Ma Suisse est cosmopolite!

Publié le 1 mars 2017 | Par kantutita | Bienvenue en Suisse

J’avais envie de pousser un petit coup de gueule aujourd’hui… Sur une mauvaise perception de la Suisse à l’étranger. Parfois, notre pays est catalogué comme raciste et fermé vers l’extérieur. Mais à mon sens, les villes suisses offrent un beau mélange culturel!

Evidemment, ce billet reflète ma vision, je connais davantage les villes de Suisse romande, comme Neuchâtel, Lausanne ou Genève, que le fin fond des campagnes alémaniques…

Préjugé 1: Depuis que je vis en France, j’ai été lassée d’entendre des remarques sur la Suisse, laissant entendre qu’on était perçus par beaucoup comme un bastion rempli d’extrême-droites, qui ne voulaient pas accueillir d’étrangers… La faute aux médias français qui se font un plaisir de relayer certaines campagnes choc de l’UDC, le parti le plus à droite de l’échiquier politique helvétique.

Préjugé 2: au Québec, en discutant avec un natif de la Belle-Province, j’ai été choquée d’apprendre que cette personne imaginait la Suisse comme un espèce de royaume aryen, peuplé de blondinets repoussant les étrangers aux frontières – un pays hyper uniforme où le nombre d’étrangers serait très limité. Oups.

Mais ma Suisse à moi, celle où j’ai grandi, ne ressemble pas du tout à cela. Ce type de remarques me choquent donc toujours, car je ne m’attends pas à cette image que peut donner le pays, et qui ne correspond pas du tout à mon expérience et ma vision de la Suisse.

Je vais essayer de casser ces deux idées reçues aujourd’hui… A coups de chiffres déjà.

Les Suisses votent-ils plus à l’extrême-droite que les Français?

Selon cette carte de Libération, datant de mai 2016, l’UDC en Suisse cumule 29,4% des suffrages, ce qui n’est pas beaucoup plus que le Front national en France (27,7%). On tourne autour de 30%, c’est un peu kif kif non? Alors arrêtez, amis francais, de croire que c’est une spécificité  de vos voisins!

La Suisse, un pays plein de résidents étrangers!

Selon ces statistiques de 2015, la Suisse est un pays qui compte un très forte proportion d’étrangers installés sur le territoire: 24,6% en 2015. (Voir cette carte interactive sur Swissinfo pour savoir d’où ils sont originaires) Après j’ai bien en tête que les règles strictes pour se naturaliser peuvent peser sur ce chiffre!

On est loin d’un club fermé ou bien? 

Pour la France, les statistiques sont détaillées là sur le site de l’Insee.  On apprend que 6,4 % des habitants du pays sont de nationalité étrangère, et que 11,6 % des habitants sont nés à l’étranger. Il est toutefois délicat de comparer les chiffres, à cause du droit du sol qui facilite la naturalisation d’étranger de deuxième génération en France.

Les étrangers installés en Suisse et leur langue!

Un autre exemple qui m’a marqué, c’est cette carte, datant déjà de 2010, mais qui indique les différentes langues parlées par les habitants du pays (qui sont souvent bilingues du coup). Il y a plus d’habitants qui parlent espagnol, serbo-croate ou portugais que de locuteurs du romanche (l’obscure quatrième langue suisse)! C’est symbolique mais normal, comme il s’agit d’une langue régionale – comme vous en comptez en France – sauf que celle-ci a réussi à obtenir un statut politique.

Le côté multiculturel du pays saute aux yeux en regardant cette carte!

Carte des langues les plus parlées en Suisse. Source: OFS

Carte éditée par l’Office fédéral de la statistique (l’OFS, soit l’équivalent de votre Insee).

Immigrés du sud et réfugiés de l’Est

La Suisse a accueilli beaucoup d’immigrés et de réfugiés, avec particulièrement la main d’œuvre du sud (Italiens, avec un pic dans les 60s, puis Espagnols et Portugais) qui est venue nous prêter main forte, s’est installée et a souvent conservé sa langue familiale. Il existait quand j’étais gamine des écoles « italiennes » ou « espagnoles » où les enfants de ces familles allaient le mercredi après-midi (l’après-midi de congé de l’école obligatoire) pour apprendre à écrire la langue de leur famille  – qu’ils parlaient déjà à la maison. J’étais un peu jalouse moi.

Après, la Suisse a aussi une tradition d’accueil de réfugiés. ( Lire cette page sur le site de l’ONU pour en savoir plus)

Suite aux troubles en Yougoslavie, un flux de réfugiés parlant des langues de l’est sont venus s’installer dans le pays notamment. Dans ma classe au primaire, étant gamine, je me souviens que nous avons consécutivement accueilli une petite Angolaise, un Afghan, plusieurs enfants des pays de l’Est… Et j’avais bien sûr des camarades de familles italiennes, espagnoles ou portugaises – fiers de leurs origines.

Autre exemple de ce mélange enrichissant. Quand j’étais étudiante, je vivais dans un quartier populaire de Neuchâtel, il y avait une épicerie chinoise, une épicerie turque et une épicerie indienne, et j’adorais entendre parler portugais, espagnol et plein de langues que je ne reconnaissais pas dans les transports publics.

Bref, je vois ma Suisse, celle des villes, comme un joyeux melting-pot de cultures et de langues!

L’immigration, un sujet sensible en Suisse aussi!

Détournement de mouton par Pierre, peintre inspiré à ses heures et …mon frère accessoirement!

Comme en France, le sujet de l’immigration est sensible. Entre ceux qui pensent que la Suisse n’en fait pas assez pour accueillir des immigrés, et ceux qui pensent qu’elle en fait déjà trop, il y a des débats animés.

Lorsque je suis arrivée en France, je dois avouer que le racisme toléré envers les personnes d’origine maghrébine m’a choquée – dans les conversations – alors que les Français se permettaient de me faire des remarques sur le fait que je venais, d’après eux, « d’un pays raciste ». Je trouvais cela vraiment injuste! Et comme je suis chauvine, cela m’agaçait. (J’avais commencé à rédiger cet article à ce moment, mais… je n’avais pas trouvé le courage de le terminer jusqu’à aujourd’hui.)

J’ai entendu heureusement moins de remarques depuis que les médias français n’ont plus trouvé de campagne choc de l’UDC à relayer (pensez aux moutons, minarets, etc) – mais je crains la prochaine!

Mon but n’est pas du tout de dire que c’est mieux en Suisse, ou qu’on est un exemple, mais bien de montrer que c’est injuste de croire qu’on est un pays fermé, qui vote plus à l’extrême-droite que la France…

Je ne veux pas non plus lancer un débat sur la politique, sujet que j’évite sur le blog parce que tout le monde finit par s’engueuler! Alors, que vous souhaitiez chanter la gloire de l’extrême-droite ou la lyncher, ce n’est pas le bon endroit… Désolée!

Après, si vous avez des remarques sur la perception de la Suisse à l’étranger, les commentaires vous sont grand ouvert!

Dites-nous aussi si vous avez une double-culture et comment vous la vivez, en Suisse ou ailleurs!

[Edit] La discussion est animée sur Facebook et vos témoignages et commentaires font chaud au coeur!

→ À lire aussi sur le blog: Les mystères des langues en Suisse!

 

8 Responses to Ma Suisse est cosmopolite!

  1. Maryse says:

    Katu tu es jeune: les Italiens sont arrives en Suisse juste apres la guerre, les Espagnols dans les annees ´50. Quant aux refugies, je me souviens de l´accueil des Hongrois en ´56, puis des Polonais en ´66 sans compter les Tibetains qui eux, ont beaucoup ete places dans les montagnes ( je me souviens d´un reportage de la RTS sur ces Tibetains bien adaptes, eleveurs de vaches et parlant suisse allemand.)
    Bien sur, il y a eu les 2 initiatives Schwarzenbach ( annees ´70?) bien xenophobes mais rejetees par le peuple. Et maintenant l´UDC ( la raison pour laquelle je vote encore).
    Presque 25% d´etrangers en Suisse. Et pas seulement des ´gros riches´ comme me le disent mes amis francais. Les cliches ont longue vie mais c´est vrai qu´il nous faut garder l´oeil bien ouvert pour garder une reputation de terre d´acceuil.

  2. Je me souviens dans les années nonante/quatre vingt dix :-) La Suisse accueillait 180000 réfugiés de l’ex Yougoslavie alors que 4000 sont accueillis en France, il y avait une réelle détresse à notre porte et je pense que ce fut une bonne chose et une bonne action de la Suisse, même si d’autre problèmes sont venus se greffer par la suite.

    Anecdotique Tatiana : au salon de l’agriculture un jeune con de nationalité Suisse ne voulait pas croire que j’étais Suisse, sous forme de boutade je lui montre ma carte d’identité, il me répond que cette carte le dernier des Kosovars peut l’obtenir…heureusement, cet abruti est parti très vite, car je me souviens de la souffrance de ces gens…

    • kantutita says:

      Argh, pauvre Yves, on tombe toujours sur un jeune con (ou un vieux con) de temps en temps, c’est statistique!
      Comment a-t-il pu douter de ta suissitude? Tu n’avais pas mis ton bredzon ce jour-là ou bien? :P
      Une super bonne soirée à toi! (et à bientôt!!)

  3. Erwann says:

    Je suis assez d’accord sur le fait que les médias français donnent une vision très biaisée de la réalité helvétique tant au niveau de la « richesse » que des étrangers.
    Les médias n’ont toujours pas compris que le pouvoir d’achat n’avait rien à voir avec le taux de change. 4’000 CHF représente un minimum vital en Suisse du fait du niveau des loyers, des frais de santé, des prix de l’alimentation, etc. Un résident Suisse gagnant CHF 4’000.- par mois ne dispose pas d’un pouvoir d’achat 4 fois plus élevé qu’un Smicard en France.
    Les 25% d’étrangers correspondent à une vraie réalité de longues dates (c’était déjà le cas, il y a près de 30 ans). Que diraient les Français, s’il y avait réellement 25% d’étrangers en France ? c-à-d. 60 millions de Français plus 20 millions d’étrangers ? …
    Ce qui est vrai, c’est que les Suisses ont le souci que tout à chacun respecte la loi ; pas seulement les Suisses par rapport aux étrangers, mais également les Suisses entre eux. Cela peut évidemment causer quelques soucis mais cela évite des situations qui dégénèrent (cf. la résignation en France de nombreux Français, des forces de l’ordre, des enseignants, etc.).
    Ce qui est sûr, c’est que la Suisse, malgré une géographie difficile qui renchérit significativement les infrastructures, est un pays qui est prospère car il travaille. C’est le travail qui génère la prospérité et non l’inverse. Outre les 25% d’étrangers, ce sont quelques centaines de milliers de frontaliers – AT, DE, FR, IT – qui viennent chaque jour travailler en Suisse. Dois-je rappeler que la plupart des entreprises pratiquent la semaine de 40 (pour les plus chanceux) voire de 45 heures ?
    Je pense que la mauvaise image qui est donnée de la Suisse dans les médias Français est d’abord due à de la jalousie et à une arrogance toute parisienne : vous êtes des ploucs, nous savons tout mieux que vous !
    Je pense que si certains Français se conduisaient mieux en Suisse, ils percevraient beaucoup moins d’hostilité de la part des autochtones. Cela vaut en Romandie avec certains frontaliers pas très sympathiques. Cela vaut également en Suisse Alémanique avec de nombreux francophones (malheureusement y compris certains Romands) qui refusent d’apprendre / de parler l’Allemand.
    En tout état de cause, il y a des villes / des régions où l’on se sent bien et il y a des villes / des régions d’un tempérament moins amical. Cela est vrai partout : en France, en Allemagne et en Suisse.

    • kantutita says:

      Merci pour ce long message Erwann et ta participation à cette discussion!
      Et comme tu dis les Français s’extasient devant les salaires suisses, mais ont rarement conscience du coût de la vie!
      Bonne soirée, à bientôt!

  4. Sandrine says:

    La France est indéniablement beaucoup plus ouverte que la Suisse . Mais la Suisse le fait plus intelligemment …
    Lorsque la France va accueillir 30 000 personnes, va lui donner une assurance médicale gratuite , et donner la naturalisation française a chaque bébé né en France, va scolariser chaque enfant nouvellement arrivé dans le pays …. Etc.
    La Suisse elle va accueillir 7 000 personnes (plus petit pays donc moins d’accueil ) avec une invitation à repartir au bout d’un an avec un système de prime rendue, aura des frais d’écolage à faire payer par enfant à scolariser, ne donne pas de droit du sol et a un système de naturalisation bien plus long et plus difficile, un système de santé cher (et je le trouve très injuste … Mais c’est a cause de la comparaison avec la française) …
    Il y a encore bcp de points de comparaison comme ca qui engendre cette vision de l’extérieur comme étant un pays peu accueillant .

    Les français ne savent pas tous les,détail de la gestion de l’immigration … Mais les Suisse n’ont plus ne savent pas comment les français gèrent l’immigration dans le détail, tout comme l’Allemagne est critiquée sur ces sujets … Ils y a pourtant de bonnes choses à prendre de chaque côté et des choses a jeter de chaque côté .

  5. Maxime says:

    Bonjour,

    En même temps, quand je suis à l’étranger et que des gens me parlent de mon pays comme d’un pays d’extrémistes, je leur réponds que le jour ou, à eux, leur gouvernement voudra avoir leur avis, tout en respectant les décisions populaires, on pourra toujours en rediscuter. Et là, ou je ne me fais pas de soucis sur l’image de la Suisse, c’est que nous sommes connus pour notre froideur mais aussi pour être les meilleurs amis du monde, une fois la glace brisée. Et puis, j’ai rencontré des Français, en Suisse, qui étaient là pour la recherche d’un travail et ils ont été incroyablement surpris que, malgré ce qu’ils croyaient savoir, de constater que chaque culture vivait plutôt bien ensemble et sans problème. Et puis, il est assez faux de croire que il y a moins d’étrangers en campagne que dans les villes, en proportion du nombre d’habitants, tout comme l’exemple de Leysin, les étrangers et les Suisses d’origines diverses habitant en campagne ont aussi pris l’opportunité de vivre une vie plus saine, moins stressante et sans les nuisances des villes. Ces gens en votant certaines lois se préservent de ce qu’ils ont quitté des villes. De plus, les gouvernements sont toujours actifs pour rendre les pays attractifs et compétitifs, en faisant des choix pour la prospérité des pays et donc en faisant leur jobs, ils nous font subir ou vivre les conséquences de leurs actions et c’est ainsi que nous, Suisses, décidons de réguler ou de nous protéger. Et tout ça pour un bon équilibre et des étrangers qui ne se plaignent pas souvent de leur vie en Suisse.

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