Hexagonismes mots francais

Cultivons notre vocabulaire français

Publié le 18 avril 2013 | Par kantutita | Expat en France, Langues & Francophonie

Hexagonismes mots francais

En vivant dans l’Hexagone, j’ai réalisé que certains mots français ne s’étaient pas implantées de l’autre côté de la frontière, en Suisse romande. Je consacre donc ce billet mots typiques du français de France.

Après avoir évoqué les helvétismes, ces mots suisses que les Français ne comprennent pas, ainsi que les expressions typiques du Sud de la France, voici venu le tour des mots franco-français ou « hexagonismes ». Ce vocabulaire 100% français de France n’est pas toujours compris des Suisses – même si étant exposés à vos médias en permanence, il y a bien des chances qu’on les ai déjà entendus. Il m’a donc été difficile d’en récolter…

WARNING –  Bien sûr, cet inventaire n’est pas absolu et s’appuie sur ma propre expérience: j’ai grandi à Neuchâtel, où on utilise par exemple du papier-ménage pour essuyer les tables ou ses mains, et non du sopalin. Ce mot me surprend donc et pourrait m’apparaître comme 100% français (opposé à romand). Or, par chance, une Valdo-fribourgeoise me l’a un jour appris, car il est courant dans certains cantons.

Donc les Suisses-romands, ne me jetez pas des pierres si vous utilisez une des ces expressions chez vous, mais avertissez-nous dans les commentaires. Idem pour les Français, on veut tout savoir!

Hexagonismes incompréhensibles

  • Critérium

« Tu peux me prêter ton critérium? » « Mon quoi? »

ou « Je cherche une gomme pour mon critérium »

Un critérium n’est pas un élément du tableau périodique, ni un terme savant pour dire « critère », mais simplement… un mot barbare pour désigner un « porte-mine ». C’est un nom de marque passé dans le vocabulaire grâce, ou à cause de Conté (conté les crayons, pas les frometons)

  • Une noisette

« Que souhaitez-vous boire? » « Une noisette! »

Sérieusement, boire une noisette, bizarre non?

Sur la carte des restaurants et bars, la noisette est… un café avec un nuage de lait. Cf le Guide du bar français pour les Suisses si vous êtes perplexes. Mais pas sûr que cela s’utilise dans toute la France. Je l’ai appris et beaucoup utilisé à Montpellier, dans le Sud!

  • Exo

« J’ai préparé mon exo. » Son quoi? Son exocet de compagnie? Son exonération d’impôt? Non: son exorcice!!! Car oui, un exo est bel et bien un exercice!

Un exa, on connaissait, mais pourquoi exO? Un exé aurait été plus logique… Tsss, tsss, tsss.

  • Mesclun
mot francais

Au menu d’un restau genevois: de la salade de Mesclum (sic)

« Tu veux du mesclun? » « Qui est-ce qui est mesquin?! »

Pour être exact, le mesclun est « un mélange de pousses et de feuilles de différentes plantes potagères » d’après votre encyclopédie en ligne préférée.

Le mesclun est donc un mélange de salades, comme ceux qu’on achète à la Coop ou à la Migros dans un sachet. À l’époque pas si lointaine où je vivais en Suisse, ces salades emballée n’avaient pas de mention ‘mesclun’ dessus, or en France c’est un terme couramment imprimé sur ces articles.

J’avais déjà rencontré le mot mesclun un jour à Genève, sur une carte de restaurant qui prenait l’air sur le trottoir (photo ci-contre)

… mais les Genevois ne sont pas un exemple, comme ils sont presque français’ (c’est une blague romande).

Le français de France dont on devine le sens

Parce qu’on n’est pas cons non plus.

  • Une blette

Évitez de parler de « côtes de bettes », car les Français mangent des blettes ou de la poirée.

« Tu vas me préparer des côtelettes de quelle bête? » « Mais non, je veux cuisiner des côtes de bettes, les légumes! »

  • Chocolatine
mots français

Capture d’écran de l’incroyable site « Chocolatine ou pain au chocolat« 

Une chocolatine est un terme que l’on rencontre parfois en France pour désigner… non pas une tasse de chocolat chaud (Ovomaltine, chocolatine… j’y ai cru) mais… un pain au chocolat, d’après mon expérience de la petite boulangerie hexagonale. Charmant, non?

Les Français se déchirent d’ailleurs sur la question, il semblerait que chocolatine s’utilise plutôt au sud de Poitiers, le nord préférant croquer dans des pains au chocolat… Rendez-vous sur www.chocolatineoupainauchocolat.fr pour trancher la question, grâce à leur magnifique carte!

  •  //Stande//

Vous avez bien compris que je parlais des stands de foire? C’est un mot qui existe en Suisse, mais on le prononce /stan/ de manière tout à fait logique, alors que les Français font sonner le D!

Pour un peuple qui francise tout, c’est un comble, non? Surtout qu’ils sont pris d’une hilarité incontrôlable parce que je dis /stan/. Pfff. Y’a pas de quoi!

  • 1999

Prononcé dix-neuf cent quatre-vingt dix-neuf (ou mille-neuf-cent quatre-vingt dix-neuf ) Oui, je sais, je vous ai déjà parlé des nombres en France et de la pénible tâche de les écrire en toutes lettres sur les chèques. D’ailleurs j’ai probablement mis tous les traits d’union à la mauvaise place. Tant pis et fous-t-en!

En Suisse romande, on dira bien sûr mille-neuf-cent nonante-neuf, et pour 80, quatre-vingt ou huitante selon le canton. Et jamais soixante-dix!!! Un barbarisme bien français, si vous voulez mon avis.

Les mots français connus comme tels

On était avertis…ce qui n’empêche pas les quiproquos

  •  Gâteaux

La Française: « J’apporterai des gâteaux. »

Moi: « Oh, tu sais, un seul suffira. »

Un gâteau en France est comme un gâteau en Suisse, mais certaines personne appellent aussi les biscuits des gâteaux. Alors vous pouvez appeler les gâteaux gâteaux, mais il faut penser que si on vous réclame un gâteau, il s’agit peut-être bien d’un biscuit.

Me suis-je bien fait comprendre?

Note importante: les gâteaux aux légumes semblent se nommer ici tartes, et les gâteaux au fromage…heu je n’en ai jamais croisé. Par contre, le mot quiche est très populaire en France.

  • Serviette

Ne pas parler d’amener son linge à la plage, car les Français du Sud pensent que vous souhaitez faire votre lessive dans la mer. Ils sont farfelus tout de même!

La plupart des Français appellent « un linge de plage «  »une serviette », ou pour être tout à fait explicite « une serviette de plage ». Je n’arrive toujours pas à m’y faire, comme de bannir ‘linge de cuisine’ de mon vocabulaire ménager et le remplacer par ‘torchon’.

[EDIT:] En revanche, une lectrice de Franche-Comté me signale qu’elle dit bien « un linge de plage » et des « côtes de bettes »! Comme quoi les différences de mots s’estompent autour de la frontière… et dans certaines régions!

Et chez vous, c’est comment?

Je suis sûre que vous avez aussi relevés des mots du français de France qui sont rares ou pas utilisés en Suisse! J’attends vos contributions dans les commentaires, dans l’espoir de réunir un jour un tome 2?

 *Ps. J’ai emprunté le terme hexagonisme aux linguistes… québécois! Après les helvétismes, les belgicismes et les québécismes, ce n’est que justice qu’un terme s’applique à leurs spécificités lexicales!

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38 Responses to Cultivons notre vocabulaire français

  1. Sylvie says:

    Est-qu’on dit un frigidaire ou frigo en Suisse pour parler du réfrigérateur ? Vous connaissez la mobylette (2 roues à moteur) ? Ce sont encore des marques passées dans le langage courant.

    • Kantu says:

      Oui, Sylvie, on utilise aussi les mots frigo, frigidaire ou réfrigérateur en Romandie. On connaît aussi la mobylette, et on l’appelle parfois « boguet ». Un pur helvétisme!

  2. Léo says:

    Si tu fais une réunion de travail, ne demande pas aux gens de prendre leurs portable, ils vont venir avec leurs natel, pas leurs pc portables ;)

  3. Je ne connaissais pas « amener son linge à la plage »….Cela m’a bien fait rire car en effet j’imagine tout de suite quelqu’un apportant sa lessive :-p

    Et on dit vraiment »gâteau aux légumes »??? Vous êtes décidément amusants (oui, oui, je me moque, comme toute Française qui se respecte!) :-D

    • Kantu says:

      Mais pourquoi voudrais-je amener ma lessive à la plage?!! Ces Français alors… Un gâteau aux légumes, ce n’est pas un biscuit avec des bouts de carottes dedans, hein, c’est une tarte salée.
      Moque-toi si ça t’amuse! Mais faudra vraiment m’expliquer d’où vous sortez la prononciation « stanDe » un jour… :P

      • SAORINE says:

        Oh, comme c’est drôle ! J’ai l’habitude de me gausser (rire) des expressions québécoises, mais je n’imaginais même pas, que nous, les français, puissions utiliser des expressions qui ne semblent pas du français pour d’autres francophones ! Un peu trop sûre d’elle même, la française ?

  4. Bizarre, vous avez dit bizarre? Mais qui est bizarre? Les Romands ou les Français??? ;-P Moi en tout cas, je vote pour le pain au chocolat! Et j’en croquerais bien un, tiens…

  5. Julien says:

    Théorie perso: comme le Suisse romand ne se sent pas « propriétaire » de la langue, il a plus d’aisance a incorporer des mots étrangers dans la langue ou à intégrer les néologismes. Voilà pourquoi la féminisation des noms de professions s’est fait en quelques années chez les Romands, alors qu’elle fait encore dresser l’oreille de nombreux Français. C’est aussi pour ça qu’un Français dit [stande] plutôt que [stan], [districte] plutôt que [distri] et [klaxone] plutôt que [klaxon], des mots importés de l’anglais qui n’ont pas encore totalement achevé leur assimilation dans l’hexagone.

    • Kantu says:

      Tu as sûrement raison. Eh oui, pour la féminisation, c’est flagrant. À Montpellier, le maire est une femme, et dans les courriers officiels comme dans les journaux locaux, tu ne liras jamais « la maire de Montpellier », toujours « le maire de Montpellier Hélène Mandroux. » Je m’arrache les cheveux, car sur la voie de la féminisation des noms de métiers, c’est quand même un terme facile à adapter! Un blocage bien français: en Romandie, le terme est épicène bien sûr (càd qu’il peut être féminin OU masculin, suivant l’article, sans rajout de suffixe. Comme secrétaire ou… ministre.)

      • Swidzernaïv says:

        Il y a aussi les histoires des femmes des officiels. En effet, la femme d’un général se dit Madame le Général (je crois). Et maintenant, on dit aussi Madame la mairesse pour parler de la personne mais de Madame le Maire pour parler de la fonction. Ce sont des subtilités, mais il n’y a pas de règle définie.

        On dit aussi « sage-femme », même pour un homme (vécu), plus facile à prononcer que « maïeuticien » !

    • SAORINE says:

      C’est tout à fait cela !
      Sauf, klaxon.

  6. JP says:

    En bon français, j’avais déjà vu à maintes reprises « salade de mesclun » sur les cartes des restaurants… mais je n’ai jamais compris ce que c’était exactement! Merci pour l’explication. Par contre pour la noisette je n’en avais jamais entendu parler, ni dans un restaurant ni ailleurs.
    Pour ce qui est du « stande », je pense que Julien a raison. Quant à dire que les français francisent tout, il y a de grosses exceptions. Les anglicismes passent très bien et les français en inventent beaucoup (comme « chips » ou « flipper »), voire anglicisent leur vocabulaire. L’exemple que je pourrais apporter ici est le mot « suspense » (comme « un film à suspense »), qui vient de l’anglais « suspens », qui lui-même vient du français « suspens » (prononcé /suspen/), qui à l’origine était aussi adapté à l’utilisation que l’on fait du mot « suspense » maintenant…
    Et il y a une explication simple à « exo ». C’est une forme d’abréviation, en -o, comme dans le cas (que tu connais je suis sûr) de l' »apéro », version raccourcie d' »apéritif ». Vous dites peut-être un « apéri » en Romandie?^^

    • Kantu says:

      Oh, JP, vas-y, moque toi! Un apéri, tss, tss, tsss. Mais oui, les abréviations en -o, c’était donc ça!
      Ah tiens, pas de noisette? Peut-être est-ce plutôt dans le Sud alors…
      Pour le stand, avant d’aller en France, je n’avais en fait pas réalisé que c’était un mot anglais, tu vois, il faisait naturellement partie de mon vocabulaire. En Suisse, on l’a adopté, assimilé, c’est sûr, comme le dit Julien. Intéressante théorie d’ailleurs!

  7. hulkvert04 says:

    « pour la noisette » En fait, on demande UN noisette, sous-entendu un café avec une noisette de crème ou lait, svp !

    • Kantu says:

      Mince! je dis toujours UNE noisette – et suis reprise par les serveurs du Sud qui répètent « une noisette, très bien ». Se moquent-ils de moi? Je vais essayer avec un noisette, cela sonne bien :)

  8. Alfred says:

    Trop drôle cette page :-)
    Je suis français expat en Suisse et… tiens je précise qu’entre le noisette français et le renversé suisse ça fait 1 partout…
    oui moi aussi j’ai du mal avec les linges de cuisine (je suis cuisinier) mais encore plus avec un « linge de bain » c’est tellement naturel une serviette éponge :-))
    Le papier tella au lieu du sopalain , putzer pour nettoyer.. et puis l’image que j’avais de la France ou on pouvait allez chez le medecin on avait jamais rien à débourser (ce qui n’est pas tout à fait vrai, les mutuelles c’est pas donné) alors qu’ici il faut parfois se dire: je parle juste au docteur de mon mal au genou parce que si je lui parle de mon mal aux oreilles ça va me coûter 30.- de plus. C’est surtout qu’il faut étudier cela de très près (les diverses assurances maladies de base, les franchises etc) et que si les français venaient tous faire un séjour en Suisse ils abuseraient ensuite moins de la sécu et son déficit ne serai pas aussi colossal.
    ça c’est fait.

  9. Alain says:

    Excellent le blog !
    En tant que Suisse, je suis toujours stupéfait d’entendre les commentateurs sportifs français prononcer le prénom de Schumacher comme « Maille-keul ». Il serait logique qu’ils le prononcent soit à la française « Mikaèle » soit à l’allemande « Mischaël », langue maternelle du pilote, alors pourquoi à l’anglaise ?

  10. Marc says:

    A propos de la prononciation de certains mots qui diffère d’un pays à l’autre, j’ajouterais encore ces mots-ci :
    – VINGT (le « t » se prononce toujours en Suisse – du moins dans mon canton, je ne sais pas si c’est généralisé -, alors que les Français ne le prononcent que devant un autre numéral [21, 22, 23…], sauf bien sûr leur fameux « quatre-vingt-dix » * [et autres composés])
    * J’en profite pour préciser que dans mon canton (Fribourg), en plus de « nonante », on dit aussi « huitante » et non « quatre-vingts » (on suit la logique jusqu’au bout).
    – DISTRICT (là, c’est le contraire : les Français proncent la fin comme le mot « strict », alors qu’en Suisse, le district – subdivision du canton – se termine oralement en /i/)

    Après, il y a encore de multiples manières de prononcer les voyelles, notamment dans les suffixes ; un cas typique : les mots en « -ot », que je prononce comme dans « botte » (sans le « t » évidemment), alors que les Français le prononcent généralement comme dans « beau ».
    Ce qui a pour conséquence, par exemple, que si on n’a pas le contexte, on ne sait pas si les Français parlent de mots ou de maux (alors qu’en Suisse, en principe, on entend la différence – idem avec « pot » et « peau »…).

    • Kantu says:

      Aha! À Fribourg aussi vous êtes des adeptes du huitante, comme les Vaudois!
      C’est vrai que la différence de prononciation est amusante pour le mot district, vingt ou stand (les Français disent le « d » à la fin!)
      Ici au Québec, j’ai remarqué, à force qu’on me parle du mois doux, qu’il s’agissait en fait du mois d’août – mais ils ne disent pas le « t » à la fin. Je crois avoir entendu les deux versions en France.

      Et pour les différences de « o », c’est tout un poème! Surtout que dans le Sud de la France, les o changent encore… cela crée quelques confusions. En Suisse, on comprend tout de suite si on parle de pot ou de peau, de boulot ou de bouleau comme tu le dis, c’est si pratique!

  11. Isa says:

    Je confirme aussi que j’ai déjà entendu « bette » en France, sans n’avoir jamais entendu « noisette » ! Est-ce un parisianisme ?!

  12. Valerie says:

    Pour gâteau quand il s’agit de fruits ou de légumes on dit aussi : tarte :)

    A ne pas confondre avec la claque, la baffe, la gifle.

  13. Pillard Eveline says:

    Voilà, moi j’ai le sommet dans le genre: un tricot de peau (wtf? :-) ), pour désigner un maillot de corps, et: un gilet, ou un cardigan, pour désigner une jaquette de dame, alors que tout le monde sait qu’un gilet est un vêtement masculin, et que le mot cardigan est d’origine galloise! Mais lol!

    • Kantutita says:

      Beau résumé Eveline!
      On s’y perd en effet!! Pour le voc des vêtements, je ne suis pas encore au top…
      Quand je dis que je vais prendre une jaquette, les Français ouvrent des yeux ronds en effet!
      Et on n’est pasd’accord non plus sur le sens du « veston » pour homme…

  14. Jonas says:

    Il y a aussi l’édredon qui me demande un instant de réflexion avant de comprendre. Un duvet, c’est tellement plus logique et beau…
    Quand à la couette, inutile de dire que ça ne représente pour moi qu’une coiffure enfantine d’une jeune fille.

    • Kantutita says:

      On est donc totalement du même avis ;)

      Parfois les Français sont curieux à mes oreilles suisses… Mon ami qui est français utilise « duvet » uniquement pour désigner un sac de couchage par exemple!

  15. SAORINE says:

    C’est génial cette page, cela ajoute un peu de modestie à mon chauvinisme carrément occulté !!

  16. Yves says:

    Et c’est bien marrant, mais je vais en donner quelques-un aussi…
    Une panosse ?
    Une Vassingue ?
    Une patte à relaver ?
    Une endive ?
    Du rampon ?
    Du cenovis ?
    Des rebobes ?
    La suite à la revoyure, j’attends vos traductions et srtout dôù ça nous vient ces mots ?

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