtes à musique sans me rendre compte de leur valeur, et j’en avais remarqué une ou deux en voyageant avec mes parents mais c’est tout. Je n’avais même pas remarqué leur disparition avant de les voir au musée!

  3. Comme c’est fascinant ! On m’en a parlé quand j’étais en Suisse et j’ai déjà une autre bonne raison d’y retourner pour le visiter. ;-) Belle semaine à toi ♥

    • Kantutita says:

      Hé oui, c’est une bonne idée pour ton prochain séjour ^^ Il y a des petits bijoux dans ce musée!
      Et toi j’ai remarqué que tu es une habituée du pays!! Tu viens souvent non?
      Une belle semaine à toi aussi!

  4. Swidzerniav says:

    C’est vrai que ce musée est absolument passionnant. On peut le compléter par le musée Baud à l’Auberson

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