La théorie de la relativité… des distances

Publié le 22 août 2013 | Par kantutita | Bienvenue en Suisse, Différences culturelles, Expat en France

La notion de distance est très variable d’un pays à l’autre…

Normal, me direz-vous, avec une vaste contrée comme la France, les habitants ne lésinent pas à faire quelques kilomètres pour se rendre d’un point à l’autre… Un même trajet en Suisse deviendrait presque une épopée. Sommes-nous plus flemmards que nos voisins? Conditionnés par l’étroitesse de notre territoire? C’est un détail amusant qui m’a sauté aux yeux lors de mon dernier séjour en Suisse.

Sur la route... qui mène à Neuchâtel

C’est la vue magnifique sur le lac de Neuchâtel que j’ai après 5h de route, lorsque je débarque dans ma région natale. En train, c’est vachement plus beau car on prend plus de hauteur.

Bien sûr, les pendulaires et les Suisses adeptes de la conduite ont probablement une notion différente des distances que mon entourage direct, pris en exemples pour ce billet!

La semaine dernière, je résidais dans la commune de La Tène, du côté de Neuchâtel, et au fil de la semaine, j’ai pris le volant pour me rendre à plusieurs endroits réputés moyennement loin: le Val-de-Travers, la Chaux-de-Fonds  (il ne neigeait pas, cette fois, mes moonboots n’étaient pas de sortie) ou … Lausanne.

Avec stupéfaction, j’ai réalisé qu’ils étaient à côté, mon GPS me les indiquait à seulement une demi-heure de route – et 45 minutes pour la ville lémanique. Pourtant, ces endroits sont perçus comme relativement « éloignés ». Est-ce ma notion des distances qui a changé depuis mon expatriation? Eh oui!

Depuis Montpellier, nous prenons souvent la route pour souper chez des amis vivant à 40 minutes de là, sans que cela ne soit perçu comme une expédition. Le même trajet vers Lausanne, et je me pose la question « est-ce que cela vaudrait la peine de rester dormir sur place? » Sans blague!

Un Helvète avec qui je discutais de cette question de perception des distances m’a fait remarquer qu’entre Neuchâtel et Lausanne, on avait l’impression de traverser un tas de communes et d’agglomérations, alors que le même trajet au départ de Montpellier se faisait à travers les étangs de Petite-Camargue ou la campagne languedocienne… Est-ce que la densité des villages traversés participe à cette perception d’éloignement, comme une illusion kilométrique? Probablement. Faire un Neuchâtel – La Chaux-de-Fonds, c’est changer de ville. Et pour se rendre au Val-de-Travers, on entreprend carrément la traversée en long du canton!

Distances: Quand tout est plus grand, tout semble plus près

Autre détail amusant, il arrive souvent que des amis ou connaissances me disent passer dans la région, car ils partent en vacances au Sud de la France. Sur la carte de l’Hexagone, les villes semblent si proches… mais le Sud de la France, cela va de Bordeaux à Nice (7 heures par la route la plus courte).

Exemple: « Je passe à côté de chez toi, à Toulouse / Aix-en-Provence / Marseille / Six-Four-les-Plages. On pourrait se voir pour faire un barbecue à midi / se retrouver après mon concert / se boire un verre? »

Mouais. Sauf que les cocos, vous n’êtes pas vraiment à côté de chez moi! Ils imaginent qu’en trois coups de volant je serai sur place! C’est amusant. Bien sûr, quand je le peux, je saute sur l’occasion pour aller visiter un nouveau coin de France – mais cherche un endroit où passer la nuit d’abord!
Un long trajet en Suisse:

Un trajet moyennement court en France

En fait, contrairement aux apparences, c’est la même longueur! Un aller-retour Montpellier – Six-Four-Les-Plages, si proches sur la carte de France, est équivalent à un Lausanne-Zürich (4h40 en tout A/R). Dans le Sud, on traverse un petit bout d’autoroute, en Suisse, le même trajet ressemble à une traversée du pays entier! (Et coûte moins cher grâce à la vignette – aïe aïe pour les péages!)

« Je passe à PARIS! On peut se voir? »

Paris - > à l'autre bout du pays

Paris est… à l’autre bout du pays. Amis suisses, retenez la leçon de cette anecdote:  la France, c’est grand.

Et No Comment sur les gentils messages de Suisses qui me signalent leur passage dans la ville Lumière (Paris, pas Lyon) « On pourrait se voir pour l’occasion, non? » Comment vous dire… Je vis bien en France, mais… heu… pas à Paris… Un saut à Paris, c’est pas comme un saut à Genève depuis Neuch! Et non, je n’y « monte » pas tous les mois, dans la capitale. Et si on se retrouvait à Genève après tout? À vol d’oiseau cela semble vachement plus près tout de même!

Rhalala… C’est bien connu, la France, c’est Paris… Même pour les Suisses! Quoique vu le nombre de plaques d’immatriculation CH que je croise ces jours, ils préfèrent les vacances dans le Golfe du Lion qu’à la Seine plage. Peut-être parce qu’on peut s’y baigner?

En passant -> Quelle idée de se taper des kilomètres de bouchon sur les routes de l’Hexagone pour goûter à de l’eau salée, avec tous les beaux spots de baignade dans les lacs du pays! ;)

Et vous, avez-vous observé des différences dans la perception des distances de votre côté, en Suisse ou en France? Ou en tant qu’expat ailleurs dans le vaste monde? Trouvez-vous aussi que les Romands sont un petit peu paresseux du déplacement, ou c’est juste une impression? ;)

route suisse

/YPFL



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13 Responses to La théorie de la relativité… des distances

  1. Léo Maradan says:

    Quand je suis partis en vacance au Japon en mai 2011 (donc 2 mois après le Tsunami), on m’a dit de faire attention (on m’a même prévenu de « danger de mort par iradiation »), car je serais à coté de la central de Fukushima

    A coté… 350km à coté, environs, pour Tokyo. Et la même distance que Paris-Montpellier entre Fukushima et Kyoto :)

    Les distances des autres pays sont toujours très mal perçu, j’ai l’impression

  2. Kantu says:

    Tu dois avoir raison! Surtout que le Japon, cela ne fait que quelques centimètres sur la carte du monde, tout a l’air tout près… ;)

  3. C’est amusant, j’avais observé ça lors de mon premier séjour aux USA. « Ce n’est pas loin, c’est à 4h de route ».

    Et c’est vrai qu’en arrivant en Suisse, j’avais un peu l’impression que tout était près. Et je n’hésite pas à me déplacer « loin » pour une journée si j’ai envie d’aller à un endroit, ce qui étonne parfois certaines personnes. ;-)

    Mais j’ai tout de même parfois le même problème que toi, genre « je passe à Genève, tu n’es pas loin, on peut se voir? ».

    • Kantu says:

      Haha, alors cela marche dans les deux sens… d’ailleurs je passe à Genève cet automne… lol! Et pour les USA – cela semble logique finalement, c’est un pays même plus grand que la France ;)!

  4. JP says:

    Je me rappelle une fois, dans mon école on avait reçu des étudiants américains pour un mois. Les week-ends ils les passaient à Berlin, Budapest ou Madrid, parce que c’est « à côté » à leur échelle… Nous européens on aurait réfléchi beaucoup plus avant de prendre une telle décision!
    Et depuis que je suis en Suisse il y a beaucoup d’endroits où je ne vais pas parce que c’est « trop loin », alors que c’est juste à côté! Par exemple Zürich est déjà presque trop loin, alors que c’est à 1h10 en train…

    • Kantu says:

      Haha, voilà un bon exemple, Zurich, c’est trop loin… mais juste à une heure de route!
      C’est vrai que les Américains qui visitent l’Europe font des sauts d’une capitale à l’autre – tout naturellement…

  5. Jasmin says:

    C’est pareil ici au Canada… Toronto/Montréal:6 heures de route!

    Ce qui est embêtant ici, c’est que si tu n’as pas de voiture, c’est dur de sortir de la ville. Oublie le train, ici ça coûte un bras et ce n’est pas très rapide…

    Je crois que c’est aussi pour cela que j’ai envie de retourner vivre en Europe, pouvoir me dépalcer d’une ville à l’autre, d’un pays à l’autre facilement et sans que cela me prenne la journée!

  6. Ben-J says:

    Très intéressant comme article. J’ai eu le problème inverse du français normand qui débarque en Suisse.
    En voulant faire Gruyères-Leysin, je me suis dis que ça serait vite fait puisque sur la carte, les points sont éloignés de quelques centimètres seulement. C’était sans compter les montagnes ! Et oui, il y avait comme un obstacle à franchir et si la route en « vol d’oiseau » est courte, celle du goudron du plancher des vaches est autrement plus longue à cause du relief.

    Par contre il est vrai que depuis que j’habite au « Bout du Lac », aller du côté du Chablais valaisan semble être une aventure malgré que cela ne fasse qu’environ 1h15 de voiture. Elle est loin l’époque où je faisais 2h de voiture entre Paris et Normandie deux fois par semaine sans que cela me semble long.

  7. Martouf says:

    Très bon article. Très original. C’est vrai que la notion de distance est très très relative !

    Moi je me suis fait avoir à chaque fois que je suis allé à Paris…. « ah c’est juste 2 stations de métro plus loin… on va à pied alors…. » et finalement c’est un peu plus que 2 arrêts de bus en suisse.. :P

    J’ai aussi fait l’expérience avec la TV. Fin 2011, j’ai fait du vélo dans les rues de Neuchâtel, avec un candidat à la candidature pour les élections présidentielles françaises… Il y avait les caméras de France 3 qui nous filmaient… et on devait traverser la ville…. ils étaient persuader que ça allait prendre des plombes… mais traverser Neuchâtel à vélo… en 10 minutes c’est fait !! :P

    Pour tout déplacement ils demandaient « combien de temps… c’est loin.. ».. c’était dur d’expliquer que d’aller en voiture ça allait être plus long que d’aller à pied… tout simplement par ce que le parking est autant loin que d’aller à la destination directement à pied !

    Sinon avec la TV… Les français n’ont pas peur de faire de grandes distances pour pas grand chose… pour 1 minute de reportage sur 100% mag sur m6.. il y a une journaliste et un caméraman qui sont venus de Paris à Neuchâtel pour me filmer en train de manger une fondue sur un canoë !!
    Vive la fondue extrême ! :)

  8. C’est très vrai ! Passer la soirée à Lausanne depuis Genève ? ça s’organise ! En habitant rive droite, rien que de passer rive gauche demande de l’organisation LOL ! Bon ça c’est pas tout à fait vrai, mais en tout cas j’ai beaucoup aimé ton article :-)

  9. Christine says:

    C’est la première chose qui m’a surprise à mon arrivée à Ottawa (Canada), il y a presque 30 ans…les distances! J’arrivais de Nîmes. Deux semaines après mon arrivée, on m’a amenée passer un week end à Québec. 6 h de route aller et pareil au retour, car en plus la limite de vitesse sur autoroute est ridiculement basse et la personne qui était au volant la respectait scrupuleusement…En France, je n’aurais jamais fait 6 h de route juste pour un week-end! Un amie vient juste d’aller passer la journée à Montréal, pour « magasiner »… 2 h aller, 2 heures retour… en Europe, on trouverait ça presque fou!
    Chouettes articles, bravo!

    Christine

    • Kantu says:

      Bienvenue Christine et merci pour tes encouragements!

      Ah oui, en effet, c’est assez fou comme idée de trajet à faire le week-end! 12h de route!!! Tu passes ta fin de semaine dans ton char alors… En tout cas avec mon regard de Suisse cela semble inenvisageable! On n’a pas vraiment l’habitude des grands espaces…

      Salutations à Ottawa alors! Au plaisir de te relire par ici!

  10. l'Alias Instruments says:

    Oui, les distances changent de par la dimension du pays, mais, j’ai l’impression que la culture est le métier font aussi beaucoup!
    (je suis Suisse, mais je suis aussi luthier, du coup le temps, je n’en ai pas grand chose à carrer! Si je veux aller à Zurich je vais à Zurich, si je veux aller à Marseille, je vais à Marseille!)
    Mais c’est vrais que je constate chez mes proche et mes clients, que faire un trajet de plus de 15 minutes demande à être planifié à l’avance…! (Moi, ça me fait rire!)
    Je crois que la mentalité des Suisse, niveau travail (hyper stressé à être méga rentable) joue pour beaucoup!
    Rien que voir qu’ont a 42 heures de travail par semaine, et que ça risque d’augmenter, ça montre comment c’est des tarés! (y sont fou ces Suisse!) Bon, d’accord, j’en fais au moins 70 par semaine, mais ça compte pas, c’est pas vraiment un travail, c’est surtout une passion qui me fait gagner des sous (oui, par-ce que dire que je gagne ma vie…!)

    Donc si ont résume, la vie en Suisse t’oblige à devenir un maniaque de rentabilité, (bon, ya toujours des extravagants qui ne sont déjà pas assureurs, mais qui en plus s’en tape complètement!) donc être sûr que ça vaut le coup de se déplacer…!

    (quand je vois une partie de ma famille qui vient de France ou d’Espagne, font 8-12 heures de route pour passer deux heures en Suisse [bon, ya l’événement qui va avec, mais quand-même], bin je me sens petit quand-même!)

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