La grève est un sport national français. Le hic, c’est que cela paralyse une autre partie de la population: ceux qui ne peuvent plus se rendre au boulot (grève des transports) ou amener leurs enfants à l’école (grève des profs)! Au début, j’ai été réellement stupéfaite par la quantité de manifestations organisées à l’échelle de Montpellier. Les Français, eux semblent habitués…

“Génération Pétrole” et “Les Pollueurs Sans Frontières” font entendre leurs idées sur la voie publique

Manif européenne contre l’austérité, à Montpellier en février 2012

Perturbations sur la ligne…

Évidemment, c’est important de se battre pour ses droits. N’empêche que cela peut drôlement compliquer la vie des usagers, comme vous le verrez ci-dessous avec l’exemple de M. et Mme Quidam.

Le cas classique, c’est la grève de la SNCF, qui survient comme par hasard LE jour du trimestre où vous voyagez.  Plus moyen alors de poser son arrière-train sur une banquette. Soit votre TGV est annulé (il faut donc attendre le suivant – s’il existe), soit il est bondé. Ainsi, je me suis plusieurs fois retrouvée assise parterre avec un tas de voyageurs qui prennent leur mal en patience, alors que le reste du wagon se disputent les places assises.

 

“Les deux-roues c’est relou, les 4X4, c’est l’éclate!”

MA-NI-FE-STA-TION!

Les grévistes défilent dans les rues avec des banderoles et des porte-voix pour afficher leur mécontentement. Ils ne sont pas les seuls à investir l’espace public: les associations ou d’autres groupements prennent la relève!

Tomber sur un cortège ou un groupe de militants qui distribue des tracts lors de balades en ville fait partie de la routine, que ce soit contre la corrida, pour soutenir un politicien ou pour l’exploitation de la planète  (à prendre au troisième degré, évidemment, lire ici leur pamphlet hilarant).

Mes concitoyens manifestent comme ils respirent. Depuis mon balcon, j’entends régulièrement une clameur monter du centre-ville, indice qu’un rassemblement a lieu. Au début, cela m’intriguait, je cherchais sur internet de quoi il pouvait s’agit. Mais maintenant, plus de suspense, je me suis laissée lasser par ces manifestations incessantes…

 

La difficile semaine de M. et Mme Quidam

En octobre dernier, j’ai recensé plusieurs actions à Montpellier la même semaine. Voilà ce qu’aurait pu vivre un quidam étourdi – les grèves étant annoncées dans les médias.

Lundi

Monsieur Quidam attend le tram qui doit l’emmener au boulot. Expatrié dans la lune, il ne voit pas le panneau qui annonce des perturbations à cause d’une grève des transports. Les trams, moins nombreux sur le réseau, sont pris d’assaut par des étudiants. Quand un véhicule arrive enfin, M. Q. ne parvient pas à se glisser dans la cohue: les voyageurs sont déjà écrasés contre les vitres des portes! Quand notre employé modèle se résout à enfourcher son vélo, il a déjà 30 minutes de retard…au moins.

Il n’a pas fait deux tours de pédales que son portable sonne. C’est sa femme: elle vient d’apprendre que la cantine des enfants serait fermée à midi parce qu’il y a une GRÈVE CONTRE L’AUSTÉRITÉ. “-Qu’est-ce que c’est, ça?”  “En tout cas, ça pourrait durer quelques jours…” élude-t-elle.

L’homme fait demi-tour et appelle son patron pour prendre un jour de congé et s’occuper de ses gosses à midi. (Tant pis, c’était son dernier, il l’économisait pour les emmener en excursion au Pont du Gard!)

Le reste de la semaine

Les Quidam prennent de nouveaux réflexes. Ils suivent l’état de la grève à la radio et s’abonnent au journal local.

Vendredi

Ouf! Tout semble rentré dans l’ordre! Madame Quidam s’étonne toute de même de croiser un groupe de personnes qui pique-niquent sur la Place de la Comédie. “Curieuse idée, sur du bitume”. Elle ne sait pas qu’il s’agit d’un pique-nique de mécontentement, suite à la suppression de 158 postes dans un média régional.

Elle n’a pas le temps de se poser plus de questions: elle reçoit un appel de sa mère, qui devait leur rendre visite ce week-end. Les contrôleurs aériens de l’aéroport français où elle devait atterrir sont en grève: elle n’est pas sûre que son vol soit maintenu…

Le soir, en rentrant, Mme Quidam trouve un autre groupe assis sur du bitume. Cette fois, c’est devant le Parc du Peyrou. “Que font encore ces gens?” se demande-t-elle.

Elle ne comprend pas le panneau “Peyrou libre” et ne se doute pas que ces jeunes organisent un sitting pour revendiquer leur droit à festoyer dans ce lieu, rendez-vous des fêtards fauchés. La mairie en a fermé les hautes grilles suite à plusieurs fêtes beuveries.

Samedi

Les Quidam se ruent sur leur boîte aux lettres pour lire le journal, rattraper leurs lacunes et mieux comprendre le pays où ils sont tombés. Bien sûr, la rédaction étant en grève, le ventre de leur boîte aux lettres est vide.

Monsieur Quidam allume la radio en espérant secrètement que la grève des contrôleurs aériens dure encore un peu…

La même semaine, le frère de M. Quidam qui habite Paris a dû faire face à la grève du métro (il s’agit du même mouvement social qui perturbe les transports publics et les écoles montpelliéraines), et sa cousine, installée à Marseille, a rencontré d’autres problèmes avec les trains régionaux…

La famille Quidam a beau être inventée, ces grèves ont réellement eu lieu en l’espace de 10 jours en octobre dernier. Cela vous semble faire beaucoup? C’est vrai qu’en Suisse, les grèves sont exceptionnelles! Et dans les petites villes romandes, on ne croise que rarement des manifestations. C’est une autre culture!