Curieuse d’observer le rituel pour élire un président, j’ai suivi un Français qui allait glisser son bulletin dans l’urne. La recette implique une petite enveloppe bleue, un tas de bouts de papiers gaspillés et une carte d’électeur. C’était ma première élection présidentielle car en Suisse, on vote plusieurs fois par an, mais jamais pour élire le président de la Confédération…

Un bureau de vote, cela peut-être délicieusement désuet. Celui de mon Français était improvisé dans une salle de classe d’une école du quartier, à côté du parc du Peyrou. L’endroit est désert, à part deux bonnes sœurs très âgées venues elles aussi accomplir leur devoir de citoyennes.

J’ai pu en observer le rituel. D’abord, il faut s’assurer d’avoir en poche sa carte d’électeur, un sésame à récupérer à la mairie. Ce peut-être l’excuse de certains pour ne pas voter: “Mince, j’ai oublié de la demander!” C’est vrai que cela ne fait qu’un an et quelques mois qu’on parle de la Présidentielle.

Dans le bureau de vote, les Français ramassent sur une première table une petite enveloppe bleue, ainsi qu’un billet au nom de chaque candidat. À chaque vote, 9 d’entre eux finissent logiquement à la poubelle. “Si tu assumes ton choix, pourquoi tu ne prends pas que celui de ton candidat?” “C’est le rituel!” Ah. J’éteins ma conscience écologique, la jugeant déplacée en ce grand jour.

Dans l’intimité de l’isoloir

Après avoir tiré le rideau d’une cabine de vote, mon citoyen cobaye glisse le nom de son président préféré dans l’enveloppe (je ne vous dirai pas lequel). Il sort, jette les autres candidats dans le sac poubelle prévu à cet effet, puis se dirige vers la seconde table. Il figure bien sur la liste et doit montrer sa carte d’électeur en papier ainsi qu’une pièce d’identité. La personne en face de lui déclare très solennellement, “a voté” alors qu’il dépose son bulletin dans l’urne. Il n’a plus qu’à signer le registre qui lui est tendu à l’envers. Les élans des virtuoses de la signature sont contenus par un carré de métal, qui empêche de déborder de la case.

C’est fait! “Nous” avons voté, le tout en moins de cinq minutes. On recommence dans deux semaines pour le second tour…

Dernière remarque verte spécial élection (c'est promis): Il y a en fait 19 papiers jetés par votant, car un éventail de ceux-ci est expédié par courrier dans les ménages pour titiller l'esprit civique des Français (avec les programmes des aspirants présidents).

Pourquoi en Suisse, j’évitais les urnes…

Désolée de barber les Français avec ces détails qui n’ont rien d’extraordinaire à leurs yeux. Pour moi, si. Je ne me suis plus retrouvée face à une urne depuis longtemps. Ne croyez pas que je n’accomplissais pas mon devoir de citoyen en Suisse! Je préférais seulement le faire par correspondance, plutôt que de me rendre au bureau communal (se lever le dimanche 3 à 8 fois par an? pas folle).  Surtout qu’une légende urbaine dit que qui vote au guichet de la ville risque d’être désigné volontaire pour trier des bulletins…

L’Helvète vote plusieurs fois par an

“Mais en Suisse, c’est obligatoire de voter, sinon vous risquez une amende, hein?” m’a lancé un Français dernièrement. Et non, c’est faux! Cela ne concerne que les habitants du canton de Schaffhouse (et l’amende est de quelques francs pour les abstentionnistes qui n’ont pas d’excuse valable).

Si les Suisses se rendent aux urnes plusieurs fois par année, c’est souvent pour voter sur différents objets en même temps. À titre d’exemple, j’ai reproduit ci-dessous les sujets des trois votations fédérales de 2010.

07.03.2010 Recherche sur l’être humain
Initiative pour l’institution d’un avocat de la protection des animaux
Prévoyance professionnelle: adaptation du taux de conversion minimal
26.09.2010 Révision de la loi sur l’assurance-chômage
28.11.2010 Initiative sur le renvoi des étrangers criminels
Contre-projet à l’initiative sur le renvoi
Initiative pour des impôts équitables

À cela s’ajoutent les votations et élections cantonales (4 pour le canton de Neuchâtel en 2010) et communales (+1 pour la ville de Neuchâtel en 2010). Cette année-là, un Neuchâtelois modèle aurait dû se rendre 8 fois aux urnes.

…vous comprenez pourquoi le vote par correspondance fait gagner du temps?

Le rituel de vote suisse

Lorsqu’on reçoit l’enveloppe contenant son matériel de vote, il suffit de l’ouvrir précautionneusement (car elle est réutilisable) et de:

1) Répondre OUI ou NON aux objets soumis au peuple, comme ci-contre (après avoir étudié le fascicule d’explications fourni par la Confédération, c’est mieux). Glisser sa réponse dans une seconde enveloppe.

2) Signer la carte de votant à son nom

3) Jeter le tout dans la première enveloppe, l’affranchir… ou l’apporter au bureau de vote le jour J.

Un superbe mode d’emploi en images est disponible sur le site du canton de Vaud. Avertissement: il semblerait que les couleurs des enveloppes changent selon les armoiries des cantons.

Voilà, j’ai réussi à poster un billet sur les élections sans jamais parler de politique! Mais si vous souhaitez commenter le score de Marine Le Pen, calculer savamment les voix de gauche et de droite ou pronostiquer l’orientation des partisans de Bayrou, les commentaires vous sont grands ouverts!

[Illustrations: photos du grand jour + Bulletin de vote piqué sur le site du canton de Vaud]

MISE À JOUR – le 6 mai 2012

Rebelote aujourd’hui au bureau de vote. Sensible au gâchis écologique (voir plus haut), mon citoyen modèle a fait mine de ne prendre qu’un bulletin, au nom de son favori. Il s’est fait reprendre sèchement par la matrone en charge des urnes: “On prend les DEUX bulletins, Monsieur! C’est comme ça!” assène-t-elle. Elle m’a aussi jetée hors de l’isoloir – malgré ma promesse de ne pas influencer l’électeur. Heureusement qu’elle n’était pas là quinze jours plus tôt alors que je prenais des photos de la petite enveloppe bleue en ce même lieu… La règle, c’est la règle! Il n’y a pas de raison pour que le devoir civique se fasse dans la joie et la bonne humeur.

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