Des mots & expressions de Lorraine

Des mots lorrains… mais pas que!

Publié le 8 juin 2016 | Par Kantutita | Langues & Francophonie

Vous me connaissez, je suis toujours à l’affût de mots régionaux! J’ai donc commencé ma chasse autour des expressions lorraines. Voici ma première récolte! Et quelle surprise: certains mots lorrains ont aussi cours en Suisse romande… La preuve si on en avait besoin que les expressions ne connaissent pas les frontières!

Ce que je m’amuse aussi à relever quand je parle avec des Lorrains ou des Français installés ici depuis un moment c’est… qu’ils bouffent la fin de certains mots (tout le contraire du Sud du coup).

L’exemple le plus flagrant: en disant « Je cherchais des macarons dans le frigo mais y’en a plus » ils auront une forte tendance à prononcer « y’en a pus » sans dire le « l »! Ils prononcent aussi « quat‘ » pour quatRe et ont tendance à dire ui pour oui…

Mais passons aux expressions lorraines! Attention, j’imagine que leur usage peut varier entre les 4 départements: la Meurthe-et-Moselle (où je vis actuellement) la Moselle (limitrophe avec l’Allemagne notamment), les Vosges et la Meuse. À vous de venir préciser dans les commentaires si vous les utilisez, ou d’apporter des nuances à mes observations!

Des mots et expressions de Lorraine… aussi suisses!

Vui, vui, certaines expressions lorraines sont aussi suisses en fait! J’ai remarqué avec surprise quelques similitudes entre nos vocabulaires régionaux respectifs! On va commencer par ceux-là, ces mots lorrains que j’utilisais aussi en Suisse, et que vous pourrez essayer si vous partez en vacances dans mon petit pays d’origine (ou si, amis suisses, vous passez par la Lorraine).

Le cornet

Le mot cornet est emblématique de la Suisse romande pour moi: c’est bien connu qu’il mène à des quiproquos quand on l’utilise en France… Or ce n’est pas le cas en Lorraine, où on peut vous proposer aussi un cornet, donc un sac en plastique, pour ranger vos courses! Étonnant non?

Dans le Sud-ouest de la France, c’est amusant aussi: ils disent une poche!

Un schluck!

J’adore cette expression! On peut dire: « Tu veux un schluck? »  à un ami pour lui proposer de goûter sa boisson. Un schluck (prononcé « chlouk ») veut simplement dire une gorgée! C’est un mot que j’employais à Neuchâtel, mais qui est aussi courant en Alsace et en Moselle, selon cette étude. Et ailleurs en Lorraine? Il est aussi en partie utilisé! Comme vous vous en doutez, c’est un germanisme, un emprunt à l’allemand… D’ailleurs je ne pense pas que tous les Suisses francophones le connaissent: vous me direz si c’est votre cas dans les commentaires, en précisant bien votre canton!

Des schlappes

Pour dire des claquettes ou des pantoufles… Cela ne vous rappelle rien? Moi je dis des « schlarps », mot utilisé autour de Neuchâtel en tout cas en Suisse!

Un escargot

En Lorraine aussi, ils appellent les pains aux raisins des « escargots » paraît-il! On se rejoint autour de cette pâtisserie…

Mise à jour: Natpiment de Metz nous précise dans les commentaires qu’il faut dire « un schneck » plutôt (ce qui signifie escargot en allemand)

La prononciation de « vingt »

Comment prononcez-vous ce nombre? En Suisse, je disais vingT en faisant sonner le « T »! Une prononciation que j’ai conservée depuis que je vis en France… mais qui peut faire tiquer les Français. Sauf en Lorraine, où c’est la norme de prononcer son T! Je l’entends beaucoup à Nancy quand je passe à la caisse des commerces…

Mais il y a sûrement d’autres régions de France où cela se dit ainsi?

Le Vincent et la Marie!

Des Nancéiens m’ont dit qu’en Lorraine, on pouvait entendre des gens ajouter des déterminants aux prénoms, cela a quelque chose d’affectueux. La pratique ne m’a pas surprise, car cela se dit aussi dans le canton du Jura, en Suisse! Et peut-être ailleurs?

Exemple bi-régional: « La Jacqueline m’a dit que son fils allait bien! Je l’ai croisée en ville alors qu’elle achetait un pâté lorrain/une saucisse d’Ajoie. » 

Mot lorrain… et québécois!

Bon, et il n’y a pas qu’avec la Suisse que la Lorraine partage des expressions! J’en ai aussi identifiées qui sont aussi utilisées au Québec et en Belgique..

Clancher ou clencher la porte

Cette expression, que l’on m’a citée ici comme lorraine, m’a rappelé quelque chose… et je me suis rendue compte que je l’avais entendue au Québec! Encore une surprise de taille! « Clencher la porte », qui veut dire fermer la porte, s’utilise donc en Lorraine ET dans la Belle Province… Mais cela n’est pas si étonnant car « clencher » est aussi courant en Normandie et en Haute-Marne selon le Wiktionnaire, et beaucoup de mots québécois ont traversé l’Atlantique avec les Normands! Notez qu’en québécois, l’expression a d’autres sens figurés.

Et la clenche est une poignée de porte en Belgique

Naireux ou nareux

« Tu veux un schluck de ma bière? » « Oh non merci » « Quoi, t’es naireux? »

Voici une autre expression utilisée en Lorraine qu’on m’a apprise, et que je n’avais jamais entendue! Être naireux ou nareux, c’est être dégouté de boire après quelqu’un… Et cela se dit aussi en Belgique semble-t-il!

 

Bon, maintenant il faut que je tende l’oreille à des expressions purement lorraines, vous me direz! Je compte sur les lecteurs lorrains pour nous en citer… Aidez-moi à en trouver ;)

J’ai entendu parler de « clarteux » pour parler d’un lieu clair (bien éclairé). Est-ce vous dites bien cela?

Et sinon, une Française installée en Lorraine m’a fait remarquer que les Lorrains « roulent la voiture » en langage familier (je l’ai effectivement entendu!), plutôt que « conduire la voiture ». Et il paraît qu’ils « ouvrent et ferment la télévision« !

J’espère pouvoir vous parler de plus d’expressions lorraines à l’occasion!

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19 Responses to Des mots lorrains… mais pas que!

  1. Alice says:

    J’adore cette rubrique :) Je suis française implantée à la Vallée de Joux (combière en devenir). Aucun rapport avec la Lorraine, mais j’ai découvert récemment le mot « béder » et le « bédage » : ça te parle ? Un indice : c’est dans le contexte d’un régime…

  2. natpiment says:

    non, on dit un schneck pour un pain aux raisins, ‘une petite schneck », c’est une petite bouille d’enfant.
    Moi je dis que c’est une langue de ‘schn » , schluk, schlague, schness,schlitt, schmirer, schritzer, kaféklatsh, schlappes …(orthographe incertaine de tous ces mots). En fait, le patois lorrain est un héritage du francique .
    bises

    • Kantutita says:

      Merci pour cette collection de mots en « sch » Nat!! J’ajoute le coup du Schneck – je crois l’avoir déjà entendu en Suisse aussi ;)
      Mais c’est quoi un kafé klastch?!!

      • Monique says:

        Kafe klastch, pour moi c’est se retrouver autour d’une table pour bavarder devant une tasse de café, c’est un kafé klatsch. Je crois que c’est en Belgique que j’ai appris cela, mais je ne suis pas sûre. Est-ce que ça pourrait venir de Suisse?
        Comme Biennoise, des Schlarks ou Schappes, je ne connais pas. Ma maman disait « cafignons » pour pantoufles, mais je crois que ça vient de la Tchaux! Elle était Chaux-de-Fonière (tiens, y a 2 « n » ??)

        • Alice says:

          Alors ici les cafignons c’est les énormes pantoufles qu’on met par-dessus les chaussures (quand on va chercher son enfant à la garderie et qu’on ne veut pas enlever ses chaussures, chez certaines personnes il y en a aussi pour ne pas gêner ceux qui ont des trous aux chaussettes).

      • AdA says:

        Le schneck ne s’utilise qu’en Moselle, dans le reste on dit escargot.

        • véronique mony says:

          les schnecks c’est aussi les crottes de nez ;), le schneckeux, il est morveux…je connaissais les schtritz et ça schpritz(e c’est un verbe du premier groupe) mais pas
          schritzer…

      • natpiment says:

        littéralement , un café-bavardage ;-)

  3. Pillard Eveline says:

    Alors pour info, béder s’emploie dans le canton de Vaud et signifie plus exactement rater, louper, voire répondre faux…p.ex.:au jeu de l’élastique: « T’as bédé, c’est à mon tour! » ou à l’école dans un travail écrit: « T’as répondu juste, toi? »  » Non, j’ai bédé ». Sur Vaud, nous mangeons un escargot aux raisins, mais si on mange des scnecks (prononcé »Schneck-rrr! ») alors il s’agit de l’animal. On emploie plusieurs autres mots qui nous viennent vraisemblablement du suisse allemand: les Spatz (moineaux), les Schlapps (en prononçant le « s ») qui sont des pantoufles ouvertes, des mules, les Stoeck (prononcé Stoeckrrr) qui sont le couple de la reine et du roi d’atout aux cartes.. Le Grietz (prononcé Gri-yetz », lentement et avec un bon accent vaudois), c’est la semoule de blé (qu’on cuit dans du lait et qu’on mange pour souper(!!!) avec des fruits cuits. Schluck au sens de gorgée ne s’emploie pas sur Vaud. Par contre nous avons des cornets nous aussi :-) Sur Vaud, le déterminant devant un prénom pourrait facilement être un peu méprisant…ça n’est en tous cas pas un signe d’estime. Mais j’ai aussi une question aux Neuchâtelois: qui emploie ou a entendu le mot « nimbette* pour désigner un tout petit bout, ou plutôt une très fine tranche (de fromage par ex)?

  4. Vampaiaa says:

    Tu as assez bien résumé les expressions de notre belle région ahah

    Je ne sais pas si c’est en France où seulement en Lorraine (voir en Moselle), mais il y a aussi le verbe « cleutser », autrement dit être curieux ou faire sa commère ;)

    Sinon, c’est une chose qui m’avait marqué quand je suis arrivée dans le 57 il y a 10 ans c’est qu’au lieu de dire « là-bas », dans le sens où « mon frère habite Paris, je vais là-bas pour les vacances », les Lorrains vont dire « Là-haut! »

    Voilà j’espère t’avoir apporté des petits éléments en plus dans ta curiosité sur les expressions Lorraines :D

  5. Cavali'Erre says:

    Moi aussi, dans ma Marne natale, on dit vingT (ben oui, si y’a un T à la fin, il faut le prononcer non?) et nareux. Par contre, si je parle de « la Marie », c’est plutôt négatif comme expression. Bref, y’a apparemment des mots qui se promènent sur de grandes distances en fait!
    Et un mot local dont je suis fan, c’est « s’empierger », ce qui veut dire trébucher en se prenant les pieds dans une pierre. Je crois que j’ai du attendre d’avoir 20 ans avant de découvrir que c’était pas du bon français…

    • Monique says:

      Ha, ha, moi c’est s’encoubler que je croyais du bon français, alors que c’est tout à fait suisse. Je l’ai appris quand je suis allée habiter la Belgique et que personne ne comprenait ce mot!! Ca a à peu près la même signification que s’empierger, ça signifie trébucher sur quelque chose, mais pas nécessairement sur une pierre

  6. Erwann says:

    Il est toujours amusant et enrichissant d’écouter les autres et de lire leurs observations.
    Ayant grandi dans les Vosges, j’ai reconnu la plupart de tes remarques.
    Effectivement, les « ui » et les « vingT » sont typiques, même si je n’en n’avais pas véritablement conscience ; de même, pour naireux et clarteux (que j’ai toujours employés sans réaliser que ce n’est pas du Français « standard »). Le déterminant devant un prénom n’est ni particulièrement affectueux, ni élégant. Après avoir vécu en Allemagne, je pense que l’emploi du déterminant est également un germanisme. Personnellement, ni mes parents, ni moi n’utilisons les déterminants devant un prénom.
    Le vocabulaire local a évidemment – un peu comme en Suisse – hérité de l’Allemand. Dans les vallées vosgiennes (en patois), on disait « aller au schlof » pour aller au lit, on parlait de « tringeld » pour le pourboire, on dit schnaps pour de l’eau de vie ; les schnattes sont des petits bouts (faire des schnattes : déchirer une feuille de papier en petits bouts, casser un morceau de bois en petits bouts). Les schlappes (pantoufles) sont en fait plutôt des babouches (qui « schlappent » de « schlappen »).
    Entre patois lorrain et vosgien, souvent le « o » lorrain devient un « a » dans les Hautes-Vosges, par exemple : la meurotte (vinaigrette, sauce de salade) devient meurate.
    En patois lorrain, on parle de couarail pour décrire notamment le lieu ou le moment (à la veillée) où des personnes du voisinage bavardent à bâtons rompus, tout en s’occupant à de menus travaux, ou « faire couarail » c’est-à-dire « bavarder » (on dirait aujourd’hui « tschacher ») ; dans les Vosges on dit « couaraude ».
    Dans les Hautes-Vosges, on dit aussi de quelqu’un de buté (refus de comprendre, comportement obtu) qu’il est « taugniat » (je ne suis pas sûr de l’orthographe) ; on dit aussi trickel pour une tranche.
    Les germanismes se retrouvent dans l’ordre ou le choix des mots dans certaines expressions :
    – Il fait noire nuit
    – J’ai froid les mains les deux (beide Hände)
    Dans les Vosges, il existe aussi une couleur tout à fait locale : le « bleu marine foncé » (des fois que le bleu marine soit trop clair).
    Les notions de hauts et bas, de monter et descendre sont très particulières : on descend à la ville, quand on vit dans la montagne, sur les « Hauts » (ne pas oublier d’aspirer le « H ») ou en amont de la ville sur la rivière, en revanche on monte à Paris (je n’ai aucune idée de ce choix d’autant plus subjectif que Paris n’est pas dans le même bassin fluvial que la Lorraine).
    Un comique lorrain, après la guerre, avait un sketch dans lequel il avait cette phrase mémorable :
    « Quand vous descendez, montez donc voir le p’tit comme il est grand ».

    • Kantutita says:

      Génial Erwann! Merci pour tous ces mots, c’est super, cela enrichit beaucoup mon vocabulaire régional ;)
      Je regrette de traîner plus à Nancy que dans les Vosges, où il semble y avoir plus d’expressions à épier…
      Ah oui, je n’en ai pas parlé encore mais merci pour tes explications sur l’utilisation de « haut » et « bas »! On m’a en effet sorti de curieuses phrases à propos des mes déplacements dans le Sud (que j’y étais « montée » je crois, alors que je vois ça en bas)
      J’aime beaucoup le « bleu marine foncé » aussi.
      Merci encore, je vais étudier tout cela grâce à tes exemples!

  7. JP says:

    Salut Kantu!
    Je suis un peu à la ramasse j’admets, 4 mois de retard c’est un peu la honte!
    M’enfin juste pour dire quand même, j’ai souvent entendu « ouvrir » et « fermer » la télévision dans ma famille en Auvergne. Plus souvent « fermer » d’ailleurs. Et c’est valable pour la lumière aussi d’ailleurs!

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